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Mariage mixte et divorce

Mariage mixte et divorce

Retranscription de la rencontre avec Tariq Ramadan sur les thèmes de l’homme et de la femme, le mariage mixte et le divorce

 

Ce qu’il y a dans la tradition musulmane c’est que quand Dieu aime un être, il le fait savoir aux premières assemblées et les premières assemblées des anges le font savoir aux hommes. Et ça c’est vraiment important. Ceux que Dieu aime sont aimés par les hommes et ont énormément d’ennemis.

Tous les prophètes, tous, tous ceux qui sont venus au sens de la parole ont toujours eu des ennemis. La quantité d’amour qu’il y a dans les êtres pour certains ne diminue pas l’adversité qu’il y a dans le cœur des autres, c’est presque le contraire. Donc je crois aussi que là on ne mesure pas par son statut d’être aimé uniquement par le soutien ou l’adversité. Ça doit être plus profond que ça, il doit y avoir d’autres critères. Mais permettez-moi juste de dire une chose : on m’a posé des questions qui sont importantes sur par exemple les familles recomposées, sur des situations de divorce où une femme se retrouve seule ou un homme se retrouve seul avec des enfants dans les sociétés ou les communautés musulmanes.

J’aimerais terminer là-dessus parce que c’est vrai que c’est beaucoup de souffrance. Il y a aujourd’hui d’abord ne serait-ce que les questions des couples mixtes. Un couple c’est pas facile, un couple mixte c’est pas facile non plus pour plein de raisons. Il suffit pas d’être deux et d’avoir la foi, il suffit pas d’avoir la foi en pensant que parce qu’on a l’amour on va de fait dépasser les difficultés. L’amour ça fait passer beaucoup d’obstacles mais pas tous, parce que des jours on aime moins, parce que des jours on fait face à la réalité. Donc ce qui a été dis tout à l’heure est très important, de la même façon qu’on apprend à ses enfants à aimer, on questionne leurs amours, on questionne. Vous savez, quand vous avez vos enfants qui aiment un certain type de musique, un certain type d’attitude, un certain type de vêtements, au lieu de tout interdire, questionnez leurs amours, questionnez leurs goûts, faîtes-le réfléchir à ce pourquoi ils aiment.

Et bien de la même façon, dans les mariages mixtes, il faut poser les questions, anticiper, faire travailler l’esprit non pas encore une fois pour assécher le cœur mais pour faire en sorte que un cœur qui vit qui a de la joie ne fasse pas qu’il y ait une conscience qui soit atrophiée et aveugle. L’amour rend vraiment aveugle, mais vraiment. Il y en a certains vous dites « je ne vois pas que tu ne puisses pas voir », et pourtant elle ou il ne voit pas.

Donc il y a un vrai travail sur comment on dépasse les diversités culturelles, comment il faut absolument, au nom même des principes islamiques, refuser le racisme culturel ou le rejet culturel et national. Il faut que dans cette communauté on refuse absolument que parce qu’on est marocain ou algérien ou tunisien on ne puisse pas être en amour et en couple avec un marocain, un algérien, un tunisien, d’une autre nationalité. Il faut qu’on refuse absolument, au nom même de nos principes quand on est d’Afrique du Nord, qu’on puisse se voir l’amour parce qu’on est belge converti et qu’on ait ce racisme-là.

Pire encore il faut refuser, il faut aimer avec des principes, qu’on puisse dire aujourd’hui dans ces communautés que par exemple parce qu’on vient d’Afrique occidentale, du Sénégal, du Mali, parce qu’on est noir, on aurait moins droit à l’amour dans cette communauté, c’est du racisme, c’est inadmissible, ça ne peut pas être. Toute conscience humaine, conscience musulmane qui accepte ces dérives est une conscience qui accepte le racisme, contre l’Islam et jamais en son nom. Jamais jamais en son nom. Ça c’est aussi des mariages mixtes et aussi le culturel et l’interculturel qu’il faut aborder. Et la deuxième des choses que j’aimerai dire, très rapidement c’est que quand on a des mariages et qu’on a des divorces, il ne vous appartient pas de juger une femme et un homme divorcés. Vous n’êtes pas le jugement sur Terre, il y a des gens qui se permettent des jugements moraux sous prétexte qu’en Islam le divorce est détesté, quand on a un divorcé on l’exclut, ça n’est pas légitime. Il y a des femmes qui ont eu raison de divorcer, il y a des hommes ils ont eu raison de divorcer et le divorce n’est pas en soi une faute, ça peut être la meilleure des pires solutions, ça peut être la meilleure des solutions et il ne nous appartient pas d’être des juges. Et quand on voit aujourd’hui, je suis désolé, franchement je me vois à des moments donnés il y a des gens qui viennent vers moi et qui me disent « mais le travail que tu fais » ils m’applaudissent et je dis « mais attendez, vous avez vu parfois votre voisine ou votre voisin, il y a des femmes elles ont 1 2 3 4 enfants, elles travaillent, elles s’occupent des enfants, elles font 4 fois plus que ce que je pourrais faire ».

