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La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

La femme en Islam : dignité et spécificité (suite)

[…]Si je vais vers l’autre, moi qui suis d’une nation particulière, d’une religion particulière, et que je vais connaître l’autre, la connaissance de l’autre va être un moyen pour moi de mieux me connaître. En d’autres termes, dans ma rencontre avec l’Occident, au lieu de rejeter ces questions comme totalement illégitimes, je vais sélectionner les questions illégitimes et les utiliser à mon compte.

Même l’opposition de l’opposant peut être une belle arme pour la construction de celui qui construit et de celui qui réforme. Donc il y a des questions légitimes qui nous sont posées de l’Occident, il faut les prendre, les intégrer et répondre à partir de nos spécificités, à partir de nos références. Il ne s’agit pas de répondre pour faire plaisir, il s’agit de répondre pour être serein. Et il se pourrait que notre sérénité ne fasse pas plaisir. Parce que certains, ils ne sont contents de leurs questions que quand vous êtes dans l’insécurité quant à vos réponses. Et ça c’est ce qu’on appelle la guerre psychologique.

La guerre psychologique c’est de systématiquement poser la question qui interdit à votre interlocuteur de trouver la sérénité de ses réponses. Vous êtes systématiquement sur la défensive. Donc on est ici dans quelque chose dont il faut se dégager, entrer dans nos références, comprendre ces questions, chercher nos réponses, déterminer nos spécificités.

C’est ce à quoi j’aimerais vous engager pendant le temps de cette conférence, et pour ceci, ce qu’il faut que nous déterminions c’est d’abord deux choses : la première des choses c’est une bonne compréhension. Il ne s’agit pas de connaître le Coran par cœur quand on lit le Coran et qu’on ne le comprend pas […] C’est un texte qu’il faut lire pour le comprendre parce qu’il n’y a pas de fidélité sans compréhension. Comprenez ce que vous lisez, ne répétez pas par cœur des choses que vous ne comprenez pas. Donc il y a une dimension de la compréhension. Et à partir de la compréhension, ce que nous devons développer, comment à partir d’une compréhension allez-vous changer une société ? Vous comprenez un texte et vous formulez un discours. Le discours est la traduction intellectuelle de la compréhension de ce que vous avez lu. Raison pour laquelle vous n’êtes jamais aussi sûr de comprendre un texte que quand vous avez à formuler ce que vous avez compris.

Parce que nous savons comment nous fonctionnons intellectuellement. Nous fonctionnons intellectuellement quand après avoir lu, nous exprimons ce que nous vous avons lu […]. Lis, comprends et parle. Parce qu’avec ta parole se traduira, se condensera, s’exprimera ta compréhension. Parler, c’est la preuve du comprendre. Et quand on comprend ceci, il faut donc développer un discours fondamental sur la question de la femme aujourd’hui en Islam. Un vrai discours qui soit fondé sur notre compréhension et qui relève les défis de l’époque. Ce discours-là, si vous écoutez aujourd’hui, notre attitude en tant que musulmans, nous n’avons pas de discours constructif, nous avons souvent un discours défensif ou apologétique.

Vous n’allez pas nous dire ce que c’est que la femme, car en Islam, à l’époque, l’Islam a libéré la femme. A l’époque. Et les gens vous disent toujours « à l’époque ». Mais 14 siècles plus tard, où est la libération des femmes qui furent libérées quand le prophète était là ? Est-ce que vous vous êtes arrêtés en route parce qu’à l’époque la science qui provenait des esprits musulmans était en tête. Où est la science aujourd’hui de l’esprit des musulmans ? Elle est en retard. Ce qui historiquement fut en tête est dans le présent en retard. C’est vrai pour beaucoup de dossiers, et ça ça vient d’un autre problème, le problème de la compréhension, ce problème de la formulation ; ces quatre dimensions qui terminent par « nous lui avons appris l’expression » et qui nous font un discours. Et donc avec le discours formulé à partir de la compréhension, il faut qu’il y ait une vision, comment allons-nous réformer les choses ? Qu’est ce qui finalement est de l’ordre du fondamental quand il vient de la femme ? Qu’est ce qui est de l’ordre du contextuel et comment peut-on aller vers une amélioration des choses ? Donc c’est à la fois une compréhension des textes éternels, un discours dans le temps et un programme pour le futur. Une compréhension des textes éternels, une compréhension pour le moment présent et une vision pour le futur. Voilà ce que nous devons essayer de faire quand nous parlons du sujet de la femme et essayer de l’exprimer de la façon la plus claire.

