Archives de
Étiquette : religion

Mariage mixte et divorce

Mariage mixte et divorce

Retranscription de la rencontre avec Tariq Ramadan sur les thèmes de l’homme et de la femme, le mariage mixte et le divorce

 

Ce qu’il y a dans la tradition musulmane c’est que quand Dieu aime un être, il le fait savoir aux premières assemblées et les premières assemblées des anges le font savoir aux hommes. Et ça c’est vraiment important. Ceux que Dieu aime sont aimés par les hommes et ont énormément d’ennemis.

Tous les prophètes, tous, tous ceux qui sont venus au sens de la parole ont toujours eu des ennemis. La quantité d’amour qu’il y a dans les êtres pour certains ne diminue pas l’adversité qu’il y a dans le cœur des autres, c’est presque le contraire. Donc je crois aussi que là on ne mesure pas par son statut d’être aimé uniquement par le soutien ou l’adversité. Ça doit être plus profond que ça, il doit y avoir d’autres critères. Mais permettez-moi juste de dire une chose : on m’a posé des questions qui sont importantes sur par exemple les familles recomposées, sur des situations de divorce où une femme se retrouve seule ou un homme se retrouve seul avec des enfants dans les sociétés ou les communautés musulmanes.

J’aimerais terminer là-dessus parce que c’est vrai que c’est beaucoup de souffrance. Il y a aujourd’hui d’abord ne serait-ce que les questions des couples mixtes. Un couple c’est pas facile, un couple mixte c’est pas facile non plus pour plein de raisons. Il suffit pas d’être deux et d’avoir la foi, il suffit pas d’avoir la foi en pensant que parce qu’on a l’amour on va de fait dépasser les difficultés. L’amour ça fait passer beaucoup d’obstacles mais pas tous, parce que des jours on aime moins, parce que des jours on fait face à la réalité. Donc ce qui a été dis tout à l’heure est très important, de la même façon qu’on apprend à ses enfants à aimer, on questionne leurs amours, on questionne. Vous savez, quand vous avez vos enfants qui aiment un certain type de musique, un certain type d’attitude, un certain type de vêtements, au lieu de tout interdire, questionnez leurs amours, questionnez leurs goûts, faîtes-le réfléchir à ce pourquoi ils aiment.

Et bien de la même façon, dans les mariages mixtes, il faut poser les questions, anticiper, faire travailler l’esprit non pas encore une fois pour assécher le cœur mais pour faire en sorte que un cœur qui vit qui a de la joie ne fasse pas qu’il y ait une conscience qui soit atrophiée et aveugle. L’amour rend vraiment aveugle, mais vraiment. Il y en a certains vous dites « je ne vois pas que tu ne puisses pas voir », et pourtant elle ou il ne voit pas.

Donc il y a un vrai travail sur comment on dépasse les diversités culturelles, comment il faut absolument, au nom même des principes islamiques, refuser le racisme culturel ou le rejet culturel et national. Il faut que dans cette communauté on refuse absolument que parce qu’on est marocain ou algérien ou tunisien on ne puisse pas être en amour et en couple avec un marocain, un algérien, un tunisien, d’une autre nationalité. Il faut qu’on refuse absolument, au nom même de nos principes quand on est d’Afrique du Nord, qu’on puisse se voir l’amour parce qu’on est belge converti et qu’on ait ce racisme-là.

Pire encore il faut refuser, il faut aimer avec des principes, qu’on puisse dire aujourd’hui dans ces communautés que par exemple parce qu’on vient d’Afrique occidentale, du Sénégal, du Mali, parce qu’on est noir, on aurait moins droit à l’amour dans cette communauté, c’est du racisme, c’est inadmissible, ça ne peut pas être. Toute conscience humaine, conscience musulmane qui accepte ces dérives est une conscience qui accepte le racisme, contre l’Islam et jamais en son nom. Jamais jamais en son nom. Ça c’est aussi des mariages mixtes et aussi le culturel et l’interculturel qu’il faut aborder. Et la deuxième des choses que j’aimerai dire, très rapidement c’est que quand on a des mariages et qu’on a des divorces, il ne vous appartient pas de juger une femme et un homme divorcés. Vous n’êtes pas le jugement sur Terre, il y a des gens qui se permettent des jugements moraux sous prétexte qu’en Islam le divorce est détesté, quand on a un divorcé on l’exclut, ça n’est pas légitime. Il y a des femmes qui ont eu raison de divorcer, il y a des hommes ils ont eu raison de divorcer et le divorce n’est pas en soi une faute, ça peut être la meilleure des pires solutions, ça peut être la meilleure des solutions et il ne nous appartient pas d’être des juges. Et quand on voit aujourd’hui, je suis désolé, franchement je me vois à des moments donnés il y a des gens qui viennent vers moi et qui me disent « mais le travail que tu fais » ils m’applaudissent et je dis « mais attendez, vous avez vu parfois votre voisine ou votre voisin, il y a des femmes elles ont 1 2 3 4 enfants, elles travaillent, elles s’occupent des enfants, elles font 4 fois plus que ce que je pourrais faire ».