La réalité c’est qu’il y a énormément de femmes invisibles à votre œil et tellement courageuses et je sais simplement une chose, c’est que ce que nous nous ne voyons pas et bien Dieu il le voit. S’il y a bien quelque chose qu’il doit voir, c’est le courage de certaines femmes qui ont été lâchées par des hommes parce que les musulmans c’est aussi pareil. Vous avez des hommes qui atteignent un certain âge, qui vont chercher plus jeune, qui vont laisser la maman avec les enfants, ça existe ça et de la même façon vous avez des hommes –et j’en ai rencontrés- qui donnent de leur temps pour s’occuper de leurs enfants qui sont dans la solitude : ceux-là aussi il faut les voir. Donc arrêtons aussi quand on parle des familles de ne voir que ce qui est apparent et qui nous embellit mais gardons le courage et regardons l’attitude de certaines femmes. Elles sont dans votre rue, elles sont dans votre immeuble, elles sont, et ils sont aussi tout près de nous. Ceux là sont la dignité d’une communauté. Alors plutôt que de jeter l’anathème sur ces familles monoparentales […], le minimum que l’on puisse faire c’est de se taire et de respecter parce ça je crois c’est l’exigence du silence devant Dieu.

La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

[…]Si je vais vers l’autre, moi qui suis d’une nation particulière, d’une religion particulière, et que je vais connaître l’autre, la connaissance de l’autre va être un moyen pour moi de mieux me connaître. En d’autres termes, dans ma rencontre avec l’Occident, au lieu de rejeter ces questions comme totalement illégitimes, je vais sélectionner les questions illégitimes et les utiliser à mon compte.

Même l’opposition de l’opposant peut être une belle arme pour la construction de celui qui construit et de celui qui réforme. Donc il y a des questions légitimes qui nous sont posées de l’Occident, il faut les prendre, les intégrer et répondre à partir de nos spécificités, à partir de nos références. Il ne s’agit pas de répondre pour faire plaisir, il s’agit de répondre pour être serein. Et il se pourrait que notre sérénité ne fasse pas plaisir. Parce que certains, ils ne sont contents de leurs questions que quand vous êtes dans l’insécurité quant à vos réponses. Et ça c’est ce qu’on appelle la guerre psychologique.

La guerre psychologique c’est de systématiquement poser la question qui interdit à votre interlocuteur de trouver la sérénité de ses réponses. Vous êtes systématiquement sur la défensive. Donc on est ici dans quelque chose dont il faut se dégager, entrer dans nos références, comprendre ces questions, chercher nos réponses, déterminer nos spécificités.

C’est ce à quoi j’aimerais vous engager pendant le temps de cette conférence, et pour ceci, ce qu’il faut que nous déterminions c’est d’abord deux choses : la première des choses c’est une bonne compréhension. Il ne s’agit pas de connaître le Coran par cœur quand on lit le Coran et qu’on ne le comprend pas […] C’est un texte qu’il faut lire pour le comprendre parce qu’il n’y a pas de fidélité sans compréhension. Comprenez ce que vous lisez, ne répétez pas par cœur des choses que vous ne comprenez pas. Donc il y a une dimension de la compréhension. Et à partir de la compréhension, ce que nous devons développer, comment à partir d’une compréhension allez-vous changer une société ? Vous comprenez un texte et vous formulez un discours. Le discours est la traduction intellectuelle de la compréhension de ce que vous avez lu. Raison pour laquelle vous n’êtes jamais aussi sûr de comprendre un texte que quand vous avez à formuler ce que vous avez compris.

Parce que nous savons comment nous fonctionnons intellectuellement. Nous fonctionnons intellectuellement quand après avoir lu, nous exprimons ce que nous vous avons lu […]. Lis, comprends et parle. Parce qu’avec ta parole se traduira, se condensera, s’exprimera ta compréhension. Parler, c’est la preuve du comprendre. Et quand on comprend ceci, il faut donc développer un discours fondamental sur la question de la femme aujourd’hui en Islam. Un vrai discours qui soit fondé sur notre compréhension et qui relève les défis de l’époque. Ce discours-là, si vous écoutez aujourd’hui, notre attitude en tant que musulmans, nous n’avons pas de discours constructif, nous avons souvent un discours défensif ou apologétique.

Vous n’allez pas nous dire ce que c’est que la femme, car en Islam, à l’époque, l’Islam a libéré la femme. A l’époque. Et les gens vous disent toujours « à l’époque ». Mais 14 siècles plus tard, où est la libération des femmes qui furent libérées quand le prophète était là ? Est-ce que vous vous êtes arrêtés en route parce qu’à l’époque la science qui provenait des esprits musulmans était en tête. Où est la science aujourd’hui de l’esprit des musulmans ? Elle est en retard. Ce qui historiquement fut en tête est dans le présent en retard. C’est vrai pour beaucoup de dossiers, et ça ça vient d’un autre problème, le problème de la compréhension, ce problème de la formulation ; ces quatre dimensions qui terminent par « nous lui avons appris l’expression » et qui nous font un discours. Et donc avec le discours formulé à partir de la compréhension, il faut qu’il y ait une vision, comment allons-nous réformer les choses ? Qu’est ce qui finalement est de l’ordre du fondamental quand il vient de la femme ? Qu’est ce qui est de l’ordre du contextuel et comment peut-on aller vers une amélioration des choses ? Donc c’est à la fois une compréhension des textes éternels, un discours dans le temps et un programme pour le futur. Une compréhension des textes éternels, une compréhension pour le moment présent et une vision pour le futur. Voilà ce que nous devons essayer de faire quand nous parlons du sujet de la femme et essayer de l’exprimer de la façon la plus claire.

