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Chroniques du ramadan : la raison

Chroniques du ramadan : la raison

« L’une des facultés à laquelle nous devons faire très très attention est la faculté de raison. Elle est une faculté déterminante, essentielle pour la construction de notre compréhension de la religion, de notre compréhension du monde, de notre engagement dans le monde. Et pourtant, elle peut être aussi, si on n’y prend pas garde, la faculté qui nous mènerait à l’arrogance, qui nous mènerait à la suffisance, qui nous mènerait à cette façon de nous penser et de penser que nous savons et que nous sommes l’ultime espèce qui sait et qui doit, de ce point de vue-là, trouver son destin et qui doit prendre en charge sa vie.

Pourtant, la raison de ce point de vue-là, elle est limitée. Et l’une des premières attitudes rationnelles c’est de comprendre les limites de la raison. Alors la première des choses c’est que tout n’est pas accessible par la raison et le Coran nous invite à reconnaître les limites de la raison quand par exemple dans des débuts de chapitre, il commence par des lettres. Il n’y a pas de doutes dans le livre, mais quel est le sens de ces trois lettres, les limites de la raison ? Comme par exemple on a aussi cette formule « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Et là de ce point de vue-là aussi, ce qui peut être la reconnaissance que le cœur a des secrets, que le cœur peut savoir, « ils ont des cœurs ils ne réfléchissent pas à leur cœur »   « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles mais ce sont les cœurs », cela veut dire que le cœur aussi a accès au savoir. Donc que ce soit affectivement, que ce soit sentimentalement, que ce soit intellectuellement, que ce soit dans l’ordre du monde, la raison doit trouver ce qu’on appelle l’humilité intellectuelle. Résister à l’arrogance intellectuelle, c’est exactement ce qui doit être la détermination de l’homme. Dans par exemple ce qu’on retrouve dans les anges, dans le Coran au début quand il parle à Dieu, il dit « je sais ce que vous ne savez pas », eux ils répondent « louange à toi, nous ne savons que ce que Dieu nous a donné de savoir ». Et chaque savant quand il termine une fatwa il dit « Dieu est le plus savant ».

La résistance à la tentation d’arrogance de la raison, de la pensée, que la raison peut tout savoir et de ce point de vue-là savoir que Dieu sait plus, savoir que je ne sais rien comme disait Socrate et savoir qu’en moi il y a d’autres facultés qui peuvent savoir et que la raison ne peut forcément comprendre ; et dont elle ne peut toujours rendre compte.

Voilà un chemin spirituel également, et en particulier, dans notre vie quotidienne savoir avec raison reconnaître les limites de sa raison. »

Retranscription issue de saphirnews

 

Chroniques du ramadan : la jalousie

Chroniques du ramadan : la jalousie

« Parmi les choses et parmi les sentiments et parmi les réflexions qui peuvent nous habiter, il en est une à laquelle il faut résister aussi de l’intérieur et c’est celle de la jalousie. La jalousie et qui peut mener aussi à la médisance du fait de parler dans le dos des gens. Mais la jalousie c’est le début effectivement d’un cheminement négatif par rapport aux gens d’abord. Ce qu’il faut savoir, ce dont il faut se rappeler c’est que Dieu donne à qui il veut et il reprend de qui il veut et il a élevé dans la société des gens plus que d’autres, il y a des statuts qui sont différents.

On peut de ce point de vue-là regarder les autres à partir de là où nous sommes et les jalouser, il faut plus que cela dans tout ce qui est compréhension de l’ordre du monde, comprendre que Dieu a toujours mis des personnes qui seront au-dessus de nous et il a mis des personnes qui seront en dessous de nous. Et que tout ce regard sur le réel il ne doit pas être porté par la jalousie mais par la compréhension spirituelle que on peut toujours aller dans le mieux vers le plus haut et puis dans le mal, ce remercier Dieu de ne pas être tombé si bas.

Et la jalousie, en l’occurrence, il faut lui résister. Ce sentiment qui est l’envie, qui est de regarder la place de l’autre, non pas parce qu’on aimerait être comme lui ; on peut être jaloux de la foi de quelqu’un en disant « j’aimerais être comme lui » mais la jalousie c’est quelque chose de plus subtil, c’est vouloir enlever ce que l’autre a, c’est pouvoir le priver de ce qu’il a. Et là, cette jalousie devient extrêmement négative.

