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Mariage mixte et divorce

Mariage mixte et divorce

Retranscription de la rencontre avec Tariq Ramadan sur les thèmes de l’homme et de la femme, le mariage mixte et le divorce

 

Ce qu’il y a dans la tradition musulmane c’est que quand Dieu aime un être, il le fait savoir aux premières assemblées et les premières assemblées des anges le font savoir aux hommes. Et ça c’est vraiment important. Ceux que Dieu aime sont aimés par les hommes et ont énormément d’ennemis.

Tous les prophètes, tous, tous ceux qui sont venus au sens de la parole ont toujours eu des ennemis. La quantité d’amour qu’il y a dans les êtres pour certains ne diminue pas l’adversité qu’il y a dans le cœur des autres, c’est presque le contraire. Donc je crois aussi que là on ne mesure pas par son statut d’être aimé uniquement par le soutien ou l’adversité. Ça doit être plus profond que ça, il doit y avoir d’autres critères. Mais permettez-moi juste de dire une chose : on m’a posé des questions qui sont importantes sur par exemple les familles recomposées, sur des situations de divorce où une femme se retrouve seule ou un homme se retrouve seul avec des enfants dans les sociétés ou les communautés musulmanes.

J’aimerais terminer là-dessus parce que c’est vrai que c’est beaucoup de souffrance. Il y a aujourd’hui d’abord ne serait-ce que les questions des couples mixtes. Un couple c’est pas facile, un couple mixte c’est pas facile non plus pour plein de raisons. Il suffit pas d’être deux et d’avoir la foi, il suffit pas d’avoir la foi en pensant que parce qu’on a l’amour on va de fait dépasser les difficultés. L’amour ça fait passer beaucoup d’obstacles mais pas tous, parce que des jours on aime moins, parce que des jours on fait face à la réalité. Donc ce qui a été dis tout à l’heure est très important, de la même façon qu’on apprend à ses enfants à aimer, on questionne leurs amours, on questionne. Vous savez, quand vous avez vos enfants qui aiment un certain type de musique, un certain type d’attitude, un certain type de vêtements, au lieu de tout interdire, questionnez leurs amours, questionnez leurs goûts, faîtes-le réfléchir à ce pourquoi ils aiment.

Et bien de la même façon, dans les mariages mixtes, il faut poser les questions, anticiper, faire travailler l’esprit non pas encore une fois pour assécher le cœur mais pour faire en sorte que un cœur qui vit qui a de la joie ne fasse pas qu’il y ait une conscience qui soit atrophiée et aveugle. L’amour rend vraiment aveugle, mais vraiment. Il y en a certains vous dites « je ne vois pas que tu ne puisses pas voir », et pourtant elle ou il ne voit pas.

Donc il y a un vrai travail sur comment on dépasse les diversités culturelles, comment il faut absolument, au nom même des principes islamiques, refuser le racisme culturel ou le rejet culturel et national. Il faut que dans cette communauté on refuse absolument que parce qu’on est marocain ou algérien ou tunisien on ne puisse pas être en amour et en couple avec un marocain, un algérien, un tunisien, d’une autre nationalité. Il faut qu’on refuse absolument, au nom même de nos principes quand on est d’Afrique du Nord, qu’on puisse se voir l’amour parce qu’on est belge converti et qu’on ait ce racisme-là.

Pire encore il faut refuser, il faut aimer avec des principes, qu’on puisse dire aujourd’hui dans ces communautés que par exemple parce qu’on vient d’Afrique occidentale, du Sénégal, du Mali, parce qu’on est noir, on aurait moins droit à l’amour dans cette communauté, c’est du racisme, c’est inadmissible, ça ne peut pas être. Toute conscience humaine, conscience musulmane qui accepte ces dérives est une conscience qui accepte le racisme, contre l’Islam et jamais en son nom. Jamais jamais en son nom. Ça c’est aussi des mariages mixtes et aussi le culturel et l’interculturel qu’il faut aborder. Et la deuxième des choses que j’aimerai dire, très rapidement c’est que quand on a des mariages et qu’on a des divorces, il ne vous appartient pas de juger une femme et un homme divorcés. Vous n’êtes pas le jugement sur Terre, il y a des gens qui se permettent des jugements moraux sous prétexte qu’en Islam le divorce est détesté, quand on a un divorcé on l’exclut, ça n’est pas légitime. Il y a des femmes qui ont eu raison de divorcer, il y a des hommes ils ont eu raison de divorcer et le divorce n’est pas en soi une faute, ça peut être la meilleure des pires solutions, ça peut être la meilleure des solutions et il ne nous appartient pas d’être des juges. Et quand on voit aujourd’hui, je suis désolé, franchement je me vois à des moments donnés il y a des gens qui viennent vers moi et qui me disent « mais le travail que tu fais » ils m’applaudissent et je dis « mais attendez, vous avez vu parfois votre voisine ou votre voisin, il y a des femmes elles ont 1 2 3 4 enfants, elles travaillent, elles s’occupent des enfants, elles font 4 fois plus que ce que je pourrais faire ».

La réalité c’est qu’il y a énormément de femmes invisibles à votre œil et tellement courageuses et je sais simplement une chose, c’est que ce que nous nous ne voyons pas et bien Dieu il le voit. S’il y a bien quelque chose qu’il doit voir, c’est le courage de certaines femmes qui ont été lâchées par des hommes parce que les musulmans c’est aussi pareil. Vous avez des hommes qui atteignent un certain âge, qui vont chercher plus jeune, qui vont laisser la maman avec les enfants, ça existe ça et de la même façon vous avez des hommes –et j’en ai rencontrés- qui donnent de leur temps pour s’occuper de leurs enfants qui sont dans la solitude : ceux-là aussi il faut les voir. Donc arrêtons aussi quand on parle des familles de ne voir que ce qui est apparent et qui nous embellit mais gardons le courage et regardons l’attitude de certaines femmes. Elles sont dans votre rue, elles sont dans votre immeuble, elles sont, et ils sont aussi tout près de nous. Ceux là sont la dignité d’une communauté. Alors plutôt que de jeter l’anathème sur ces familles monoparentales […], le minimum que l’on puisse faire c’est de se taire et de respecter parce ça je crois c’est l’exigence du silence devant Dieu.