Alors, ce que j’ai dit et répété dans un certain nombre de livres[…], c’est d’essayer de commencer à mettre en évidence les priorités du travail que nous avons à faire. Quand vous venez aux textes des savants musulmans à travers l’Histoire, vous allez vous rendre compte que d’abord, à l’exception de la transmission des hadîths, vous allez vous apercevoir que tous ceux qui ont catégorisé la science des textes, et je parle des premières catégories[…]. Tout ce travail de catégorisation n’est pas dans le Coran […], c’est des savants qui ont catégorisé l’approche. Ils ont catégorisé et ils nous ont donné une grille de lecture des textes. Ça ça vient des savants. Tout ce travail-là a été fait par des hommes. La cartographie des sciences et des méthodologies d’approche des textes est masculine.

Alors je ne dis pas ça parce que c’est un problème. Je dis ça parce que, dans certains domaines, on va y voir un problème. Et on va y voir un problème dans une des dimensions, c’est en particulier dans la première des sciences islamiques qu’est le fiqh, le droit et la jurisprudence. Faîtes attention, ne traduisez pas en français le fiqh par la jurisprudence, c’est droit et jurisprudence, y a les fondamentaux et l’évolution dans le temps. Tout cela va en fait déterminer que la première des sciences islamiques, quand il va s’agir de déterminer les règles, va pratiquement tout le temps et dans pratiquement tous les textes de la production scientifique islamique, s’occuper du rôle et des êtres. C’est-à-dire que quand on parle des femmes, on va parler du point de vue normatif de la femme en tant qu’épouse, de la femme en tant que mère, de la femme en tant que fille. Dans la dimension sociale, évidemment que tout ce qui va concerner el fiqh du point de vue individuel, elle est soumise aux mêmes conditions que l’homme etc. Mais dès qu’on entre dans le social, on ne parle pas de l’épanouissement de l’être, on parle de la spécificité du rôle. Mais c’est normal ; quand vous êtes un homme et vous parlez des femmes, la première des choses c’est savoir où les mettre : quel rôle ? Mais quand vous êtes un homme et vous parlez des hommes, c’est qu’est ce qui va déterminer du point de vue de la norme l’épanouissement de l’être ? Et que c’est la première chose que nous avons à faire, c’est que il faut que nous fassions attention aujourd’hui. Parce qu’avec la force de l’Occident qui nous attaque ou dont on a l’impression qu’il nous attaque ou qui questionne l’Islam, ou dont on a l’impression que c’est une agression, la première attitude des musulmans est systématiquement de se protéger par la norme. Et donc il faut se libérer de l’attitude de la défensive, revenir dans les textes et retrouver dans les textes l’affirmation de l’être, non pas la spécificité du rôle. Donc ce qu’on appellera le féminin en Islam, non pas le rôle de l’épouse, non pas le rôle de la mère mais le féminin, c’est-à-dire, « qu’est ce que être une femme ? » comme premier discours. Le discours féminin qui parle de l’être et non pas du rôle. Je dis ceci parce que aujourd’hui malheureusement dans beaucoup de discussions vous le savez, on est perçus comme discriminants et on réagit en disant « non le rôle de la femme c’est ceci », on parle du rôle tout le temps. Mais on parle pas de l’être. […] Il faut aujourd’hui que l’incompréhension des textes de l’Islam pour les musulmanes et les musulmans revienne et cherche dans le texte le statut de la féminité sur le plan spirituel. C’est capital. Sortir de la norme des rôles et déterminer l’essence des êtres. Qu’est ce que c’est qu’être une femme musulmane devant Dieu et dans la société ? Ce discours là il faut que des hommes puissent en parler, mais il faut que des femmes puissent maintenant prendre possession de cela, de ce que ça veut dire.

Vous pourrez retrouver l’intégralité de la rencontre via la vidéo ci-dessous : Tariq Ramadan la femme dignité et spécificité

La femme en Islam : dignité et spécificité

La femme en Islam : dignité et spécificité

Rencontre à Casablanca le 26 mars 2011 avec Tariq Ramadan où ce dernier traite de la responsabilité partagée entre les deux sexes comme base du respect de la dignité de la femme. Il aborde aussi les thématiques de l’éducation, l’accès à l’emploi, les spécificités physiques et psychiques de la femme, les versets du Coran qui la concernent.

Nous vous proposons une retranscription de cette rencontre via l’article ci-dessous :

« Merci infiniment de cette invitation ici, dans cette institution, de vos deux introductions, de votre invitation, de votre présence depuis que je suis au Maroc […] Jour après jour j’ai la possibilité de faire des rencontres avec le public marocain d’une façon et d’une autre et c’est toujours un plaisir et un échange qui s’avère fructueux, c’est une patrie pour moi d’adoption et donc en l’occurrence ces échanges pour moi sont autant le fait de traduire une pensée que de responsabiliser les consciences.