Le prophète avait dit « attention à la jalousie » et de ce point de vue-là c’était particulièrement important, c’est-à-dire que la jalousie elle brûle, elle détruit, elle mange tous ces actes de bien comme le feu mange le bois qu’il consume, donc ça consume. Donc en l’occurrence, ce travail sur soi, ce travail sur la jalousie, c’est surtout de se regarder, d’observer le monde autour de nous et de ne pas vouloir le mal pour la personne qui a mais entrer dans une compétition positive et non pas vouloir la destruction.

La fin du Coran, ce que l’on a, qu’on demande à Dieu du mal de celui qui est jaloux quand il jalouse ; c’est de cela que l’on doit se protéger parce que la jalousie peut faire mal et l’entretien des sentiments négatifs est quelque chose est un sentiment contre lequel on peut, on doit travailler. Ça suppose de se regarder soi dans son cheminement, de ne pas vouloir le mal à autrui et tout ce que l’autre a et que nous n’avons pas, demander à Dieu de nous permettre de progresser pour pouvoir l’obtenir dans l’intelligence, dans la foi et dans la société.

Ne l’oubliez pas, une lutte personnelle, importante, intense et difficile. »

 

Chroniques du ramadan : la lâcheté

Chroniques du ramadan : la lâcheté

« Nous poursuivons nos réflexions sur les résistances et il en est une également qui est presque évidente : c’est la résistance à notre propre lâcheté. La lâcheté c’est effectivement le contraire du courage, le contraire du fait de pouvoir s’exprimer, de pouvoir agir. La lâcheté elle est de différentes natures : on peut avoir une lâcheté intellectuelle, on peut avoir une lâcheté politique, on peut avoir une lâcheté physique, on peut avoir une lâcheté sociale et cette lâcheté-là c’est le fait en l’occurrence de ne pas avoir le courage de dire ce que l’on pense, de ne pas s’exprimer librement et d’avoir peur en l’occurrence dans sa vie personnelle de toutes les conséquences. Les compagnons disaient du prophète que dans toutes les batailles, dans tout ce qui se passait, il était au premier rang. Non seulement il appelait au courage mais il en était le premier exemple de ce courage.

Et puis, ce qui nous vient également de notre engagement vis-à-vis des combats, de ceux à qui on dit que les hommes se sont réunis pour les défaire et puis leur foi augmentait. C’est-à-dire que devant le péril, la foi augmente et offre du courage. De la même façon que nous avons, de ce point de vue-là, l’ultime courage, l’ultime djihad, l’ultime accès à cette résistance, c’est une parole de vérité devant un tyran, c’est aussi une dimension de ce courage. Et donc, ici la formation spirituelle, l’engagement avec Dieu, c’est de s’en remettre à lui, de s’en remettre à sa présence, à son soutien et puis en même temps de regarder les hommes et de lutter contre ces peurs (donc ça c’est l’émotion) et puis d’agir avec courage, d’oser dire les choses, de ne pas attendre le jugement des hommes, de savoir que finalement il vaut mieux une parole de vérité même si tous les hommes nous jugent mal et que ceux qui changent les sociétés ce sont ceux qui ont ce courage de l’engagement.

Alors, le courage de la parole de dire, le courage intellectuel de penser seul parfois même de penser contre les autres, le courage de s’assumer, de ne pas se laisser juger par les autres ou réduire par les autres, même dans la communauté spirituelle, même parmi les musulmans dont certains parfois sont plus des juges que des frères et qui parfois essayent de réduire ou de diminuer leurs frères et leurs sœurs en Islam.

Et donc, ici cette dimension elle est à l’intérieur de soi, elle est dans la communauté, elle est individuelle, elle est politique aussi elle est collective donc la résistance à la lâcheté, c’est un chemin nécessaire dans l’expérience de la spiritualité musulmane.