La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

[…]Si je vais vers l’autre, moi qui suis d’une nation particulière, d’une religion particulière, et que je vais connaître l’autre, la connaissance de l’autre va être un moyen pour moi de mieux me connaître. En d’autres termes, dans ma rencontre avec l’Occident, au lieu de rejeter ces questions comme totalement illégitimes, je vais sélectionner les questions illégitimes et les utiliser à mon compte.

Même l’opposition de l’opposant peut être une belle arme pour la construction de celui qui construit et de celui qui réforme. Donc il y a des questions légitimes qui nous sont posées de l’Occident, il faut les prendre, les intégrer et répondre à partir de nos spécificités, à partir de nos références. Il ne s’agit pas de répondre pour faire plaisir, il s’agit de répondre pour être serein. Et il se pourrait que notre sérénité ne fasse pas plaisir. Parce que certains, ils ne sont contents de leurs questions que quand vous êtes dans l’insécurité quant à vos réponses. Et ça c’est ce qu’on appelle la guerre psychologique.

La guerre psychologique c’est de systématiquement poser la question qui interdit à votre interlocuteur de trouver la sérénité de ses réponses. Vous êtes systématiquement sur la défensive. Donc on est ici dans quelque chose dont il faut se dégager, entrer dans nos références, comprendre ces questions, chercher nos réponses, déterminer nos spécificités.

C’est ce à quoi j’aimerais vous engager pendant le temps de cette conférence, et pour ceci, ce qu’il faut que nous déterminions c’est d’abord deux choses : la première des choses c’est une bonne compréhension. Il ne s’agit pas de connaître le Coran par cœur quand on lit le Coran et qu’on ne le comprend pas […] C’est un texte qu’il faut lire pour le comprendre parce qu’il n’y a pas de fidélité sans compréhension. Comprenez ce que vous lisez, ne répétez pas par cœur des choses que vous ne comprenez pas. Donc il y a une dimension de la compréhension. Et à partir de la compréhension, ce que nous devons développer, comment à partir d’une compréhension allez-vous changer une société ? Vous comprenez un texte et vous formulez un discours. Le discours est la traduction intellectuelle de la compréhension de ce que vous avez lu. Raison pour laquelle vous n’êtes jamais aussi sûr de comprendre un texte que quand vous avez à formuler ce que vous avez compris.

Parce que nous savons comment nous fonctionnons intellectuellement. Nous fonctionnons intellectuellement quand après avoir lu, nous exprimons ce que nous vous avons lu […]. Lis, comprends et parle. Parce qu’avec ta parole se traduira, se condensera, s’exprimera ta compréhension. Parler, c’est la preuve du comprendre. Et quand on comprend ceci, il faut donc développer un discours fondamental sur la question de la femme aujourd’hui en Islam. Un vrai discours qui soit fondé sur notre compréhension et qui relève les défis de l’époque. Ce discours-là, si vous écoutez aujourd’hui, notre attitude en tant que musulmans, nous n’avons pas de discours constructif, nous avons souvent un discours défensif ou apologétique.

Vous n’allez pas nous dire ce que c’est que la femme, car en Islam, à l’époque, l’Islam a libéré la femme. A l’époque. Et les gens vous disent toujours « à l’époque ». Mais 14 siècles plus tard, où est la libération des femmes qui furent libérées quand le prophète était là ? Est-ce que vous vous êtes arrêtés en route parce qu’à l’époque la science qui provenait des esprits musulmans était en tête. Où est la science aujourd’hui de l’esprit des musulmans ? Elle est en retard. Ce qui historiquement fut en tête est dans le présent en retard. C’est vrai pour beaucoup de dossiers, et ça ça vient d’un autre problème, le problème de la compréhension, ce problème de la formulation ; ces quatre dimensions qui terminent par « nous lui avons appris l’expression » et qui nous font un discours. Et donc avec le discours formulé à partir de la compréhension, il faut qu’il y ait une vision, comment allons-nous réformer les choses ? Qu’est ce qui finalement est de l’ordre du fondamental quand il vient de la femme ? Qu’est ce qui est de l’ordre du contextuel et comment peut-on aller vers une amélioration des choses ? Donc c’est à la fois une compréhension des textes éternels, un discours dans le temps et un programme pour le futur. Une compréhension des textes éternels, une compréhension pour le moment présent et une vision pour le futur. Voilà ce que nous devons essayer de faire quand nous parlons du sujet de la femme et essayer de l’exprimer de la façon la plus claire.

Alors, ce que j’ai dit et répété dans un certain nombre de livres[…], c’est d’essayer de commencer à mettre en évidence les priorités du travail que nous avons à faire. Quand vous venez aux textes des savants musulmans à travers l’Histoire, vous allez vous rendre compte que d’abord, à l’exception de la transmission des hadîths, vous allez vous apercevoir que tous ceux qui ont catégorisé la science des textes, et je parle des premières catégories[…]. Tout ce travail de catégorisation n’est pas dans le Coran […], c’est des savants qui ont catégorisé l’approche. Ils ont catégorisé et ils nous ont donné une grille de lecture des textes. Ça ça vient des savants. Tout ce travail-là a été fait par des hommes. La cartographie des sciences et des méthodologies d’approche des textes est masculine.

