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Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 2)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 2)

Suite de la retranscription rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité.

La première des choses qui nous est dite en tant qu’être devant Dieu, c’est d’accepter ce que nous sommes, d’accepter ce qu’il nous a fait. La sexualité en Islam commence par ce premier principe. De la même façon que tu acceptes pour ton cœur l’étincelle de la foi, de la même façon que tu acceptes pour ton intelligence l’expression d’un fonctionnement qui va vers la connaissance, de la même façon tu dois accepter pour ton corps, l’expression d’une manifestation d’un besoin de l’être autre si tu es un homme ou si tu es une femme. Ton corps dit quelque chose que Dieu a mis en lui. Et ça n’est pas rien que de dire immédiatement et fondamentalement que l’expression de la vie du corps n’est jamais liée en Islam avec l’idée d’une culpabilité. Jamais. Jamais l’acte de la sexualité ou la sexualité et la vie du corps dit de moi que je suis coupable de le ressentir. Et c’est peut-être ce qui parfois par rapport à la tradition chrétienne ou d’autres traditions doit être aussi l’objet d’une véritable discussion : qu’est-ce que vous dîtes de la vie de mon corps ? Est-ce que c’est une déficience ? Est-ce que c’est un manque qui est coupable ? Ou est-ce que c’est simplement ce que Dieu a voulu ? Et l’Islam nous dit : « Je vous ai créé en couple et j’ai voulu la qualité de votre corps mais j’ai voulu également sa dépendance. Et vous êtes responsables de l’entretien que vous en ferez. Vous êtes responsable d’une chose que je vous ai donnée. Comme je vous ai donné l’étincelle de la foi, comme je vous ai donné l’intelligence de votre cerveau, je vous ai donné les instincts et les désirs de votre corps.» Rapport à son corps d’une totale responsabilité et d’une absence totale de culpabilité ; une responsabilisé par rapport à ce qu’il nous a donné dans la vie de notre corps.

En mettant en évidence une chose qui est ce qui fut l’expression de ce que le prophète de l’Islam – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – un jour. Il a confirmé ce qu’un autre compagnon avait dit en manifestant une formule qui dit : « ton corps a des droits sur toi. C’est-à-dire que vous avez intellectuellement et spirituellement à décrypter votre corps qui a des droits sur vous. » Et il en a en tout cas dans trois dimensions :

Le premier droit qu’il a sur vous c’est de lui donner le repos qui vous permet de rester équilibré. Le deuxième droit qu’il a sur vous, c’est de respecter la limite de ce qu’il peut contenir pour ne pas vous empêcher de penser. C’est également cette dimension de toute une consommation du rapport à la nourriture qui fait que parfois trop manger empêche de penser. La troisième dimension, c’est l’écoute de l’instinct, l’écoute de cet appel que le corps a vis-à-vis de l’autre être. Et ce que nous dit l’Islam de ce point de vue là, ceci est totalement naturel. C’est un don de Dieu. Toute la question est de savoir, qu’est ce que vous faîtes du don ? Et là commence votre responsabilité. De la même façon que je peux utiliser mon intelligence pour construire et pour détruire, de la même façon je peux utiliser l’instinct, la sexualité pour construire et pour détruire. Ma responsabilité c’est ce que je fais de ce don, de cette grâce que Dieu m’a donnée. Et là commence un formidable apprentissage. Et c’est une règle totale et absolue dans l’Islam, que tout ce qui nous fait grandir passe par la réforme à tous les niveaux. Réformer ton intelligence pour mieux comprendre, réformer ta spiritualité pour mieux t’approcher, réformer le rapport que tu attends vis-à-vis de ton corps pour mieux te maîtriser.

Et c’est une chose également, qui est une règle en Islam et qui est une réponse très très claire à tout ce qu’aujourd’hui on entend chez les jeunes : la sexualité est naturelle, il faut la vivre naturellement. Or, l’Islam nous dit clairement, mais je crois que toutes les spiritualités se reconnaissent là dedans, fondamentalement, la sexualité est naturelle mais tout ce qui est naturel n’est pas forcément bon si tu ne sais pas le maîtriser.