Et au moment où l’on jeûne, contrairement et face à tout ce que les gens peuvent penser, avoir le courage de s’assumer, assumer sa pratique, assumer son chemin et assumer ses choix, c’est ça que le prophète avait dit : « donnez-moi le soleil dans la main droite et la lune dans la main gauche. Je ne cesserai pas, j’irai jusqu’au bout, c’est mon destin, c’est mon courage et c’est le sens de ma vie.

C’est ce dont nous devrions nous souvenir tous les jours de notre vie également. »

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

6ème et dernière partie de la conférence de Tariq Ramadan sur la question de la sexualité en Islam :

« Autre élément également qui nous permet de nous rendre compte jusqu’à où l’expression de la sexualité a effectivement été quelque chose dont les savants musulmans et l’Islam n’avaient pas peur ; c’est aujourd’hui que nous sommes un tout petit peu frileux […] il n’y a pas de sujet tabou quand ce sujet te permet d’être un petit peu plus proche de Dieu. Et la sexualité quand elle est vécue avec dignité, dans l’intimité et dans la réalité de ce qui est permis de ce point de vue-là est un acte d’adoration, il faut que vous l’entendiez comme ça.

Les savants, dans la pratique par exemple de ce qui s’appelle la contraception naturelle où l’homme se retire justement avant que l’acte soit consommé jusqu’à terme, et bien que se passe-t-il ? Des savants ont mis en évidence : « attention, pour que l’homme puisse pratiquer cette contraception naturelle, il faut qu’il ait la permission de son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il risque de lui enlever deux droits : le premier droit c’est le droit à sa maternité mais le deuxième c’est le droit à son plaisir. » Je sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela peut vouloir dire la compréhension d’une sexualité qui est assumée jusqu’à son terme où une femme, dans la relation qu’elle a avec son mari détermine clairement un droit au plaisir dans le cadre d’une sexualité assumée dans les limites bien entendu de ce qui nous est permis, c’est-à-dire, le mariage.  »

Source de la conférence (audio)

Tariq Ramadan

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

« Après avoir regardé un peu les causes de toutes ces discriminations, de toutes ces injustices ou toutes ces causes où la femme n’a pas forcément tous ses droits, qu’a-t-on pu voir comme mouvements qui ont essayé de parler de tous ces problèmes des femmes ? Donc on peut voir que les discriminations et les injustices auxquelles vont face les femmes sont pas forcément et pas seulement dans nos communautés musulmanes et on voit ça depuis l’Histoire et depuis très longtemps où les femmes en fait de toutes communautés confondues, de toutes traditions, religions, cultures ont vécu des injustices et se sont battues pour que leurs droits soient reconnus.

On a donc des mouvements qui depuis l’extérieur et depuis l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits de la femme, et je vais commencer par regarder d’abord les mouvements extérieurs :

Donc on a des mouvements qui se sont battus car les problèmes dont font face les femmes ne sont pas seulement islamiques. En Occident par exemple on a pu voir tout ce qui est mouvement féministe. Je sais que souvent on prend le terme féministe et on a une connotation négative du terme mais en fait ce qu’il faut savoir surtout c’est qu’il y a différents types de féminisme. On peut pas parler juste d’un seul féminisme, et en fait, quel est le but du féminisme ? C’est l’Islam et les femmes ensemble qui se battent pour les droits de la femme. On peut voir qu’il y a eu différentes tendances et je vais prendre l’exemple des Black Feminists, des États-Unis. Elles en fait c’est depuis l’intérieur du féminisme, moi je me suis rendue compte que pas forcément toutes les prises de positions et tout ce qui faisait partie du mainstream feminism était vraiment ce qu’elles elles ressentaient et elles trouvaient que les injustices n’étaient pas forcément les mêmes. Les discriminations, les injustices que elles subissaient en tant que femmes noires n’étaient pas les mêmes. Donc elles c’est vraiment depuis l’intérieur du féminisme qu’elles ont critiqué, qu’elles ont eu une position positive du terme et du mouvement. Elles disaient qu’il y avait pas forcément que le fait d’être femme mais aussi les fait qu’elles étaient noires. Donc il y avait différents types de discriminations et il fallait prendre cela en compte. Ce que je veux dire par là c’est qu’on peut se rendre compte qu’il y a différentes tendances du féminisme et il y a des tendances de féminisme qui même depuis l’intérieur et depuis des références plus occidentales qui se sont battues pour les droits de la femme et qui n’étaient pas forcément en accord avec tous les points et toutes les conclusions de ces féminismes mais qui travaillaient à cela depuis l’intérieur.