Alors je ne dis pas ça parce que c’est un problème. Je dis ça parce que, dans certains domaines, on va y voir un problème. Et on va y voir un problème dans une des dimensions, c’est en particulier dans la première des sciences islamiques qu’est le fiqh, le droit et la jurisprudence. Faîtes attention, ne traduisez pas en français le fiqh par la jurisprudence, c’est droit et jurisprudence, y a les fondamentaux et l’évolution dans le temps. Tout cela va en fait déterminer que la première des sciences islamiques, quand il va s’agir de déterminer les règles, va pratiquement tout le temps et dans pratiquement tous les textes de la production scientifique islamique, s’occuper du rôle et des êtres. C’est-à-dire que quand on parle des femmes, on va parler du point de vue normatif de la femme en tant qu’épouse, de la femme en tant que mère, de la femme en tant que fille. Dans la dimension sociale, évidemment que tout ce qui va concerner el fiqh du point de vue individuel, elle est soumise aux mêmes conditions que l’homme etc. Mais dès qu’on entre dans le social, on ne parle pas de l’épanouissement de l’être, on parle de la spécificité du rôle. Mais c’est normal ; quand vous êtes un homme et vous parlez des femmes, la première des choses c’est savoir où les mettre : quel rôle ? Mais quand vous êtes un homme et vous parlez des hommes, c’est qu’est ce qui va déterminer du point de vue de la norme l’épanouissement de l’être ? Et que c’est la première chose que nous avons à faire, c’est que il faut que nous fassions attention aujourd’hui. Parce qu’avec la force de l’Occident qui nous attaque ou dont on a l’impression qu’il nous attaque ou qui questionne l’Islam, ou dont on a l’impression que c’est une agression, la première attitude des musulmans est systématiquement de se protéger par la norme. Et donc il faut se libérer de l’attitude de la défensive, revenir dans les textes et retrouver dans les textes l’affirmation de l’être, non pas la spécificité du rôle. Donc ce qu’on appellera le féminin en Islam, non pas le rôle de l’épouse, non pas le rôle de la mère mais le féminin, c’est-à-dire, « qu’est ce que être une femme ? » comme premier discours. Le discours féminin qui parle de l’être et non pas du rôle. Je dis ceci parce que aujourd’hui malheureusement dans beaucoup de discussions vous le savez, on est perçus comme discriminants et on réagit en disant « non le rôle de la femme c’est ceci », on parle du rôle tout le temps. Mais on parle pas de l’être. […] Il faut aujourd’hui que l’incompréhension des textes de l’Islam pour les musulmanes et les musulmans revienne et cherche dans le texte le statut de la féminité sur le plan spirituel. C’est capital. Sortir de la norme des rôles et déterminer l’essence des êtres. Qu’est ce que c’est qu’être une femme musulmane devant Dieu et dans la société ? Ce discours là il faut que des hommes puissent en parler, mais il faut que des femmes puissent maintenant prendre possession de cela, de ce que ça veut dire.

Vous pourrez retrouver l’intégralité de la rencontre via la vidéo ci-dessous : Tariq Ramadan la femme dignité et spécificité

La femme en Islam : dignité et spécificité

La femme en Islam : dignité et spécificité

Rencontre à Casablanca le 26 mars 2011 avec Tariq Ramadan où ce dernier traite de la responsabilité partagée entre les deux sexes comme base du respect de la dignité de la femme. Il aborde aussi les thématiques de l’éducation, l’accès à l’emploi, les spécificités physiques et psychiques de la femme, les versets du Coran qui la concernent.

Nous vous proposons une retranscription de cette rencontre via l’article ci-dessous :

« Merci infiniment de cette invitation ici, dans cette institution, de vos deux introductions, de votre invitation, de votre présence depuis que je suis au Maroc […] Jour après jour j’ai la possibilité de faire des rencontres avec le public marocain d’une façon et d’une autre et c’est toujours un plaisir et un échange qui s’avère fructueux, c’est une patrie pour moi d’adoption et donc en l’occurrence ces échanges pour moi sont autant le fait de traduire une pensée que de responsabiliser les consciences.

Et dans un sujet comme celui-ci qui parle de la femme aujourd’hui, sur la question de la dignité, de la spécificité, de l’engagement, nous devons, aujourd’hui, au XVe siècle de notre Histoire, au XXIe siècle du calcul de l’ère chrétienne, nous devons nous regarder en face. Nous devons nous regarder en face et regarder en face les principes de notre religion, les principes de notre civilisation et les défaillances de nos sociétés.

Et quand je dis les défaillances de notre société, c’est finalement résumer quelque chose d’assez simple qui vient de quelqu’un qui parle de l’intérieur, qui a la foi, qui croit en la vérité du Coran, qui croit en la vérité du Message et qui dit à la Lumière du Message et à la Lumière de sa Foi, qu’il y a des contradictions aujourd’hui entre ce que disent les textes et ce que font les musulmans.

Et donc, c’est tout à la fois l’idée de savoir et d’essayer de comprendre ce que disent les textes mais en même temps de nous responsabiliser tous, femmes et hommes de cette salle pour que nous soyons, pour que nous essayions d’enclencher un mouvement de réconciliation, de faire en sorte que notre quotidien, de faire en sorte que de nos sociétés, de nos familles, nous revenions à une meilleure compréhension et une meilleure application des textes qui sont les nôtres et des objectifs qui sont les nôtres.

La conférence pour moi et ce que j’échange avec vous, c’est pas simplement une pure vue de l’esprit ; c’est un échange de responsabilités. Ce n’est pas une discussion théorique sur la grandeur de l’Islam et des femmes – parce que je peux vous dire que j’en ai entendu des conférences qui nous disaient combien les textes disent que les femmes ont un statut et combien j’en ai vu des sociétés où les hommes musulmans et les sociétés musulmanes oubliaient la dignité des femmes. Donc, je ne veux pas me situer dans le discours idéal théorique ou le discours négatif vis-à-vis de la pratique, ce que j’aimerais c’est vraiment avoir une ligne, comprendre nos références et relever nos défis.