 

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Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 1)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 1)

Retranscription de la rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité.
« La formulation est la question, c’est une question essentielle pour nous tous et je crois que je suis assez content que dans un cadre universitaire, dans un cadre académique et dans des circonstances qui sont celles-ci, un sujet concernant la sexualité, ce que dit l’Islam sur la sexualité en tant que telle soit mis évidence.

Parce que très souvent nous pensons que tout ce qui a trait à l’espace et à l’expression du transcendant du rapport avec Dieu, du rapport avec sa foi, du rapport avec sa conscience ne concernent que les affaires de l’esprit et que chaque fois que nous avons à discuter des questions qui ont à voir avec notre foi et notre cheminement vers Dieu, nous avons a uniquement discuter et approcher les questions d’une spiritualité active, d’une spiritualité et d’une intimité qui cherchent en permanence à s’approcher de Dieu.

L’Islam de ce point de vue-là,[…], la tradition musulmane dit comme toutes les traditions religieuses qui l’ont précédée, dit de l’Homme quelque chose et dit de l’être humain quelque chose. Ce que dit l’Islam de cette perspective, c’est effectivement ce que les autres traditions disent. Ce qui nous est demandé à chacun et à chacune, c’est un travail de rapprochement avec le divin, de rapprochement avec Dieu. Dans la dimension de ce rapprochement avec Dieu, dans ce que chacun d’entre nous a à faire, le Créateur nous dit effectivement qu’il y a, que nous sommes composés en tant qu’êtres humains, en tant qu’homme, en tant que femme, de différentes composantes, de différents aspects de notre personnalité.

Le rapprochement avec le Créateur n’est pas seulement, dans la tradition musulmane, un rapprochement avec, le Créateur n’est pas uniquement dans la tradition musulmane, le rapprochement de l’esprit qui va vers l’esprit créateur ou l’être créateur. Ce qui est fondamental dans la tradition musulmane, c’est de comprendre quel conception l’Islam dit de l’Homme pour comprendre quelle place a la sexualité dans cette conception.

Fondamentalement, un premier principe doit être compris et tout commence de là, tout est fondé sur ce principe. Le Créateur des Cieux et de la Terre dit de l’Homme dans la tradition musulmane qu’il est un être à qui Dieu a donné un certain nombre de qualités et un certain nombre de besoins.

Et le besoin, c’est en fait, littéralement, l’expression d’un manque. Il est dit dans la tradition musulmane que Dieu à créé l’Homme d’un seul être et qu’il en a fait un couple, et que toutes choses sur la Terre sont par couple, mettant en évidence l’absolue grandeur de l’unique et la réalité du manque de ceux qui ont besoin d’être deux pour aller vers là.

L’expression-même de l’unique c’est l’expression de la totale perfection et de la totale manifestation de l’être au dessus de tous les êtres dont même notre imagination à vouloir le saisir dirait de lui quelque chose qui serait déficient. Rien ne lui ressemble de ce que nous pouvons imaginer puisque notre imagination ne compose qu’à partir de ce que nous connaissons.

Elle ne compose qu’à partir de la déficience du connaître.Dieu est au-delà de tout et dit de nous, « vous êtes pour chaque être sur la Terre composés en couple et tout ce que je vous ai donné de qualités, vous trouverez derrière la qualité l’expression d’un manque pour la compléter. Et c’est votre effort de la compléter. »

C’est vrai du point de vue spirituel. En vous il y a une aspiration vers le Très Haut, mais il vous manque la mémoire permanente de rester en contact avec le Très Haut. Vous avez l’effort à faire pour compléter le manque d’une spiritualité active par l’effort de l’entretenir.