On a aussi des femmes qui sont religieuses et il est vrai que si on regarde l’Histoire et l’historique du féminisme, il est vrai qu’il y a beaucoup de féministes. On peut prendre des exemples aux États Unis ou de Simone de Beauvoir en France, et c’est vrai qu’elles avaient une vision négative du fait qu’elles disaient qu’on pouvait pas être religieuse et être féministe, qu’il y avait une contradiction du fait qu’on soit pratiquante.

Il y a eu toute une tendance et toute une tendance à l’intérieur du féminisme de femmes pratiquantes et religieuses qui se sont battues en tant que féministes et disaient qu’il n’y avait pas de contradiction entre être religieuse et défendre les droits des femmes.

Je vais aussi vous parler des mouvements qui à l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits des femmes. On a par exemple le mouvement réformiste qui est dans la lignée d’un des compagnons du prophète et qui a traversé les âges […] et qui prônait un retour aux sources de l’Islam c’est à dire revenir au Coran et de s’éloigner de certaines interprétations qui étaient trop influencées par la culture et l’importance de revenir à une interprétation pure et en phase avec le contexte.

Ces réformistes se basent sur le fait que le message de l’Islam est universel et applicable pour tous les temps et le fait que nous devons aussi prendre en compte notre contexte lorsque nous essayons de comprendre et d’appliquer les textes. Nous avons par exemple Mohamed Abduh qui a travaillé sur différents versets liés à la polygamie et lui en essayant de les comprendre et en les recontextualisant en est arrivé à la conclusion que la polygamie est acceptée seulement dans des circonstances spécifiques. Donc c’est vraiment revenir à la source, revenir au Coran et de l’interpréter dans notre contexte car l’Islam est un message universel et atemporel. […]

Nous avons aussi des mouvements pour les droits des femmes, pour les femmes, à l’intérieur des références islamiques donc par exemple des femmes en Egypte qui ont poussé le réformisme sur la question des femmes. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

« C’est vraiment une problématique, on a une mauvaise connaissance de notre religion et de nos droits. On nous parle souvent de nos devoirs mais pas forcément de nos droits.

Une autre cause, c’est les jugements et malheureusement, nous qui devrions être une communauté de solidarité, on trouve que dans notre communauté il y a souvent beaucoup de jugement et même entre les femmes. Je pense qu’ici il faut absolument développer une fraternité de sœurs, avoir des groupes de sœurs qui travaillent ensemble, qui se retrouvent dans la fraternité et c’est grâce à cela qu’on pourra avoir des communications et accepter nos différences. C’est vrai que si par exemple maintenant on se retrouve dans des groupes de sœurs avec des voilées, des non-voilées, des femmes qui travaillent, des femmes qui travaillent pas et par exemple le fait de pouvoir être avec des voilées, les non-voilées ont peut-être des stéréotypes sur les femmes voilées qui sont peut-être trop renfermées …peuvent avoir une autre vision. Et pour les femmes voilées, être en contact avec des femmes qui ne sont pas voilées, on peut se rendre compte aussi que c’est pas forcément le foulard qui détermine notre foi, qu’on peut être non-voilée et très active et qu’on peut ne pas l’être aussi. Ces échanges où par exemple des femmes qui travaillent, ne pas se sentir supérieures par ce qu’elles ont, parce qu’elles peuvent travailler, elles sont plus dans le monde du social ou pour les femmes qui ne travaillent pas de jalouser celles qui travaillent etc

Donc c’est vrai que si nous sommes dans des groupes de sœurs, on peut s’entraider, on peut accepter et apprendre à respecter nos différences. Donc une solidarité des sœurs, c’est vraiment ce dont on a besoin et cela nous aidera aussi à puiser nos forces , à pouvoir être beaucoup plus fortes face à des adversités si on sent qu’on a des gens qui nous supportent et qui soutiennent nos idées.