Voilà ce que j’aimerais et c’est pour ça qu’une intervention comme celle-ci ici à Casablanca, pour moi dans une société majoritairement musulmane, c’est de traduire et d’essayer d’échanger avec vous sur nos responsabilités respectives. Nous ne pouvons blâmer personne au bout du compte. Au bout du compte les premiers à blâmer c’est nous-mêmes. Nous sommes les premiers responsables de ce que nous sommes en train de faire de notre tradition. Si l’Islam aujourd’hui n’a pas l’épanouissement, la grandeur de l’horizon et la fraîcheur de la sérénité, c’est pas parce que uniquement l’Occident ou certaines forces occidentales sont en opposition à l’Islam, c’est que les musulmans ne sont pas la lumière, ne sont pas à la hauteur de la lumière qu’ils portent. Et que ça c’est notre responsabilité. Que c’est la responsabilité de chacun et chacune d’entre vous. Si aujourd’hui nos sociétés sont ce qu’elles sont, c’est que nous ne sommes pas suffisamment engageants et j’aimerais traduire cela de cette façon-là.

Alors, en termes d’introduction, ce que j’aimerais dire c’est que souvent nous parlons de la question de la femme parce que c’est devenu le maître mot du discours sur l’Islam en Occident. Quand vous voulez parler de l’Islam en Occident, vous savez quand on vit en Occident comme j’y vis et qu’on doit débattre de la question de l’Islam, souvent la question de l’Islam n’est pas perçue comme une lumière pour les musulmans, c’est perçu comme un problème pour l’Occident. Donc on doit discuter des problèmes avant de discuter de la lumière, ce qui pour quelqu’un qui parle toujours de lumière est toujours un problème.

Donc en l’occurrence, on est tout le temps en train de devoir répondre à des problèmes. Et deux des problèmes qui apparaissent le plus souvent sont de deux natures. L’un c’est Islam violence au travers de la notion de djihad, l’Islam et les femmes au travers de la notion de discrimination, que les femmes sont discriminées et que l’Islam par essence pousse à la discrimination vis-à-vis des femmes par essence, ou qu’il pousse à la violence par essence. Alors on peut ne pas être d’accord avec ça mais on ne peut se contenter de s’asseoir en disant « ils n’aiment pas les musulmans, ce sont des racistes » parce que si nous regardons nos sociétés, si nous regardons ce que certains de notre religion font en tant que musulmans, effectivement certains utilisent la violence de façon déconsidérée, certains discriminent les femmes de façon incohérente et totalement injustifiée.

Donc il faut que nous sachions non pas répondre à la question de l’Occident mais utiliser la question de l’Occident pour nous poser nous les bonnes questions. 

[Suite à venir dans un prochain article]

 

http://tariqramadan.com/la-femme-dignite-et-specificite/

 

Enfin, le résumé de la rencontre peut être trouvé sur le site de fm2h : Tariq Ramadan femme dignité et spécificités http://fmh2.ma/fr/programme-culturele/160-la-femme-dans-lislam-dignite-et-specificites-tariq-ramadan.html

source : https://www.youtube.com/watch?v=5AzfbmaGpIE

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

6ème et dernière partie de la conférence de Tariq Ramadan sur la question de la sexualité en Islam :

« Autre élément également qui nous permet de nous rendre compte jusqu’à où l’expression de la sexualité a effectivement été quelque chose dont les savants musulmans et l’Islam n’avaient pas peur ; c’est aujourd’hui que nous sommes un tout petit peu frileux […] il n’y a pas de sujet tabou quand ce sujet te permet d’être un petit peu plus proche de Dieu. Et la sexualité quand elle est vécue avec dignité, dans l’intimité et dans la réalité de ce qui est permis de ce point de vue-là est un acte d’adoration, il faut que vous l’entendiez comme ça.

Les savants, dans la pratique par exemple de ce qui s’appelle la contraception naturelle où l’homme se retire justement avant que l’acte soit consommé jusqu’à terme, et bien que se passe-t-il ? Des savants ont mis en évidence : « attention, pour que l’homme puisse pratiquer cette contraception naturelle, il faut qu’il ait la permission de son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il risque de lui enlever deux droits : le premier droit c’est le droit à sa maternité mais le deuxième c’est le droit à son plaisir. » Je sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela peut vouloir dire la compréhension d’une sexualité qui est assumée jusqu’à son terme où une femme, dans la relation qu’elle a avec son mari détermine clairement un droit au plaisir dans le cadre d’une sexualité assumée dans les limites bien entendu de ce qui nous est permis, c’est-à-dire, le mariage.  »

Source de la conférence (audio)

Tariq Ramadan

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

« En d’autres termes, autant pour le cœur, l’effort que l’homme fait pour pouvoir maintenir cette étincelle et prier et s’approcher de Dieu devient une aumône dans la vie quotidienne[…], autant dans notre intelligence quand nous la travaillons pour nous rapprocher dans la connaissance c’est une aumône, autant le corps quand nous ne le maitrisons pour ne pas faire ce qui nous est interdit, le don devient une aumône. En d’autres termes, l’acte sexuel à l’intérieur des limites de ce qui est permis est un acte de piété, un acte d’adoration. C’est à l’envers de tout acte de culpabilité. Aussi sûr que tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu pries avec tout ton cœur, aussi sûr tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu as une relation avec ta femme sous son regard et sa protection.