Et dans un sujet comme celui-ci qui parle de la femme aujourd’hui, sur la question de la dignité, de la spécificité, de l’engagement, nous devons, aujourd’hui, au XVe siècle de notre Histoire, au XXIe siècle du calcul de l’ère chrétienne, nous devons nous regarder en face. Nous devons nous regarder en face et regarder en face les principes de notre religion, les principes de notre civilisation et les défaillances de nos sociétés.

Et quand je dis les défaillances de notre société, c’est finalement résumer quelque chose d’assez simple qui vient de quelqu’un qui parle de l’intérieur, qui a la foi, qui croit en la vérité du Coran, qui croit en la vérité du Message et qui dit à la Lumière du Message et à la Lumière de sa Foi, qu’il y a des contradictions aujourd’hui entre ce que disent les textes et ce que font les musulmans.

Et donc, c’est tout à la fois l’idée de savoir et d’essayer de comprendre ce que disent les textes mais en même temps de nous responsabiliser tous, femmes et hommes de cette salle pour que nous soyons, pour que nous essayions d’enclencher un mouvement de réconciliation, de faire en sorte que notre quotidien, de faire en sorte que de nos sociétés, de nos familles, nous revenions à une meilleure compréhension et une meilleure application des textes qui sont les nôtres et des objectifs qui sont les nôtres.

La conférence pour moi et ce que j’échange avec vous, c’est pas simplement une pure vue de l’esprit ; c’est un échange de responsabilités. Ce n’est pas une discussion théorique sur la grandeur de l’Islam et des femmes – parce que je peux vous dire que j’en ai entendu des conférences qui nous disaient combien les textes disent que les femmes ont un statut et combien j’en ai vu des sociétés où les hommes musulmans et les sociétés musulmanes oubliaient la dignité des femmes. Donc, je ne veux pas me situer dans le discours idéal théorique ou le discours négatif vis-à-vis de la pratique, ce que j’aimerais c’est vraiment avoir une ligne, comprendre nos références et relever nos défis.

Voilà ce que j’aimerais et c’est pour ça qu’une intervention comme celle-ci ici à Casablanca, pour moi dans une société majoritairement musulmane, c’est de traduire et d’essayer d’échanger avec vous sur nos responsabilités respectives. Nous ne pouvons blâmer personne au bout du compte. Au bout du compte les premiers à blâmer c’est nous-mêmes. Nous sommes les premiers responsables de ce que nous sommes en train de faire de notre tradition. Si l’Islam aujourd’hui n’a pas l’épanouissement, la grandeur de l’horizon et la fraîcheur de la sérénité, c’est pas parce que uniquement l’Occident ou certaines forces occidentales sont en opposition à l’Islam, c’est que les musulmans ne sont pas la lumière, ne sont pas à la hauteur de la lumière qu’ils portent. Et que ça c’est notre responsabilité. Que c’est la responsabilité de chacun et chacune d’entre vous. Si aujourd’hui nos sociétés sont ce qu’elles sont, c’est que nous ne sommes pas suffisamment engageants et j’aimerais traduire cela de cette façon-là.

Alors, en termes d’introduction, ce que j’aimerais dire c’est que souvent nous parlons de la question de la femme parce que c’est devenu le maître mot du discours sur l’Islam en Occident. Quand vous voulez parler de l’Islam en Occident, vous savez quand on vit en Occident comme j’y vis et qu’on doit débattre de la question de l’Islam, souvent la question de l’Islam n’est pas perçue comme une lumière pour les musulmans, c’est perçu comme un problème pour l’Occident. Donc on doit discuter des problèmes avant de discuter de la lumière, ce qui pour quelqu’un qui parle toujours de lumière est toujours un problème.

Donc en l’occurrence, on est tout le temps en train de devoir répondre à des problèmes. Et deux des problèmes qui apparaissent le plus souvent sont de deux natures. L’un c’est Islam violence au travers de la notion de djihad, l’Islam et les femmes au travers de la notion de discrimination, que les femmes sont discriminées et que l’Islam par essence pousse à la discrimination vis-à-vis des femmes par essence, ou qu’il pousse à la violence par essence. Alors on peut ne pas être d’accord avec ça mais on ne peut se contenter de s’asseoir en disant « ils n’aiment pas les musulmans, ce sont des racistes » parce que si nous regardons nos sociétés, si nous regardons ce que certains de notre religion font en tant que musulmans, effectivement certains utilisent la violence de façon déconsidérée, certains discriminent les femmes de façon incohérente et totalement injustifiée.

Donc il faut que nous sachions non pas répondre à la question de l’Occident mais utiliser la question de l’Occident pour nous poser nous les bonnes questions. 