Une autre cause, la 6e cause je pense aussi que c’est le fait que les femmes reproduisent souvent le même système dans lequel elles sont éduquées qui ne sont pas forcément une façon islamique. Je veux dire par là qu’on retrouve souvent dans nos familles une très grande différence dans la façon dont on éduque nos garçons et nos filles. Les tâches ménagères sont plus pour les filles, les garçons ne sont pas traités de la même façon et c’est vrai que le fait de reproduire ce système, ça a un impact ensuite sur le genre de garçon qu’on va élever, le genre de garçon qui va devenir un homme, qui va devenir un mari, qui va devenir un père et en fait on reproduit ce système qui passe de génération en génération. Il est vrai que pouvoir changer un peu cette façon dont les garçons sont éduqués, ça passe par la maman, ça passe par la mère et ça commence depuis tout petit donc si le garçon il voit que son père aide dans la cuisine, que son père est acti, qu’il aide sa mère, qu’il soutient sa mère dans ses décisions etc. c’est vrai que lui-même en tant que mari, il deviendra une personne qui aide beaucoup plus sa femme, un support et en fait qui l’aide dans son cheminement aussi. »

Première partie de la conférence (retranscription)

Deuxième partie

Source

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 2)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 2)

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« Une des premières causes c’est l’interprétation des textes. Par exemple si on prend la violence faîte envers les femmes, on a des frères qui au nom de certains versets pensent que c’est islamique de pouvoir taper sa femme ou que la violence n’est pas contraire au message de l’Islam mais en fait on a tellement d’interprétations différentes et qui montrent bien qu’à aucun moment c’est islamique de lever la main sur une femme. Et c’est avec une mauvaise interprétation qu’on en arrive à des points comme ça. Et les exemples du prophète montrent bien que le prophète n’a à aucun moment levé la main sur une de ses femmes donc c’est vraiment une mauvaise interprétation des textes qui est souvent la cause d’un mauvais traitement ou d’une injustice faîte aux femmes.

Une autre problématique, une autre cause, c’est la question culturelle. Donc il arrive très souvent que des pratiques qui sont culturelles et qui sont tellement pratiquées et ancrées dans notre quotidien et dans les façons d’éduquer font qu’on ne se rend plus compte qu’il y a une différence entre ce qui est islamique et ce qui est culturel. Et là je voudrais donner l’exemple de la fille du prophète […] qui prouve que du temps du prophète, les femmes étaient dans les mosquées, étaient derrière, elles n’étaient pas dans une salle différente donc elles avaient une place dans les mosquées, elles étaient là à l’heure du fajr même si on a certaines interprétations qui disent qu’une femme ne peut sortir que quand il fait jour. Donc là on voit que les femmes étaient présentes, on peut voir aussi que la fille du prophète a parlé devant des hommes et qu’elle a donné son point de vue et que le prophète a pris en compte sa position et qu’au final le compagnon non-musulman emprisonné de la fille du prophète a pu être libéré grâce à cette dernière. Ceci est pour vous montrer que parfois l’on a des interprétations culturelles de certaines choses qui sont pas forcément islamiques. Ilfaut qur’à un certain moment en tant que femme, et même les hommes en fait, c’est un travail des deux côtés, de vraiment comprendre notre religion dans ses principes et pas faire une différenciation entre ce qui est islamique et ce qui est culturel.

Le troisième point c’est la question des peurs donc il y a une peur par rapport à la société environnante et à cause de nos peurs, on passe souvent par des interdits et les femmes sont souvent au premier plan de ces interdits. Souvent, vu que l’on a peur de ce qui se passe à l’extérieur de notre communauté musulmane, on pense que le fait de ne pas laisser nos filles sortir ou de les laisser à l’intérieur pour pas qu’elles n’aient de vie sociale, on pense que c’est grâce à cela qu’on va réussir à préserver sa religion et à la préserver elle-même mais malheureusement ça n’est pas toujours l’effet désiré car même à l’intérieur on peut avoir accès à l’extérieur. Donc c’est pas forcément en étant à l’intérieur qu’on est forcément protégée.