C’est un acte de grandeur, qui manifeste que tu as compris son ordre mais que tu veux vivre dans la maîtrise de son ordre et jamais dans la négligence de tes pulsions. Et c’est l’acte de toutes les libertés, l’acte de toutes les expressions qui dit « ce corps est le mien et l’offre exclusivement à l’homme ou à la femme que j’aime et dans la perspective de ce rapprochement avec Dieu. » Qu’il me soit permis de dire aussi une chose très importante par rapport à la sexualité : est ce que cela veut dire que par rapport à la sexualité ce soit uniquement « je dois me maîtriser ».[…] Avec cette maîtrise et cette vie du corps dans le mariage, il y a toute une dimension qui est ouverte et qui ne correspond pas à l’idée que l’on pourrait se faire « je n’ai de relation sexuelle que pour mettre au monde des enfants, pour l’homme, pour la femme ».

En Islam, la notion de la vie du corps est liée à l’idée du plaisir accepté, reconnu et défendu. Défendu au sens de protégé. La notion de plaisir est acceptée en Islam. On sait que le prophète de l’Islam à son époque acceptait de ses compagnons ce qu’ils pratiquaient de façon ouverte, ouverte bien sûr dans la discrétion, mais on savait, le prophète de l’Islam savait qu’effectivement ses compagnons pratiquaient ce qui s’appelait le coït interrompu c’est-à-dire la contraception naturelle.

Et il ne s’y est pas opposé. Il ne s’y est pas opposé voulant mettre en évidence par là que non seulement l’acte sexuel est la rencontre de deux corps qui s’aiment mais l’acceptation de ces deux corps de la manifestation d’un plaisir que l’on accepte parce que Dieu dans ce plaisir quand il est fait dans le cadre du licite nous dit « vous êtes en train de manifester votre amour et votre soumission de mon ordre. Le plaisir dans la relation sexuelle, c’est l’expression, quand il est dans les limites du mariage, que vous êtes en train de chanter la gloire de Dieu qui a mis le plaisir de la rencontre entre deux êtres. »

Le plaisir n’est jamais lié à la culpabilité. Il est lié à l’expression d’une reconnaissance par les hommes d’un don que Dieu nous donne et qui nous donne sur nos corps, par nos corps et dans la vie de nos corps. Ce n’est pas rien de rappeler ceci et de rappeler la dimension de ce plaisir pour l’homme comme pour la femme. Et c’est également sur cette dimension-là qu’effectivement, dans la tradition musulmane, tout ce qui doit protéger le plaisir de l’homme et le plaisir de la femme doit être entretenu.

Il y a eu effectivement des pratiques qui sont des pratiques traditionnelles, qui sont les pratiques de l’excision par exemple et l’excision n’est pas une pratique qui est une pratique islamique. La seule fois qu’on a un hadis dont l’authenticité n’est pas vérifiée ou on a posé la question au prophète « est ce qu’on peut pratiquer ceci ? » Il a répondu avec une nuance pour ne pas attaquer la culture des hommes, il a dit : « si vous le faîtes, passez légèrement sur l’organe génitale de la femme »

Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mis en évidence dans la tradition musulmane c’est bien entendu la possible reconnaissance des cultures mais surtout une chose qui est défendue par tous les savants et qui a permis à certains savants de dire clairement que par rapport à l’excision, l’Islam s’opposait à cette pratique là et en tout cas de façon très très claire à tout ce qui est l’infibullation qui va très loin, beaucoup plus loin, simplement le fait de cette pratique légère de l’excision. L’excision n’est pas une pratique musulmane, elle a été une pratique traditionnelle et clairement, tout ce qui, dans le traitement du corps de l’homme et de la femme pourrait lui enlever du plaisir n’est pas islamique parce que la notion de plaisir est reconnue pour l’homme et pour la femme. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 5)

« Je veux aussi vous parler d’un autre mouvement de femmes qui se mobilisent pour relever le défi de leurs époques tout en étant fermes avec leurs principes religieux et c’est au nom de l’Islam et au nom de cela qu’elles se battent pour la défense des droits des femmes. Donc c’est pas en désaccord avec leurs principes mais c’est vraiment au nom de l’Islam qu’elles sont poussés à se battre et à défendre les droits des femmes musulmanes.

Ces femmes travaillent sur deux principaux domaines. Le 1er domaine est une réinterprétation des textes avec une approche beaucoup plus féminine.

Je veux dire par là que, quand on lit le Coran, c’est comme un miroir, et comme c’est un miroir, une femme et un homme ne se projettent pas pareil et c’est vrai que nous avons besoin d’un regard beaucoup plus féminin sur les textes. Il est vrai que 98% des interprétations que nous avons pu avoir sont faîtes par des hommes et leur contexte et leur culture jouent un rôle sur la façon dont ils interprètent ces textes et ils ont une relation avec des femmes qui sont plus leur mère ou leur femme ou leur sœur ou leur épouse mais pas forcément une approche de femme en tant que femme qui parle par exemple de la femme dans sa quête spirituelle ou qui parle de sa stabilité, de son autonomie, et voilà un des domaines sur lesquelles ces femmes travaillent.

Je prends un exemple d’une des organisations qui est basée au Maroc ; ces femmes travaillent pour une réinterprétation du texte avec une approche beaucoup plus féminine mais cela ne veut pas dire que c’est les femmes toutes seules contre les hommes, bien sûr que non.

Je parle d’une interprétation beaucoup plus féminine, c’est vraiment les hommes et les femmes qui travaillent ensemble sur cela et si je prends l’exemple de ces organisations au Maroc, elles travaillent avec des hommes aussi pour qu’on puisse incorporer une approche plus féminine des textes.