[Suite à venir dans un prochain article]

 

http://tariqramadan.com/la-femme-dignite-et-specificite/

 

Enfin, le résumé de la rencontre peut être trouvé sur le site de fm2h : Tariq Ramadan femme dignité et spécificités http://fmh2.ma/fr/programme-culturele/160-la-femme-dans-lislam-dignite-et-specificites-tariq-ramadan.html

source : https://www.youtube.com/watch?v=5AzfbmaGpIE

Chroniques du ramadan : la raison

Chroniques du ramadan : la raison

« L’une des facultés à laquelle nous devons faire très très attention est la faculté de raison. Elle est une faculté déterminante, essentielle pour la construction de notre compréhension de la religion, de notre compréhension du monde, de notre engagement dans le monde. Et pourtant, elle peut être aussi, si on n’y prend pas garde, la faculté qui nous mènerait à l’arrogance, qui nous mènerait à la suffisance, qui nous mènerait à cette façon de nous penser et de penser que nous savons et que nous sommes l’ultime espèce qui sait et qui doit, de ce point de vue-là, trouver son destin et qui doit prendre en charge sa vie.

Pourtant, la raison de ce point de vue-là, elle est limitée. Et l’une des premières attitudes rationnelles c’est de comprendre les limites de la raison. Alors la première des choses c’est que tout n’est pas accessible par la raison et le Coran nous invite à reconnaître les limites de la raison quand par exemple dans des débuts de chapitre, il commence par des lettres. Il n’y a pas de doutes dans le livre, mais quel est le sens de ces trois lettres, les limites de la raison ? Comme par exemple on a aussi cette formule « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Et là de ce point de vue-là aussi, ce qui peut être la reconnaissance que le cœur a des secrets, que le cœur peut savoir, « ils ont des cœurs ils ne réfléchissent pas à leur cœur »   « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles mais ce sont les cœurs », cela veut dire que le cœur aussi a accès au savoir. Donc que ce soit affectivement, que ce soit sentimentalement, que ce soit intellectuellement, que ce soit dans l’ordre du monde, la raison doit trouver ce qu’on appelle l’humilité intellectuelle. Résister à l’arrogance intellectuelle, c’est exactement ce qui doit être la détermination de l’homme. Dans par exemple ce qu’on retrouve dans les anges, dans le Coran au début quand il parle à Dieu, il dit « je sais ce que vous ne savez pas », eux ils répondent « louange à toi, nous ne savons que ce que Dieu nous a donné de savoir ». Et chaque savant quand il termine une fatwa il dit « Dieu est le plus savant ».

La résistance à la tentation d’arrogance de la raison, de la pensée, que la raison peut tout savoir et de ce point de vue-là savoir que Dieu sait plus, savoir que je ne sais rien comme disait Socrate et savoir qu’en moi il y a d’autres facultés qui peuvent savoir et que la raison ne peut forcément comprendre ; et dont elle ne peut toujours rendre compte.

Voilà un chemin spirituel également, et en particulier, dans notre vie quotidienne savoir avec raison reconnaître les limites de sa raison. »

Retranscription issue de saphirnews

 

Chroniques du ramadan : la jalousie

Chroniques du ramadan : la jalousie

« Parmi les choses et parmi les sentiments et parmi les réflexions qui peuvent nous habiter, il en est une à laquelle il faut résister aussi de l’intérieur et c’est celle de la jalousie. La jalousie et qui peut mener aussi à la médisance du fait de parler dans le dos des gens. Mais la jalousie c’est le début effectivement d’un cheminement négatif par rapport aux gens d’abord. Ce qu’il faut savoir, ce dont il faut se rappeler c’est que Dieu donne à qui il veut et il reprend de qui il veut et il a élevé dans la société des gens plus que d’autres, il y a des statuts qui sont différents.

On peut de ce point de vue-là regarder les autres à partir de là où nous sommes et les jalouser, il faut plus que cela dans tout ce qui est compréhension de l’ordre du monde, comprendre que Dieu a toujours mis des personnes qui seront au-dessus de nous et il a mis des personnes qui seront en dessous de nous. Et que tout ce regard sur le réel il ne doit pas être porté par la jalousie mais par la compréhension spirituelle que on peut toujours aller dans le mieux vers le plus haut et puis dans le mal, ce remercier Dieu de ne pas être tombé si bas.

Et la jalousie, en l’occurrence, il faut lui résister. Ce sentiment qui est l’envie, qui est de regarder la place de l’autre, non pas parce qu’on aimerait être comme lui ; on peut être jaloux de la foi de quelqu’un en disant « j’aimerais être comme lui » mais la jalousie c’est quelque chose de plus subtil, c’est vouloir enlever ce que l’autre a, c’est pouvoir le priver de ce qu’il a. Et là, cette jalousie devient extrêmement négative.

Le prophète avait dit « attention à la jalousie » et de ce point de vue-là c’était particulièrement important, c’est-à-dire que la jalousie elle brûle, elle détruit, elle mange tous ces actes de bien comme le feu mange le bois qu’il consume, donc ça consume. Donc en l’occurrence, ce travail sur soi, ce travail sur la jalousie, c’est surtout de se regarder, d’observer le monde autour de nous et de ne pas vouloir le mal pour la personne qui a mais entrer dans une compétition positive et non pas vouloir la destruction.

La fin du Coran, ce que l’on a, qu’on demande à Dieu du mal de celui qui est jaloux quand il jalouse ; c’est de cela que l’on doit se protéger parce que la jalousie peut faire mal et l’entretien des sentiments négatifs est quelque chose est un sentiment contre lequel on peut, on doit travailler. Ça suppose de se regarder soi dans son cheminement, de ne pas vouloir le mal à autrui et tout ce que l’autre a et que nous n’avons pas, demander à Dieu de nous permettre de progresser pour pouvoir l’obtenir dans l’intelligence, dans la foi et dans la société.