Une autre cause , c’est que les femmes sont peu impliquées dans le domaine religieux malheureusement et cela on le voit par exemple de la polygamie. Les femmes n’ont pas forcément toutes les connaissances de leur religion et en fait elles subissent beaucoup et elles n’ont pas les ressources nécessaires pour pouvoir défendre certains principes qui ne sont pas forcément islamiques de la façon dont elles sont exercées. Si par exemple, on prend tout ce qui est polygamie, je me rappelle qu’avec pas mal de mes amis africaines ou est-africaines, on parlait souvent de cela parce qu’il s’avère qu’en Afrique de l’Ouest c’est très répandu mais beaucoup de femmes ne connaissent pas leurs droits, ne savent pas qu’elles peuvent être contre la polygamie, qu’elles peuvent l’écrire dans leur contrat de mariage, c’est une chose qu’elles ne savaient même pas qu’elles pouvaient écrire dans leur contrat »

 

Source

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements

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« La question de la femme est toujours très importante, on a beaucoup de questionnements et c’est souvent un sujet très sensible dans la communauté musulmane.
Donc j’espère qu’avec mon humble contribution pouvoir partager des idées et débattre sur cela.
Je suis la fille de Tariq Ramadan mais je suis aussi Maryam et j’ai aussi une expérience que je veux partager[…], d’où viennent mes idées et ce qui me passionne. En tant que femme musulmane on se rend compte qu’il y beaucoup de problèmes dans nos communautés face aux femmes et que c’est souvent la mauvaise compréhension des musulmans qu’on expérimente tous ces problèmes en tant que femme. Je vais diviser ma présentation en quatre parties :

  • Les problèmes auxquels font face les femmes
  • Les causes de ces problèmes
  • Les différents mouvements qui ont été créés face à ce problème
  • Les engagements et défis, ce que l’on pourrait faire pour résoudre toutes ces causes de problèmes

Problèmes auxquels font face les femmes

Quels sont les problèmes auxquels font face les femmes dans nos communautés musulmanes […]. Un des plus grands problèmes c’est vraiment une différenciation, un traitement différencié dans l’éducation que ça soit à l’intérieur de nos familles et à l’extérieur.

A l’intérieur de nos familles on constate qu’on demande souvent à la fille beaucoup plus de tâches ménagères, qu’on la responsabilise beaucoup plus tôt et qu’on ne donne pas forcément la même éducation à nos filles qu’à nos garçons.

A l’extérieur aussi on voit que l’on pousse les garçons à s’éduquer, à aller beaucoup plus loin dans les études et on met beaucoup d’importance sur l’éducation du garçon mais pas autant chez les femmes. Dans beaucoup de cas, les femmes, les jeunes filles s’éduquent jusqu’à un certain âge et au moment où elles se marient elles abandonnent tout et ne continuent pas leurs études.

A un certain moment aussi, des mères beaucoup plus âgées se rendent compte qu’un salaire ne suffit pas dans la famille et qu’elles doivent reprendre leurs études qu’elles ont arrêtées, […] c’est un phénomènes où l’on retrouve beaucoup de femmes […]

Il y a aussi un autre problème que l’on peut voir : c’est la place donnée aux femmes pour qu’elles puissent s’exprimer[…]. Ce que j’ai pu observer depuis l’Amérique, c’est que un des plus grands combats de ces organisations musulmanes ou organisations de femmes, c’est qu’elles se battent pour avoir des places par exemple dans les board commities des mosquées. Il s’avère que c’est souvent des hommes qui sont là et les femmes n’ont de place et cela joue bien sur un rôle sur la façon dont sont traitées les femmes dans les mosquées, les activités, les places qu’on donne aux femmes dans les mosquées, et ici aussi on peut voir le fait que pas toutes les mosquées offrent des places pour les femmes donc ça aussi c’est un combat ; le fait de pouvoir avoir notre place pour qu’on puisse s’exprimer.

Ensuite il y a par exemple d’autres problèmes auxquels les femmes font face c’est le droit à l’autonomisation, le droit d’être indépendantes financièrement. On a souvent ce problème où les femmes ne sont pas financièrement indépendantes. Aussi, par rapport à mon voyage en Afrique, j’ai pu constater le problème de la polygamie. Elle est souvent mal comprise et donc mal appliquée et les femmes ne savent pas forcément leurs droits et leurs devoirs mais surtout leurs droits face à la polygamie. Souvent on retrouve des problèmes face à la polygamie.