Un des autres domaines de travail sont les sciences sociales. Si je prends mon exemple personnel, j’ai fait mes études en études du genre (Gender Studies) et c’est à la lecture des textes, et là je me suis rendue compte (on travaillait beaucoup sur le féminisme donc j’ai travaillé sur les différents mouvements de femme et à un certain moment on a commencé à parler du féminisme) qu’il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec ma religion, que la base du féminisme qui est une défense des droits des femmes, les hommes et les femmes ensemble pour une défense des droits des femmes et promouvoir les droits des femmes, il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas en contradiction avec mes principes religieux et c’est en continuant mes lectures que je me suis rendue compte qu’il y avait aussi tout un mouvement de femmes qui au nom de leurs principes religieux, qui au nom de leur Islam, promouvaient le fait que l’on pouvait être féministe et que l’on pouvait être musulmane en même temps et défendre ses principes au nom de notre religion. Et c’est là que je me suis identifiée à ce mouvement qui concilie une identité musulmane tout en défendant les droits des femmes. Et c’est au nom de ce message de l’Islam qu’elles font ce travail tout en étant bien sûr fidèles aux principes islamiques.

Certains ont appelé ce mouvement féminisme islamique et d’autres ont préféré ne pas utiliser de termes […]. Je pense que le plus important, au lieu de s’attarder sur des détails, des finitions ou comment on pourrait parler de ce mouvement, le plus important vraiment c’est de voir quels sont nos buts et quels sont nos objectifs et qu’au final c’est vraiment au nom du message de notre religion et au nom de nos principes religieux que nous nous battons pour ces droits des femmes qui sont et qu’il y a malheureusement une différence entre ce que le message de l’Islam prône et la façon dont les femmes sont traitées dans nos communautés musulmanes. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

« Après avoir regardé un peu les causes de toutes ces discriminations, de toutes ces injustices ou toutes ces causes où la femme n’a pas forcément tous ses droits, qu’a-t-on pu voir comme mouvements qui ont essayé de parler de tous ces problèmes des femmes ? Donc on peut voir que les discriminations et les injustices auxquelles vont face les femmes sont pas forcément et pas seulement dans nos communautés musulmanes et on voit ça depuis l’Histoire et depuis très longtemps où les femmes en fait de toutes communautés confondues, de toutes traditions, religions, cultures ont vécu des injustices et se sont battues pour que leurs droits soient reconnus.

On a donc des mouvements qui depuis l’extérieur et depuis l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits de la femme, et je vais commencer par regarder d’abord les mouvements extérieurs :

Donc on a des mouvements qui se sont battus car les problèmes dont font face les femmes ne sont pas seulement islamiques. En Occident par exemple on a pu voir tout ce qui est mouvement féministe. Je sais que souvent on prend le terme féministe et on a une connotation négative du terme mais en fait ce qu’il faut savoir surtout c’est qu’il y a différents types de féminisme. On peut pas parler juste d’un seul féminisme, et en fait, quel est le but du féminisme ? C’est l’Islam et les femmes ensemble qui se battent pour les droits de la femme. On peut voir qu’il y a eu différentes tendances et je vais prendre l’exemple des Black Feminists, des États-Unis. Elles en fait c’est depuis l’intérieur du féminisme, moi je me suis rendue compte que pas forcément toutes les prises de positions et tout ce qui faisait partie du mainstream feminism était vraiment ce qu’elles elles ressentaient et elles trouvaient que les injustices n’étaient pas forcément les mêmes. Les discriminations, les injustices que elles subissaient en tant que femmes noires n’étaient pas les mêmes. Donc elles c’est vraiment depuis l’intérieur du féminisme qu’elles ont critiqué, qu’elles ont eu une position positive du terme et du mouvement. Elles disaient qu’il y avait pas forcément que le fait d’être femme mais aussi les fait qu’elles étaient noires. Donc il y avait différents types de discriminations et il fallait prendre cela en compte. Ce que je veux dire par là c’est qu’on peut se rendre compte qu’il y a différentes tendances du féminisme et il y a des tendances de féminisme qui même depuis l’intérieur et depuis des références plus occidentales qui se sont battues pour les droits de la femme et qui n’étaient pas forcément en accord avec tous les points et toutes les conclusions de ces féminismes mais qui travaillaient à cela depuis l’intérieur.

On a aussi des femmes qui sont religieuses et il est vrai que si on regarde l’Histoire et l’historique du féminisme, il est vrai qu’il y a beaucoup de féministes. On peut prendre des exemples aux États Unis ou de Simone de Beauvoir en France, et c’est vrai qu’elles avaient une vision négative du fait qu’elles disaient qu’on pouvait pas être religieuse et être féministe, qu’il y avait une contradiction du fait qu’on soit pratiquante.

Il y a eu toute une tendance et toute une tendance à l’intérieur du féminisme de femmes pratiquantes et religieuses qui se sont battues en tant que féministes et disaient qu’il n’y avait pas de contradiction entre être religieuse et défendre les droits des femmes.

Je vais aussi vous parler des mouvements qui à l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits des femmes. On a par exemple le mouvement réformiste qui est dans la lignée d’un des compagnons du prophète et qui a traversé les âges […] et qui prônait un retour aux sources de l’Islam c’est à dire revenir au Coran et de s’éloigner de certaines interprétations qui étaient trop influencées par la culture et l’importance de revenir à une interprétation pure et en phase avec le contexte.

Ces réformistes se basent sur le fait que le message de l’Islam est universel et applicable pour tous les temps et le fait que nous devons aussi prendre en compte notre contexte lorsque nous essayons de comprendre et d’appliquer les textes. Nous avons par exemple Mohamed Abduh qui a travaillé sur différents versets liés à la polygamie et lui en essayant de les comprendre et en les recontextualisant en est arrivé à la conclusion que la polygamie est acceptée seulement dans des circonstances spécifiques. Donc c’est vraiment revenir à la source, revenir au Coran et de l’interpréter dans notre contexte car l’Islam est un message universel et atemporel. […]

Nous avons aussi des mouvements pour les droits des femmes, pour les femmes, à l’intérieur des références islamiques donc par exemple des femmes en Egypte qui ont poussé le réformisme sur la question des femmes. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

« C’est vraiment une problématique, on a une mauvaise connaissance de notre religion et de nos droits. On nous parle souvent de nos devoirs mais pas forcément de nos droits.