La réalité c’est qu’il y a énormément de femmes invisibles à votre œil et tellement courageuses et je sais simplement une chose, c’est que ce que nous nous ne voyons pas et bien Dieu il le voit. S’il y a bien quelque chose qu’il doit voir, c’est le courage de certaines femmes qui ont été lâchées par des hommes parce que les musulmans c’est aussi pareil. Vous avez des hommes qui atteignent un certain âge, qui vont chercher plus jeune, qui vont laisser la maman avec les enfants, ça existe ça et de la même façon vous avez des hommes –et j’en ai rencontrés- qui donnent de leur temps pour s’occuper de leurs enfants qui sont dans la solitude : ceux-là aussi il faut les voir. Donc arrêtons aussi quand on parle des familles de ne voir que ce qui est apparent et qui nous embellit mais gardons le courage et regardons l’attitude de certaines femmes. Elles sont dans votre rue, elles sont dans votre immeuble, elles sont, et ils sont aussi tout près de nous. Ceux là sont la dignité d’une communauté. Alors plutôt que de jeter l’anathème sur ces familles monoparentales […], le minimum que l’on puisse faire c’est de se taire et de respecter parce ça je crois c’est l’exigence du silence devant Dieu.

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

« Je veux aussi vous parler d’un autre mouvement de femmes qui se mobilisent pour relever le défi de leurs époques tout en étant fermes avec leurs principes religieux et c’est au nom de l’Islam et au nom de cela qu’elles se battent pour la défense des droits des femmes. Donc c’est pas en désaccord avec leurs principes mais c’est vraiment au nom de l’Islam qu’elles sont poussés à se battre et à défendre les droits des femmes musulmanes.

Ces femmes travaillent sur deux principaux domaines. Le 1er domaine est une réinterprétation des textes avec une approche beaucoup plus féminine.

Je veux dire par là que, quand on lit le Coran, c’est comme un miroir, et comme c’est un miroir, une femme et un homme ne se projettent pas pareil et c’est vrai que nous avons besoin d’un regard beaucoup plus féminin sur les textes. Il est vrai que 98% des interprétations que nous avons pu avoir sont faîtes par des hommes et leur contexte et leur culture jouent un rôle sur la façon dont ils interprètent ces textes et ils ont une relation avec des femmes qui sont plus leur mère ou leur femme ou leur sœur ou leur épouse mais pas forcément une approche de femme en tant que femme qui parle par exemple de la femme dans sa quête spirituelle ou qui parle de sa stabilité, de son autonomie, et voilà un des domaines sur lesquelles ces femmes travaillent.

Je prends un exemple d’une des organisations qui est basée au Maroc ; ces femmes travaillent pour une réinterprétation du texte avec une approche beaucoup plus féminine mais cela ne veut pas dire que c’est les femmes toutes seules contre les hommes, bien sûr que non.

Je parle d’une interprétation beaucoup plus féminine, c’est vraiment les hommes et les femmes qui travaillent ensemble sur cela et si je prends l’exemple de ces organisations au Maroc, elles travaillent avec des hommes aussi pour qu’on puisse incorporer une approche plus féminine des textes.

Un des autres domaines de travail sont les sciences sociales. Si je prends mon exemple personnel, j’ai fait mes études en études du genre (Gender Studies) et c’est à la lecture des textes, et là je me suis rendue compte (on travaillait beaucoup sur le féminisme donc j’ai travaillé sur les différents mouvements de femme et à un certain moment on a commencé à parler du féminisme) qu’il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec ma religion, que la base du féminisme qui est une défense des droits des femmes, les hommes et les femmes ensemble pour une défense des droits des femmes et promouvoir les droits des femmes, il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec mes principes religieux et c’est en continuant mes lectures que je me suis rendue compte qu’il y avait aussi tout un mouvement de femmes qui au nom de leurs principes religieux, qui au nom de leur Islam, promouvaient le fait que l’on pouvait être féministe et que l’on pouvait être musulmane en même temps et défendre ses principes au nom de notre religion. Et c’est là que je me suis identifiée à ce mouvement qui concilie une identité musulmane tout en défendant les droits des femmes. Et c’est au nom de ce message de l’Islam qu’elles font ce travail tout en étant bien sûr fidèles aux principes islamiques.

Certains ont appelé ce mouvement féminisme islamique et d’autres ont préféré ne pas utiliser de termes […]. Je pense que le plus important, au lieu de s’attarder sur des détails, des finitions ou comment on pourrait parler de ce mouvement, le plus important vraiment c’est de voir quels sont nos buts et quels sont nos objectifs et qu’au final c’est vraiment au nom du message de notre religion et au nom de nos principes religieux que nous nous battons pour ces droits des femmes qui sont et qu’il y a malheureusement une différence entre ce que le message de l’Islam prône et la façon dont les femmes sont traitées dans nos communautés musulmanes. »