Donc on retrouve dans le Coran plein d’exemples qui montrent bien que la femme et l’homme devant Dieu sont égaux ; nous sommes mentalement et spirituellement égaux. Les pratiques religieuses sont les mêmes pour les femmes et pour les hommes et nous avons plein d’exemples dans le Coran. Le Coran parle aux hommes et aux femmes […], les demandes et les pratiques religieuses sont identiques.

Alors, comment expliquer qu’on a un Coran et qu’on a un message de l’Islam qui promeut et qui prouve le fait que les hommes et les femmes sont égaux devant Dieu et qu’en fait dans nos contextes, nos réalités, ça n’est pas pareil. Quelques causes que l’on peut identifier, j’en ai identifié 6 qui je pense sont les plus importantes et qu’on retrouve un peu partout . »

Vous pourrez découvrir ces différentes causes au cours de prochains articles sur le présent site.

Source (vidéo Youtube)

Chroniques du Ramadan : l’égoïsme

Chroniques du Ramadan : l’égoïsme

Analyse de la notion d’égoïsme par Tariq Ramadan dans le cadre de sa chronique quotidienne accordée à Saphirnews en ce mois de Ramadan.

« Nous poursuivons notre route sur le chemin des résistances, celles qui nous permettent de nous libérer, une libération. Parce que la foi est libération. Il y a l’égo, nous en avons parlé, il y a l’ostentation, nous en avons parlé, et puis il y a l’égoïsme. Et donc l’égo est cette détermination de soi dans tout ce que l’on fait et l’égoïsme, donc c’est avec ce que l’on est, et l’égoïsme, c’est avec ce que l’on a. C’est finalement de ne plus savoir, de ce point de vue-là, être généreux.

Or, le Coran, dès le départ, quand il parle de ceux qui croient, il est dit : « ceux qui croient en Dieu et qui accomplissent la prière et qui donnent des dons que nous leur avons octroyés »

Et les dons que nous leur avons octroyés, ce sont en l’occurrence tous types de dons. Les dons matériels comme les dons spirituels ou affectifs ou psychologiques donc il donne, celui qui a la foi. Le Coran, quand il commence la révélation, quand la révélation commence pour le prophète, tout est une question de dons : donner aux pauvres, s’intéresser aux pauvres. La foi nous fait sortir de notre égo et nous fait sortir pour nous libérer de nous-mêmes et donner de ce que l’on a, se libérer de soi et donner de ce que l’on a ; l’être et l’avoir.

Donc ici l’égoïsme il faut s’en libérer, et tout ce que nous avons malheureusement aujourd’hui dans un système capitaliste est lié à l’égoïsme, à toujours acquérir de l’avoir, à donner moins et à acquérir beaucoup. La spiritualité c’est être plus et donner davantage. Donc ici il y a cette dimension qui est tellement importante dans notre engagement. Et puis ce qui est dit « ce qui résisteront à se protéger de leur propre égoïsme, et bien ceux-là seront les êtres du succès, ceux qui auront atteint le succès, c’est-à-dire qu’ils donnent. Et quand vous regardez l’Islam, le deuxième pilier pratique c’est la zakat, c’est-à-dire que c’est un droit que les pauvres ont sur nous mais pour nous rappeler de quoi ? Du don que nous avons, il y a un droit, il y a un devoir de don pour que l’on comprenne ensuite qu’avec cette attitude qui va purifier notre être, donner de son avoir, c’est purifier notre être, c’est réformer notre être.

Donc le fait de donner de son avoir, la zakat a une notion de purification,  ça purifie l’avoir et l’être. Et bien c’est de la même façon quand on donne de son temps pour écouter, quand on donne de son cœur pour aimer, quand on donne de son argent pour soutenir, quand on donne de ce que l’on a pour permettre à d’autres de vivre de meilleures vies, et bien nous purifions, nous réformons notre être.