Ne l’oubliez pas, une lutte personnelle, importante, intense et difficile. »

 

Chroniques du ramadan : la lâcheté

Chroniques du ramadan : la lâcheté

« Nous poursuivons nos réflexions sur les résistances et il en est une également qui est presque évidente : c’est la résistance à notre propre lâcheté. La lâcheté c’est effectivement le contraire du courage, le contraire du fait de pouvoir s’exprimer, de pouvoir agir. La lâcheté elle est de différentes natures : on peut avoir une lâcheté intellectuelle, on peut avoir une lâcheté politique, on peut avoir une lâcheté physique, on peut avoir une lâcheté sociale et cette lâcheté-là c’est le fait en l’occurrence de ne pas avoir le courage de dire ce que l’on pense, de ne pas s’exprimer librement et d’avoir peur en l’occurrence dans sa vie personnelle de toutes les conséquences. Les compagnons disaient du prophète que dans toutes les batailles, dans tout ce qui se passait, il était au premier rang. Non seulement il appelait au courage mais il en était le premier exemple de ce courage.

Et puis, ce qui nous vient également de notre engagement vis-à-vis des combats, de ceux à qui on dit que les hommes se sont réunis pour les défaire et puis leur foi augmentait. C’est-à-dire que devant le péril, la foi augmente et offre du courage. De la même façon que nous avons, de ce point de vue-là, l’ultime courage, l’ultime djihad, l’ultime accès à cette résistance, c’est une parole de vérité devant un tyran, c’est aussi une dimension de ce courage. Et donc, ici la formation spirituelle, l’engagement avec Dieu, c’est de s’en remettre à lui, de s’en remettre à sa présence, à son soutien et puis en même temps de regarder les hommes et de lutter contre ces peurs (donc ça c’est l’émotion) et puis d’agir avec courage, d’oser dire les choses, de ne pas attendre le jugement des hommes, de savoir que finalement il vaut mieux une parole de vérité même si tous les hommes nous jugent mal et que ceux qui changent les sociétés ce sont ceux qui ont ce courage de l’engagement.

Alors, le courage de la parole de dire, le courage intellectuel de penser seul parfois même de penser contre les autres, le courage de s’assumer, de ne pas se laisser juger par les autres ou réduire par les autres, même dans la communauté spirituelle, même parmi les musulmans dont certains parfois sont plus des juges que des frères et qui parfois essayent de réduire ou de diminuer leurs frères et leurs sœurs en Islam.

Et donc, ici cette dimension elle est à l’intérieur de soi, elle est dans la communauté, elle est individuelle, elle est politique aussi elle est collective donc la résistance à la lâcheté, c’est un chemin nécessaire dans l’expérience de la spiritualité musulmane.

Et au moment où l’on jeûne, contrairement et face à tout ce que les gens peuvent penser, avoir le courage de s’assumer, assumer sa pratique, assumer son chemin et assumer ses choix, c’est ça que le prophète avait dit : « donnez-moi le soleil dans la main droite et la lune dans la main gauche. Je ne cesserai pas, j’irai jusqu’au bout, c’est mon destin, c’est mon courage et c’est le sens de ma vie.

C’est ce dont nous devrions nous souvenir tous les jours de notre vie également. »

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

6ème et dernière partie de la conférence de Tariq Ramadan sur la question de la sexualité en Islam :

« Autre élément également qui nous permet de nous rendre compte jusqu’à où l’expression de la sexualité a effectivement été quelque chose dont les savants musulmans et l’Islam n’avaient pas peur ; c’est aujourd’hui que nous sommes un tout petit peu frileux […] il n’y a pas de sujet tabou quand ce sujet te permet d’être un petit peu plus proche de Dieu. Et la sexualité quand elle est vécue avec dignité, dans l’intimité et dans la réalité de ce qui est permis de ce point de vue-là est un acte d’adoration, il faut que vous l’entendiez comme ça.

Les savants, dans la pratique par exemple de ce qui s’appelle la contraception naturelle où l’homme se retire justement avant que l’acte soit consommé jusqu’à terme, et bien que se passe-t-il ? Des savants ont mis en évidence : « attention, pour que l’homme puisse pratiquer cette contraception naturelle, il faut qu’il ait la permission de son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il risque de lui enlever deux droits : le premier droit c’est le droit à sa maternité mais le deuxième c’est le droit à son plaisir. » Je sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela peut vouloir dire la compréhension d’une sexualité qui est assumée jusqu’à son terme où une femme, dans la relation qu’elle a avec son mari détermine clairement un droit au plaisir dans le cadre d’une sexualité assumée dans les limites bien entendu de ce qui nous est permis, c’est-à-dire, le mariage.  »

Source de la conférence (audio)

Tariq Ramadan

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

« En d’autres termes, autant pour le cœur, l’effort que l’homme fait pour pouvoir maintenir cette étincelle et prier et s’approcher de Dieu devient une aumône dans la vie quotidienne[…], autant dans notre intelligence quand nous la travaillons pour nous rapprocher dans la connaissance c’est une aumône, autant le corps quand nous ne le maitrisons pour ne pas faire ce qui nous est interdit, le don devient une aumône. En d’autres termes, l’acte sexuel à l’intérieur des limites de ce qui est permis est un acte de piété, un acte d’adoration. C’est à l’envers de tout acte de culpabilité. Aussi sûr que tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu pries avec tout ton cœur, aussi sûr tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu as une relation avec ta femme sous son regard et sa protection.