Cette dimension est fondamentale au niveau de l’esprit , et de la même façon, Dieu nous dit sur l’ensemble des qualités qui sont les nôtres : « Intellectuel, tu as le fonctionnement de l’intelligence, tu as la responsabilité de son entretien ; spirituel, tu as l’intelligence, la lumière de la foi et tu dois avoir la spiritualité de l’entretenir et corporel. » Le corps, vis-à-vis de Dieu, de la même nécessité de comprendre où est sa soumission, où est sa grandeur » […]

 

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Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

« Je veux aussi vous parler d’un autre mouvement de femmes qui se mobilisent pour relever le défi de leurs époques tout en étant fermes avec leurs principes religieux et c’est au nom de l’Islam et au nom de cela qu’elles se battent pour la défense des droits des femmes. Donc c’est pas en désaccord avec leurs principes mais c’est vraiment au nom de l’Islam qu’elles sont poussés à se battre et à défendre les droits des femmes musulmanes.

Ces femmes travaillent sur deux principaux domaines. Le 1er domaine est une réinterprétation des textes avec une approche beaucoup plus féminine.

Je veux dire par là que, quand on lit le Coran, c’est comme un miroir, et comme c’est un miroir, une femme et un homme ne se projettent pas pareil et c’est vrai que nous avons besoin d’un regard beaucoup plus féminin sur les textes. Il est vrai que 98% des interprétations que nous avons pu avoir sont faîtes par des hommes et leur contexte et leur culture jouent un rôle sur la façon dont ils interprètent ces textes et ils ont une relation avec des femmes qui sont plus leur mère ou leur femme ou leur sœur ou leur épouse mais pas forcément une approche de femme en tant que femme qui parle par exemple de la femme dans sa quête spirituelle ou qui parle de sa stabilité, de son autonomie, et voilà un des domaines sur lesquelles ces femmes travaillent.

Je prends un exemple d’une des organisations qui est basée au Maroc ; ces femmes travaillent pour une réinterprétation du texte avec une approche beaucoup plus féminine mais cela ne veut pas dire que c’est les femmes toutes seules contre les hommes, bien sûr que non.

Je parle d’une interprétation beaucoup plus féminine, c’est vraiment les hommes et les femmes qui travaillent ensemble sur cela et si je prends l’exemple de ces organisations au Maroc, elles travaillent avec des hommes aussi pour qu’on puisse incorporer une approche plus féminine des textes.

Un des autres domaines de travail sont les sciences sociales. Si je prends mon exemple personnel, j’ai fait mes études en études du genre (Gender Studies) et c’est à la lecture des textes, et là je me suis rendue compte (on travaillait beaucoup sur le féminisme donc j’ai travaillé sur les différents mouvements de femme et à un certain moment on a commencé à parler du féminisme) qu’il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec ma religion, que la base du féminisme qui est une défense des droits des femmes, les hommes et les femmes ensemble pour une défense des droits des femmes et promouvoir les droits des femmes, il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec mes principes religieux et c’est en continuant mes lectures que je me suis rendue compte qu’il y avait aussi tout un mouvement de femmes qui au nom de leurs principes religieux, qui au nom de leur Islam, promouvaient le fait que l’on pouvait être féministe et que l’on pouvait être musulmane en même temps et défendre ses principes au nom de notre religion. Et c’est là que je me suis identifiée à ce mouvement qui concilie une identité musulmane tout en défendant les droits des femmes. Et c’est au nom de ce message de l’Islam qu’elles font ce travail tout en étant bien sûr fidèles aux principes islamiques.

Certains ont appelé ce mouvement féminisme islamique et d’autres ont préféré ne pas utiliser de termes […]. Je pense que le plus important, au lieu de s’attarder sur des détails, des finitions ou comment on pourrait parler de ce mouvement, le plus important vraiment c’est de voir quels sont nos buts et quels sont nos objectifs et qu’au final c’est vraiment au nom du message de notre religion et au nom de nos principes religieux que nous nous battons pour ces droits des femmes qui sont et qu’il y a malheureusement une différence entre ce que le message de l’Islam prône et la façon dont les femmes sont traitées dans nos communautés musulmanes. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

« Après avoir regardé un peu les causes de toutes ces discriminations, de toutes ces injustices ou toutes ces causes où la femme n’a pas forcément tous ses droits, qu’a-t-on pu voir comme mouvements qui ont essayé de parler de tous ces problèmes des femmes ? Donc on peut voir que les discriminations et les injustices auxquelles vont face les femmes sont pas forcément et pas seulement dans nos communautés musulmanes et on voit ça depuis l’Histoire et depuis très longtemps où les femmes en fait de toutes communautés confondues, de toutes traditions, religions, cultures ont vécu des injustices et se sont battues pour que leurs droits soient reconnus.