Alors, ce que j’ai dit et répété dans un certain nombre de livres[…], c’est d’essayer de commencer à mettre en évidence les priorités du travail que nous avons à faire. Quand vous venez aux textes des savants musulmans à travers l’Histoire, vous allez vous rendre compte que d’abord, à l’exception de la transmission des hadîths, vous allez vous apercevoir que tous ceux qui ont catégorisé la science des textes, et je parle des premières catégories[…]. Tout ce travail de catégorisation n’est pas dans le Coran […], c’est des savants qui ont catégorisé l’approche. Ils ont catégorisé et ils nous ont donné une grille de lecture des textes. Ça ça vient des savants. Tout ce travail-là a été fait par des hommes. La cartographie des sciences et des méthodologies d’approche des textes est masculine.

Alors je ne dis pas ça parce que c’est un problème. Je dis ça parce que, dans certains domaines, on va y voir un problème. Et on va y voir un problème dans une des dimensions, c’est en particulier dans la première des sciences islamiques qu’est le fiqh, le droit et la jurisprudence. Faîtes attention, ne traduisez pas en français le fiqh par la jurisprudence, c’est droit et jurisprudence, y a les fondamentaux et l’évolution dans le temps. Tout cela va en fait déterminer que la première des sciences islamiques, quand il va s’agir de déterminer les règles, va pratiquement tout le temps et dans pratiquement tous les textes de la production scientifique islamique, s’occuper du rôle et des êtres. C’est-à-dire que quand on parle des femmes, on va parler du point de vue normatif de la femme en tant qu’épouse, de la femme en tant que mère, de la femme en tant que fille. Dans la dimension sociale, évidemment que tout ce qui va concerner el fiqh du point de vue individuel, elle est soumise aux mêmes conditions que l’homme etc. Mais dès qu’on entre dans le social, on ne parle pas de l’épanouissement de l’être, on parle de la spécificité du rôle. Mais c’est normal ; quand vous êtes un homme et vous parlez des femmes, la première des choses c’est savoir où les mettre : quel rôle ? Mais quand vous êtes un homme et vous parlez des hommes, c’est qu’est ce qui va déterminer du point de vue de la norme l’épanouissement de l’être ? Et que c’est la première chose que nous avons à faire, c’est que il faut que nous fassions attention aujourd’hui. Parce qu’avec la force de l’Occident qui nous attaque ou dont on a l’impression qu’il nous attaque ou qui questionne l’Islam, ou dont on a l’impression que c’est une agression, la première attitude des musulmans est systématiquement de se protéger par la norme. Et donc il faut se libérer de l’attitude de la défensive, revenir dans les textes et retrouver dans les textes l’affirmation de l’être, non pas la spécificité du rôle. Donc ce qu’on appellera le féminin en Islam, non pas le rôle de l’épouse, non pas le rôle de la mère mais le féminin, c’est-à-dire, « qu’est ce que être une femme ? » comme premier discours. Le discours féminin qui parle de l’être et non pas du rôle. Je dis ceci parce que aujourd’hui malheureusement dans beaucoup de discussions vous le savez, on est perçus comme discriminants et on réagit en disant « non le rôle de la femme c’est ceci », on parle du rôle tout le temps. Mais on parle pas de l’être. […] Il faut aujourd’hui que l’incompréhension des textes de l’Islam pour les musulmanes et les musulmans revienne et cherche dans le texte le statut de la féminité sur le plan spirituel. C’est capital. Sortir de la norme des rôles et déterminer l’essence des êtres. Qu’est ce que c’est qu’être une femme musulmane devant Dieu et dans la société ? Ce discours là il faut que des hommes puissent en parler, mais il faut que des femmes puissent maintenant prendre possession de cela, de ce que ça veut dire.

Vous pourrez retrouver l’intégralité de la rencontre via la vidéo ci-dessous : Tariq Ramadan la femme dignité et spécificité

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

6ème et dernière partie de la conférence de Tariq Ramadan sur la question de la sexualité en Islam :

« Autre élément également qui nous permet de nous rendre compte jusqu’à où l’expression de la sexualité a effectivement été quelque chose dont les savants musulmans et l’Islam n’avaient pas peur ; c’est aujourd’hui que nous sommes un tout petit peu frileux […] il n’y a pas de sujet tabou quand ce sujet te permet d’être un petit peu plus proche de Dieu. Et la sexualité quand elle est vécue avec dignité, dans l’intimité et dans la réalité de ce qui est permis de ce point de vue-là est un acte d’adoration, il faut que vous l’entendiez comme ça.