C’est un acte de grandeur, qui manifeste que tu as compris son ordre mais que tu veux vivre dans la maîtrise de son ordre et jamais dans la négligence de tes pulsions. Et c’est l’acte de toutes les libertés, l’acte de toutes les expressions qui dit « ce corps est le mien et l’offre exclusivement à l’homme ou à la femme que j’aime et dans la perspective de ce rapprochement avec Dieu. » Qu’il me soit permis de dire aussi une chose très importante par rapport à la sexualité : est ce que cela veut dire que par rapport à la sexualité ce soit uniquement « je dois me maîtriser ».[…] Avec cette maîtrise et cette vie du corps dans le mariage, il y a toute une dimension qui est ouverte et qui ne correspond pas à l’idée que l’on pourrait se faire « je n’ai de relation sexuelle que pour mettre au monde des enfants, pour l’homme, pour la femme ».

En Islam, la notion de la vie du corps est liée à l’idée du plaisir accepté, reconnu et défendu. Défendu au sens de protégé. La notion de plaisir est acceptée en Islam. On sait que le prophète de l’Islam à son époque acceptait de ses compagnons ce qu’ils pratiquaient de façon ouverte, ouverte bien sûr dans la discrétion, mais on savait, le prophète de l’Islam savait qu’effectivement ses compagnons pratiquaient ce qui s’appelait le coït interrompu c’est-à-dire la contraception naturelle.

Et il ne s’y est pas opposé. Il ne s’y est pas opposé voulant mettre en évidence par là que non seulement l’acte sexuel est la rencontre de deux corps qui s’aiment mais l’acceptation de ces deux corps de la manifestation d’un plaisir que l’on accepte parce que Dieu dans ce plaisir quand il est fait dans le cadre du licite nous dit « vous êtes en train de manifester votre amour et votre soumission de mon ordre. Le plaisir dans la relation sexuelle, c’est l’expression, quand il est dans les limites du mariage, que vous êtes en train de chanter la gloire de Dieu qui a mis le plaisir de la rencontre entre deux êtres. »

Le plaisir n’est jamais lié à la culpabilité. Il est lié à l’expression d’une reconnaissance par les hommes d’un don que Dieu nous donne et qui nous donne sur nos corps, par nos corps et dans la vie de nos corps. Ce n’est pas rien de rappeler ceci et de rappeler la dimension de ce plaisir pour l’homme comme pour la femme. Et c’est également sur cette dimension-là qu’effectivement, dans la tradition musulmane, tout ce qui doit protéger le plaisir de l’homme et le plaisir de la femme doit être entretenu.

Il y a eu effectivement des pratiques qui sont des pratiques traditionnelles, qui sont les pratiques de l’excision par exemple et l’excision n’est pas une pratique qui est une pratique islamique. La seule fois qu’on a un hadis dont l’authenticité n’est pas vérifiée ou on a posé la question au prophète « est ce qu’on peut pratiquer ceci ? » Il a répondu avec une nuance pour ne pas attaquer la culture des hommes, il a dit : « si vous le faîtes, passez légèrement sur l’organe génitale de la femme »

Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mis en évidence dans la tradition musulmane c’est bien entendu la possible reconnaissance des cultures mais surtout une chose qui est défendue par tous les savants et qui a permis à certains savants de dire clairement que par rapport à l’excision, l’Islam s’opposait à cette pratique là et en tout cas de façon très très claire à tout ce qui est l’infibullation qui va très loin, beaucoup plus loin, simplement le fait de cette pratique légère de l’excision. L’excision n’est pas une pratique musulmane, elle a été une pratique traditionnelle et clairement, tout ce qui, dans le traitement du corps de l’homme et de la femme pourrait lui enlever du plaisir n’est pas islamique parce que la notion de plaisir est reconnue pour l’homme et pour la femme. »

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

4e partie de la retranscription sur le sujet de la sexualité,  vous pourrez retrouver les retranscriptions précédentes : première partie , seconde partie et troisième partie

« La vie de ton corps, les appels de ton corps, les instincts en ton corps, le désir de l’autre en ton corps sont totalement naturels. Mais celui qui se rapproche de Dieu doit apprendre depuis l’âge de la puberté où il devient responsable à l’âge où quelque chose lui sera permis dans l’acte de vivre et de consommer ce plaisir, l’acte de responsabilité qui passe par la maîtrise. La première chose qui est demandée dans le rapport que l’on a avec sa sexualité, c’est d’avoir la lucidité d’admettre qu’elle est présente et d’avoir l’exigence de la maîtriser, parce que l’on sait qu’elle est présente. Cela m’amène à dire que souvent les musulmans dans leur tradition nient la sexualité en pensant qu’en en parlant pas on la maîtrise, ce qui est une erreur.