Il ne faut pas croire ceux qui pensent que l’être et l’avoir n’ont aucune relation ; ils se trompent. Notre façon d’être avec ce que nous avons dit qui nous sommes, et donc en l’occurrence, l’égoïsme est à la dimension de l’avoir ce que l’égo est à la dimension de l’être, c’est-à-dire enfermé, emprisonné, apprendre la générosité.

Le prophète était généreux même quand il n’avait rien parce qu’il était généreux, il donnait de ce qu’il était au-delà de ce qu’il avait et il donnait aussi de ce qu’il avait et en particulier pendant le mois du ramadan qui est un mois où l’on se prive et on donne d’avantage.

Donc se priver pour donner encore d’avantage. C’est une vraie réflexion, être des êtres généreux, comprendre que la foi est générosité et appelle à la résistance contre tous les égoïsmes, contre tous les égoïsmes de toutes sortes pour que nous puissions être des êtres qui donnons, qui donnons encore, de nous-mêmes et de ce que nous avons.

N’oubliez pas, comme un don, de dire à ceux que vous les aimez que vous les aimez »

 

T. Ramadan

Chroniques du Ramadan : l’ostentation

Chroniques du Ramadan : l’ostentation

L’islamologue nous explique aujourd’hui, toujours dans le contexte du Ramadan, ce qu’est l’ostentation.

 

« Nous devons résister, la vie est résistance. Nous devons résister à ce qui est le naturel en nous et le naturel en nous c’est de dire « je » et de savoir que ce « je » peut être la voie de notre succès parce que nous servons les êtres humains, parce que le meilleur d’entre nous est le plus utile aux êtres humains ou alors uniquement parce que nous nous servons nous, parce que nous somme dans pratiquement l’adoration de soi ou emprisonnés dans le soi. Parmi les conséquences de l’égo, quand il est prédéterminant ou qu’il nous définit, il y a la notion de l’ostentation. Il faut aussi résister à cela, parce que ça dit tout de notre relation à Dieu. Sommes-nous en train de faire les choses pour Dieu et donc seul compte son appréciation ou sommes nous en train de faire les choses pour les hommes, et donc ce qui compte c’est leur jugement. Parce qu’il faut, en se libérant de l’ostentation et de l’égo, on se libère du jugement des autres en fait. On sait que le seul jugement qui compte c’est le jugement de Dieu, ce que pensent les gens ça va pas être très très important mais quand on est dans l’ostentation, quand on pense à ce que les gens vont penser de nous, eh bien tout se perd.

Et vous avez ceci dans le Coran : « malheur à ceux qui prient et qui sont négligeants dans leurs prières et qui sont surtout dans l’ostentation, c’est-à-dire qu’ils sont intéressés à ce qu’on les voit prier, ils vont en plus faire en sorte que leurs prières soient vues alors que la prière elle doit être vue par Dieu parce que c’est le cœur qui prie surtout et pas forcément le corps.

Alors que les hommes voient le corps et ne savent pas ce qu’il y a dans le cœur et donc ici il faut se libérer de ceci parce que vous voyez combien de ce point de vue là, on doit se libérer du jugement.

Le prophète avait dit « est ce que je ne vais pas vous informer de ce qui est pour moi plus dangereux pour vous que l’antéchrist, que la fin du monde […] « associer à Dieu la chose qui est ce secret de l’association ». Et il donne un exemple, il dit « que l’homme se lève pour prier, qu’il embellisse sa prière parce qu’il sait qu’on le regarde. Même dans la prière, même vous voyez que c’est très très fort parce que la prière c’est pour Dieu et même là, on s’intéresse à ce que les gens peuvent penser.

Quand on s’intéresse à ce que les gens peuvent penser, et bien c’est une prison, la prison du jugement donc la résistance à l’égo et à sa conséquence l’ostentation, c’est l’accès) à la liberté de tous les jugements des hommes dont on ne doit pas avoir peur, ce qu’ils disent de nous, dans nos pratiques, dans notre façon de le dire, c’est pas le plus important.

Le plus important, c’est de dépasser tout ça et aussi de savoir « je vais me libérer et revenir à lui, loin de l’ostentation, ça veut dire loin du jugement des hommes, en le servant, en l’aimant et en essayant de résister à tout ce qui pourrait m’empêcher de revenir à cet essentielle dimension de ma vie. »

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