Les savants, dans la pratique par exemple de ce qui s’appelle la contraception naturelle où l’homme se retire justement avant que l’acte soit consommé jusqu’à terme, et bien que se passe-t-il ? Des savants ont mis en évidence : « attention, pour que l’homme puisse pratiquer cette contraception naturelle, il faut qu’il ait la permission de son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il risque de lui enlever deux droits : le premier droit c’est le droit à sa maternité mais le deuxième c’est le droit à son plaisir. » Je sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela peut vouloir dire la compréhension d’une sexualité qui est assumée jusqu’à son terme où une femme, dans la relation qu’elle a avec son mari détermine clairement un droit au plaisir dans le cadre d’une sexualité assumée dans les limites bien entendu de ce qui nous est permis, c’est-à-dire, le mariage.  »

Source de la conférence (audio)

Tariq Ramadan

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

« Après avoir regardé un peu les causes de toutes ces discriminations, de toutes ces injustices ou toutes ces causes où la femme n’a pas forcément tous ses droits, qu’a-t-on pu voir comme mouvements qui ont essayé de parler de tous ces problèmes des femmes ? Donc on peut voir que les discriminations et les injustices auxquelles vont face les femmes sont pas forcément et pas seulement dans nos communautés musulmanes et on voit ça depuis l’Histoire et depuis très longtemps où les femmes en fait de toutes communautés confondues, de toutes traditions, religions, cultures ont vécu des injustices et se sont battues pour que leurs droits soient reconnus.

On a donc des mouvements qui depuis l’extérieur et depuis l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits de la femme, et je vais commencer par regarder d’abord les mouvements extérieurs :

Donc on a des mouvements qui se sont battus car les problèmes dont font face les femmes ne sont pas seulement islamiques. En Occident par exemple on a pu voir tout ce qui est mouvement féministe. Je sais que souvent on prend le terme féministe et on a une connotation négative du terme mais en fait ce qu’il faut savoir surtout c’est qu’il y a différents types de féminisme. On peut pas parler juste d’un seul féminisme, et en fait, quel est le but du féminisme ? C’est l’Islam et les femmes ensemble qui se battent pour les droits de la femme. On peut voir qu’il y a eu différentes tendances et je vais prendre l’exemple des Black Feminists, des États-Unis. Elles en fait c’est depuis l’intérieur du féminisme, moi je me suis rendue compte que pas forcément toutes les prises de positions et tout ce qui faisait partie du mainstream feminism était vraiment ce qu’elles elles ressentaient et elles trouvaient que les injustices n’étaient pas forcément les mêmes. Les discriminations, les injustices que elles subissaient en tant que femmes noires n’étaient pas les mêmes. Donc elles c’est vraiment depuis l’intérieur du féminisme qu’elles ont critiqué, qu’elles ont eu une position positive du terme et du mouvement. Elles disaient qu’il y avait pas forcément que le fait d’être femme mais aussi les fait qu’elles étaient noires. Donc il y avait différents types de discriminations et il fallait prendre cela en compte. Ce que je veux dire par là c’est qu’on peut se rendre compte qu’il y a différentes tendances du féminisme et il y a des tendances de féminisme qui même depuis l’intérieur et depuis des références plus occidentales qui se sont battues pour les droits de la femme et qui n’étaient pas forcément en accord avec tous les points et toutes les conclusions de ces féminismes mais qui travaillaient à cela depuis l’intérieur.

On a aussi des femmes qui sont religieuses et il est vrai que si on regarde l’Histoire et l’historique du féminisme, il est vrai qu’il y a beaucoup de féministes. On peut prendre des exemples aux États Unis ou de Simone de Beauvoir en France, et c’est vrai qu’elles avaient une vision négative du fait qu’elles disaient qu’on pouvait pas être religieuse et être féministe, qu’il y avait une contradiction du fait qu’on soit pratiquante.

Il y a eu toute une tendance et toute une tendance à l’intérieur du féminisme de femmes pratiquantes et religieuses qui se sont battues en tant que féministes et disaient qu’il n’y avait pas de contradiction entre être religieuse et défendre les droits des femmes.

Je vais aussi vous parler des mouvements qui à l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits des femmes. On a par exemple le mouvement réformiste qui est dans la lignée d’un des compagnons du prophète et qui a traversé les âges […] et qui prônait un retour aux sources de l’Islam c’est à dire revenir au Coran et de s’éloigner de certaines interprétations qui étaient trop influencées par la culture et l’importance de revenir à une interprétation pure et en phase avec le contexte.

Ces réformistes se basent sur le fait que le message de l’Islam est universel et applicable pour tous les temps et le fait que nous devons aussi prendre en compte notre contexte lorsque nous essayons de comprendre et d’appliquer les textes. Nous avons par exemple Mohamed Abduh qui a travaillé sur différents versets liés à la polygamie et lui en essayant de les comprendre et en les recontextualisant en est arrivé à la conclusion que la polygamie est acceptée seulement dans des circonstances spécifiques. Donc c’est vraiment revenir à la source, revenir au Coran et de l’interpréter dans notre contexte car l’Islam est un message universel et atemporel. […]

Nous avons aussi des mouvements pour les droits des femmes, pour les femmes, à l’intérieur des références islamiques donc par exemple des femmes en Egypte qui ont poussé le réformisme sur la question des femmes. »