On a donc des mouvements qui depuis l’extérieur et depuis l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits de la femme, et je vais commencer par regarder d’abord les mouvements extérieurs :

Donc on a des mouvements qui se sont battus car les problèmes dont font face les femmes ne sont pas seulement islamiques. En Occident par exemple on a pu voir tout ce qui est mouvement féministe. Je sais que souvent on prend le terme féministe et on a une connotation négative du terme mais en fait ce qu’il faut savoir surtout c’est qu’il y a différents types de féminisme. On peut pas parler juste d’un seul féminisme, et en fait, quel est le but du féminisme ? C’est l’Islam et les femmes ensemble qui se battent pour les droits de la femme. On peut voir qu’il y a eu différentes tendances et je vais prendre l’exemple des Black Feminists, des États-Unis. Elles en fait c’est depuis l’intérieur du féminisme, moi je me suis rendue compte que pas forcément toutes les prises de positions et tout ce qui faisait partie du mainstream feminism était vraiment ce qu’elles elles ressentaient et elles trouvaient que les injustices n’étaient pas forcément les mêmes. Les discriminations, les injustices que elles subissaient en tant que femmes noires n’étaient pas les mêmes. Donc elles c’est vraiment depuis l’intérieur du féminisme qu’elles ont critiqué, qu’elles ont eu une position positive du terme et du mouvement. Elles disaient qu’il y avait pas forcément que le fait d’être femme mais aussi les fait qu’elles étaient noires. Donc il y avait différents types de discriminations et il fallait prendre cela en compte. Ce que je veux dire par là c’est qu’on peut se rendre compte qu’il y a différentes tendances du féminisme et il y a des tendances de féminisme qui même depuis l’intérieur et depuis des références plus occidentales qui se sont battues pour les droits de la femme et qui n’étaient pas forcément en accord avec tous les points et toutes les conclusions de ces féminismes mais qui travaillaient à cela depuis l’intérieur.

On a aussi des femmes qui sont religieuses et il est vrai que si on regarde l’Histoire et l’historique du féminisme, il est vrai qu’il y a beaucoup de féministes. On peut prendre des exemples aux États Unis ou de Simone de Beauvoir en France, et c’est vrai qu’elles avaient une vision négative du fait qu’elles disaient qu’on pouvait pas être religieuse et être féministe, qu’il y avait une contradiction du fait qu’on soit pratiquante.

Il y a eu toute une tendance et toute une tendance à l’intérieur du féminisme de femmes pratiquantes et religieuses qui se sont battues en tant que féministes et disaient qu’il n’y avait pas de contradiction entre être religieuse et défendre les droits des femmes.

Je vais aussi vous parler des mouvements qui à l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits des femmes. On a par exemple le mouvement réformiste qui est dans la lignée d’un des compagnons du prophète et qui a traversé les âges […] et qui prônait un retour aux sources de l’Islam c’est à dire revenir au Coran et de s’éloigner de certaines interprétations qui étaient trop influencées par la culture et l’importance de revenir à une interprétation pure et en phase avec le contexte.

Ces réformistes se basent sur le fait que le message de l’Islam est universel et applicable pour tous les temps et le fait que nous devons aussi prendre en compte notre contexte lorsque nous essayons de comprendre et d’appliquer les textes. Nous avons par exemple Mohamed Abduh qui a travaillé sur différents versets liés à la polygamie et lui en essayant de les comprendre et en les recontextualisant en est arrivé à la conclusion que la polygamie est acceptée seulement dans des circonstances spécifiques. Donc c’est vraiment revenir à la source, revenir au Coran et de l’interpréter dans notre contexte car l’Islam est un message universel et atemporel. […]

Nous avons aussi des mouvements pour les droits des femmes, pour les femmes, à l’intérieur des références islamiques donc par exemple des femmes en Egypte qui ont poussé le réformisme sur la question des femmes. »