Une autre cause, c’est les jugements et malheureusement, nous qui devrions être une communauté de solidarité, on trouve que dans notre communauté il y a souvent beaucoup de jugement et même entre les femmes. Je pense qu’ici il faut absolument développer une fraternité de sœurs, avoir des groupes de sœurs qui travaillent ensemble, qui se retrouvent dans la fraternité et c’est grâce à cela qu’on pourra avoir des communications et accepter nos différences. C’est vrai que si par exemple maintenant on se retrouve dans des groupes de sœurs avec des voilées, des non-voilées, des femmes qui travaillent, des femmes qui travaillent pas et par exemple le fait de pouvoir être avec des voilées, les non-voilées ont peut-être des stéréotypes sur les femmes voilées qui sont peut-être trop renfermées …peuvent avoir une autre vision. Et pour les femmes voilées, être en contact avec des femmes qui ne sont pas voilées, on peut se rendre compte aussi que c’est pas forcément le foulard qui détermine notre foi, qu’on peut être non-voilée et très active et qu’on peut ne pas l’être aussi. Ces échanges où par exemple des femmes qui travaillent, ne pas se sentir supérieures par ce qu’elles ont, parce qu’elles peuvent travailler, elles sont plus dans le monde du social ou pour les femmes qui ne travaillent pas de jalouser celles qui travaillent etc

Donc c’est vrai que si nous sommes dans des groupes de sœurs, on peut s’entraider, on peut accepter et apprendre à respecter nos différences. Donc une solidarité des sœurs, c’est vraiment ce dont on a besoin et cela nous aidera aussi à puiser nos forces , à pouvoir être beaucoup plus fortes face à des adversités si on sent qu’on a des gens qui nous supportent et qui soutiennent nos idées.

Une autre cause, la 6e cause je pense aussi que c’est le fait que les femmes reproduisent souvent le même système dans lequel elles sont éduquées qui ne sont pas forcément une façon islamique. Je veux dire par là qu’on retrouve souvent dans nos familles une très grande différence dans la façon dont on éduque nos garçons et nos filles. Les tâches ménagères sont plus pour les filles, les garçons ne sont pas traités de la même façon et c’est vrai que le fait de reproduire ce système, ça a un impact ensuite sur le genre de garçon qu’on va élever, le genre de garçon qui va devenir un homme, qui va devenir un mari, qui va devenir un père et en fait on reproduit ce système qui passe de génération en génération. Il est vrai que pouvoir changer un peu cette façon dont les garçons sont éduqués, ça passe par la maman, ça passe par la mère et ça commence depuis tout petit donc si le garçon il voit que son père aide dans la cuisine, que son père est acti, qu’il aide sa mère, qu’il soutient sa mère dans ses décisions etc. c’est vrai que lui-même en tant que mari, il deviendra une personne qui aide beaucoup plus sa femme, un support et en fait qui l’aide dans son cheminement aussi. »

Première partie de la conférence (retranscription)

Deuxième partie

Source

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 2)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 2)

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« Une des premières causes c’est l’interprétation des textes. Par exemple si on prend la violence faîte envers les femmes, on a des frères qui au nom de certains versets pensent que c’est islamique de pouvoir taper sa femme ou que la violence n’est pas contraire au message de l’Islam mais en fait on a tellement d’interprétations différentes et qui montrent bien qu’à aucun moment c’est islamique de lever la main sur une femme. Et c’est avec une mauvaise interprétation qu’on en arrive à des points comme ça. Et les exemples du prophète montrent bien que le prophète n’a à aucun moment levé la main sur une de ses femmes donc c’est vraiment une mauvaise interprétation des textes qui est souvent la cause d’un mauvais traitement ou d’une injustice faîte aux femmes.

Une autre problématique, une autre cause, c’est la question culturelle. Donc il arrive très souvent que des pratiques qui sont culturelles et qui sont tellement pratiquées et ancrées dans notre quotidien et dans les façons d’éduquer font qu’on ne se rend plus compte qu’il y a une différence entre ce qui est islamique et ce qui est culturel. Et là je voudrais donner l’exemple de la fille du prophète […] qui prouve que du temps du prophète, les femmes étaient dans les mosquées, étaient derrière, elles n’étaient pas dans une salle différente donc elles avaient une place dans les mosquées, elles étaient là à l’heure du fajr même si on a certaines interprétations qui disent qu’une femme ne peut sortir que quand il fait jour. Donc là on voit que les femmes étaient présentes, on peut voir aussi que la fille du prophète a parlé devant des hommes et qu’elle a donné son point de vue et que le prophète a pris en compte sa position et qu’au final le compagnon non-musulman emprisonné de la fille du prophète a pu être libéré grâce à cette dernière. Ceci est pour vous montrer que parfois l’on a des interprétations culturelles de certaines choses qui sont pas forcément islamiques. Ilfaut qur’à un certain moment en tant que femme, et même les hommes en fait, c’est un travail des deux côtés, de vraiment comprendre notre religion dans ses principes et pas faire une différenciation entre ce qui est islamique et ce qui est culturel.