C’est parce que l’on parle de ce que l’on vit que l’on maîtrise ce que l’on ne veut pas vivre.

[…] j’en parle pour savoir ce que c’est mais j’en parle aussi pour savoir ce que je ne veux pas en faire. Et dans cette perspective là le message fondamental de la sexualité, de notre rapport à la sexualité, est un rapport de grande exigence, de la reconnaissance de tous nos instincts et de leur maîtrise, jusqu’à l’âge ou jusqu’au moment où devant Dieu, dans un rapport fondamental qui est lié vraiment à une dimension très très importante en Islam qui est « tu as des droits sur ton corps, ton corps a des droits sur toi, c’est de reconnaître ce qu’il est, mais tu as à maîtriser ce que ton corps représente pour toi pour en faire justement le don absolu et essentiel en mettant le respect de ce que Dieu demande. »

Et très clairement, il y a ici la dimension d’une nouvelle maîtrise dans le cadre et jusqu’au cadre et exclusivement dans le cadre du mariage. Alors je sais que, à l’époque moderne, ces propos vous paraissent venus d’ailleurs et pourtant ils sont bien d’ici. Et ils sont pour tous les êtres de foi, de toute éternité. L’idée que la maîtrise de sa sexualité est une condition de sa spiritualité. Pour que l’accomplissement de cette sexualité se confirme dans la spiritualité, il faut qu’elle se réalise devant Dieu, dans la transparence, dans le don de son corps à un être que l’on aime et vis-à-vis duquel on manifeste son amour dans un rapprochement devant Dieu, et qui sanctionné par un contrat puisqu’en Islam on a un sacrement c’est le contrat du mariage.

Cette réalité est très importante parce que tout le cheminement de l’effort par rapport à Dieu dans une maîtrise est à un moment donné de ne jamais nier ce qui est en nous, de le maîtriser et puis de l’offrir à celui ou à celle que nous aimons devant Dieu. Ceci est tellement sous le couvert de l’innocence qu’un jour des compagnons étaient autour du prophète de l’Islam – que la paix et la bénédiction du Dieu soient sur lui – et il leur a dit une chose étonnante : « regardez jusqu’à quel point l’acte de maîtrise quand il est vécu à l’intérieur des limites devient un acte fondamentalement bon et jamais lié à la culpabilité, jamais. » Il leur explique tout ce qui dans la vie de quelqu’un s’apparente à quoi ? A une aumône. C’est un don que l’on fait pour Dieu. Et il leur dit : «[…]votre relations sexuelle avec votre femme est une aumône. » Les compagnons s’étonnent : « comment ? quand nous vivons la vie de nos instincts c’est-à-dire quand nous faisons cet acte là c’est une aumône ? » « Oui, parce que si vous le faisiez en dehors du cadre du mariage, ce serait un péché, mais à l’intérieur du mariage, c’est comme l’expression d’un don, d’une aumône, d’un acte de reconnaissance ». »

 

 

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 3)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 3)

Suite de la retranscription rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité, troisième partie. Vous pourrez retrouver les débuts ici : première partie et seconde partie

« Aussi sur que ta colère est naturelle, si tu me dis parce que je suis naturellement colérique, j’ai le droit de me mettre en colère quand je veux, tu dis déjà que tu as perdu ce que Dieu t’a donné de maîtrise donc la sexualité n’est jamais liée à la culpabilité, elle est liée à la responsabilité et quelle responsabilité ? C’est le troisième élément que je voulais mettre en évidence : la maîtrise de ce naturel pour retrouver la dignité devant Dieu ou en tout cas pour la protéger. En d’autres termes nous sommes tous, depuis le premier moment où nous venons au monde, nous sommes tous dans une totale innocence. Et l’accompagnement de cette innocence se fait dans notre jeunesse jusqu’au moment où nous parvenons à l’âge qui est l’âge de la puberté. C’est étonnant d’ailleurs, parce qu’au même moment où notre corps développe par rapport à l’autre sexe et beaucoup plus clairement les signes d’une possible attirance, attirance qui devient moins équivoque que la seule attirance qu’on peut avoir chez les enfants, quoiqu’en dise la tradition psychanalytique […].

Enfin, pour notre réalité à nous, aujourd’hui, à partir du moment où effectivement dans notre développement, quelque chose apparaît qui enlève l’équivoque de notre rapport à l’autre sexe, pour l’homme la femme et pour la femme l’homme, Dieu dit « à ce moment là commence ta responsabilité. » C’est à ce moment là très précis que l’Homme devient d’innocent responsable. Au moment où le corps développe en son esprit l’âge de raison mais en son corps une attirance vers l’autre, Dieu dit « voilà, commence ta responsabilité ». Et pour tous les parents, c’est d’apprendre à accompagner le cheminement dans l’innocence pour fonder l’être dans la responsabilité.

La responsabilité de son corps, et qui est de dire effectivement dans cette dimension, de ne jamais nier le naturel mais de le maîtriser, de la maîtriser, c’est la dignité de l’Homme. Et c’est ce que nous dit l’Islam à partir de l’âge de la puberté, un enseignement sur ceci qui est d’une exigence sans concessions. »

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