Le troisième point c’est la question des peurs donc il y a une peur par rapport à la société environnante et à cause de nos peurs, on passe souvent par des interdits et les femmes sont souvent au premier plan de ces interdits. Souvent, vu que l’on a peur de ce qui se passe à l’extérieur de notre communauté musulmane, on pense que le fait de ne pas laisser nos filles sortir ou de les laisser à l’intérieur pour pas qu’elles n’aient de vie sociale, on pense que c’est grâce à cela qu’on va réussir à préserver sa religion et à la préserver elle-même mais malheureusement ça n’est pas toujours l’effet désiré car même à l’intérieur on peut avoir accès à l’extérieur. Donc c’est pas forcément en étant à l’intérieur qu’on est forcément protégée.

Une autre cause , c’est que les femmes sont peu impliquées dans le domaine religieux malheureusement et cela on le voit par exemple de la polygamie. Les femmes n’ont pas forcément toutes les connaissances de leur religion et en fait elles subissent beaucoup et elles n’ont pas les ressources nécessaires pour pouvoir défendre certains principes qui ne sont pas forcément islamiques de la façon dont elles sont exercées. Si par exemple, on prend tout ce qui est polygamie, je me rappelle qu’avec pas mal de mes amis africaines ou est-africaines, on parlait souvent de cela parce qu’il s’avère qu’en Afrique de l’Ouest c’est très répandu mais beaucoup de femmes ne connaissent pas leurs droits, ne savent pas qu’elles peuvent être contre la polygamie, qu’elles peuvent l’écrire dans leur contrat de mariage, c’est une chose qu’elles ne savaient même pas qu’elles pouvaient écrire dans leur contrat »

 

Source

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements

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« La question de la femme est toujours très importante, on a beaucoup de questionnements et c’est souvent un sujet très sensible dans la communauté musulmane.
Donc j’espère qu’avec mon humble contribution pouvoir partager des idées et débattre sur cela.
Je suis la fille de Tariq Ramadan mais je suis aussi Maryam et j’ai aussi une expérience que je veux partager[…], d’où viennent mes idées et ce qui me passionne. En tant que femme musulmane on se rend compte qu’il y beaucoup de problèmes dans nos communautés face aux femmes et que c’est souvent la mauvaise compréhension des musulmans qu’on expérimente tous ces problèmes en tant que femme. Je vais diviser ma présentation en quatre parties :

  • Les problèmes auxquels font face les femmes
  • Les causes de ces problèmes
  • Les différents mouvements qui ont été créés face à ce problème
  • Les engagements et défis, ce que l’on pourrait faire pour résoudre toutes ces causes de problèmes

Problèmes auxquels font face les femmes

Quels sont les problèmes auxquels font face les femmes dans nos communautés musulmanes […]. Un des plus grands problèmes c’est vraiment une différenciation, un traitement différencié dans l’éducation que ça soit à l’intérieur de nos familles et à l’extérieur.

A l’intérieur de nos familles on constate qu’on demande souvent à la fille beaucoup plus de tâches ménagères, qu’on la responsabilise beaucoup plus tôt et qu’on ne donne pas forcément la même éducation à nos filles qu’à nos garçons.

A l’extérieur aussi on voit que l’on pousse les garçons à s’éduquer, à aller beaucoup plus loin dans les études et on met beaucoup d’importance sur l’éducation du garçon mais pas autant chez les femmes. Dans beaucoup de cas, les femmes, les jeunes filles s’éduquent jusqu’à un certain âge et au moment où elles se marient elles abandonnent tout et ne continuent pas leurs études.

A un certain moment aussi, des mères beaucoup plus âgées se rendent compte qu’un salaire ne suffit pas dans la famille et qu’elles doivent reprendre leurs études qu’elles ont arrêtées, […] c’est un phénomènes où l’on retrouve beaucoup de femmes […]

Il y a aussi un autre problème que l’on peut voir : c’est la place donnée aux femmes pour qu’elles puissent s’exprimer[…]. Ce que j’ai pu observer depuis l’Amérique, c’est que un des plus grands combats de ces organisations musulmanes ou organisations de femmes, c’est qu’elles se battent pour avoir des places par exemple dans les board commities des mosquées. Il s’avère que c’est souvent des hommes qui sont là et les femmes n’ont de place et cela joue bien sur un rôle sur la façon dont sont traitées les femmes dans les mosquées, les activités, les places qu’on donne aux femmes dans les mosquées, et ici aussi on peut voir le fait que pas toutes les mosquées offrent des places pour les femmes donc ça aussi c’est un combat ; le fait de pouvoir avoir notre place pour qu’on puisse s’exprimer.

Ensuite il y a par exemple d’autres problèmes auxquels les femmes font face c’est le droit à l’autonomisation, le droit d’être indépendantes financièrement. On a souvent ce problème où les femmes ne sont pas financièrement indépendantes. Aussi, par rapport à mon voyage en Afrique, j’ai pu constater le problème de la polygamie. Elle est souvent mal comprise et donc mal appliquée et les femmes ne savent pas forcément leurs droits et leurs devoirs mais surtout leurs droits face à la polygamie. Souvent on retrouve des problèmes face à la polygamie.

Donc on retrouve dans le Coran plein d’exemples qui montrent bien que la femme et l’homme devant Dieu sont égaux ; nous sommes mentalement et spirituellement égaux. Les pratiques religieuses sont les mêmes pour les femmes et pour les hommes et nous avons plein d’exemples dans le Coran. Le Coran parle aux hommes et aux femmes […], les demandes et les pratiques religieuses sont identiques.

Alors, comment expliquer qu’on a un Coran et qu’on a un message de l’Islam qui promeut et qui prouve le fait que les hommes et les femmes sont égaux devant Dieu et qu’en fait dans nos contextes, nos réalités, ça n’est pas pareil. Quelques causes que l’on peut identifier, j’en ai identifié 6 qui je pense sont les plus importantes et qu’on retrouve un peu partout . »

Vous pourrez découvrir ces différentes causes au cours de prochains articles sur le présent site.

Source (vidéo Youtube)