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Chroniques du ramadan : la lâcheté

Chroniques du ramadan : la lâcheté

« Nous poursuivons nos réflexions sur les résistances et il en est une également qui est presque évidente : c’est la résistance à notre propre lâcheté. La lâcheté c’est effectivement le contraire du courage, le contraire du fait de pouvoir s’exprimer, de pouvoir agir. La lâcheté elle est de différentes natures : on peut avoir une lâcheté intellectuelle, on peut avoir une lâcheté politique, on peut avoir une lâcheté physique, on peut avoir une lâcheté sociale et cette lâcheté-là c’est le fait en l’occurrence de ne pas avoir le courage de dire ce que l’on pense, de ne pas s’exprimer librement et d’avoir peur en l’occurrence dans sa vie personnelle de toutes les conséquences. Les compagnons disaient du prophète que dans toutes les batailles, dans tout ce qui se passait, il était au premier rang. Non seulement il appelait au courage mais il en était le premier exemple de ce courage.

Et puis, ce qui nous vient également de notre engagement vis-à-vis des combats, de ceux à qui on dit que les hommes se sont réunis pour les défaire et puis leur foi augmentait. C’est-à-dire que devant le péril, la foi augmente et offre du courage. De la même façon que nous avons, de ce point de vue-là, l’ultime courage, l’ultime djihad, l’ultime accès à cette résistance, c’est une parole de vérité devant un tyran, c’est aussi une dimension de ce courage. Et donc, ici la formation spirituelle, l’engagement avec Dieu, c’est de s’en remettre à lui, de s’en remettre à sa présence, à son soutien et puis en même temps de regarder les hommes et de lutter contre ces peurs (donc ça c’est l’émotion) et puis d’agir avec courage, d’oser dire les choses, de ne pas attendre le jugement des hommes, de savoir que finalement il vaut mieux une parole de vérité même si tous les hommes nous jugent mal et que ceux qui changent les sociétés ce sont ceux qui ont ce courage de l’engagement.

Alors, le courage de la parole de dire, le courage intellectuel de penser seul parfois même de penser contre les autres, le courage de s’assumer, de ne pas se laisser juger par les autres ou réduire par les autres, même dans la communauté spirituelle, même parmi les musulmans dont certains parfois sont plus des juges que des frères et qui parfois essayent de réduire ou de diminuer leurs frères et leurs sœurs en Islam.

Et donc, ici cette dimension elle est à l’intérieur de soi, elle est dans la communauté, elle est individuelle, elle est politique aussi elle est collective donc la résistance à la lâcheté, c’est un chemin nécessaire dans l’expérience de la spiritualité musulmane.

Et au moment où l’on jeûne, contrairement et face à tout ce que les gens peuvent penser, avoir le courage de s’assumer, assumer sa pratique, assumer son chemin et assumer ses choix, c’est ça que le prophète avait dit : « donnez-moi le soleil dans la main droite et la lune dans la main gauche. Je ne cesserai pas, j’irai jusqu’au bout, c’est mon destin, c’est mon courage et c’est le sens de ma vie.

C’est ce dont nous devrions nous souvenir tous les jours de notre vie également. »

Chroniques du Ramadan : le djihad

Chroniques du Ramadan : le djihad

Nouvelle rencontre avec Tariq Ramadan dans la chronique de Saphirnews, cette fois-ci sur le thème du Jihad.

 

djihad-tariq-ramadan

Nous poursuivons notre réflexion sur les notions de résistance, après avoir vu la voie, la charia et puis que nous ayons parlé de la fitrah. Il y a entre la fitrah, la lumière qui est à l’intérieur de nous et le chemin qui est la direction, la lumière et le chemin, et bien il y a la notion de jihad. C’est là qu’il faut la placer exactement, car cette notion de jihad, c’est celle qui va expliquer en l’occurrence comment on va lutter et résister pour préserver la qualité première, la nature profonde de notre cœur, la nature profonde de notre être et puis en même temps suivre la voie au grès des résistances et c’est là que nous trouvons la notion de jihad qui est cette résistance et en même temps cette réforme pour pouvoir suivre la voie. Et la façon dont le Coran nous parle de ce travail que nous avons à faire sur nous-même , il est de différentes natures : alors c’est loin, on est très très loin de toutes ces notions de guerre sainte et de lutte et de tuer, tout ceci…non, c’est vraiment quelque chose qui est multidimensionnel et qui commence par nous, qui est fondamentalement spirituel et intellectuel.

Ceux qui sont les véritables croyants , ce sont ceux qui ont cru en Dieu et en son envoyé et qui ensuite n’ont pas douté. C’est-à-dire qu’il y a une certitude de la foi en Dieu qui est l’axe vertical et dans le prophète qui est l’axe historique, horizontal, que nous suivons. Et ils ont lutté de tout leur bien et tout leur être. Et là c’est une chose qui est importante dans la notion du djihad c’est que c’est cette double dimension, c’est la résistance avec ce que l’on a et la résistance avec ce que l’on est et le verset se termine sur « ce sont eux qui sont les véridiques ». Les véridiques ce sont ceux qui vont donner de leur être dans la résistance, avec ce qu’ils sont et ce qu’ils ont. Et, de ce point de vue, cette résistance, elle va se traduire par une compréhension particulière. La première des résistances, on l’a dit, c’est faire le choix du chemin, de la connaissance de Dieu par rapport au chemin qui serait l’ignorance c’est-à-dire la non-connaissance de cette vérité, de Dieu. Et puis ensuite, il y a dans ce cheminement tout de suite le prophète quand il va retrouver des ennemis, il va répondre par le Coran, il va avoir un djihad intellectuel donc il y a un djihad de l’esprit qui est lié au djihad spirituel qui est celui qui va être de revenir à soi et de se libérer de tout ce qui pourrait être des entraves entre nous. Et puis il y a, de ce point de vue là, la résistance par l’intelligence qui est l’éducation, la résistance par le cœur, qui est la spiritualité, la résistance par l’engagement social contre l’injustice contre la pauvreté. Il y a tous ces types de résistance et djihad pour rester dans la voie, il faut résister par rapport à soi-même, c’est-à-dire qu’on donne de son être et ça n’est pas donner de son être pour aller à la mort, non, c’est pour célébrer la vie dans la justice et dans le bien. Et puis, également, l’engagement du djihad avec tous ses biens pour que nous puissions être des êtres qui promouvons la justice, le bien-être, l’éducation, le vivre-ensemble, les valeurs éthiques fondamentales.

Donc la notion de djihad il faut la comprendre à partir de cette notion-là, générale de la voie et de comprendre qu’il faut être dans cette résistance. Elle est intime, forcément, mais elle ne peut pas être uniquement qu’intime, elle doit être intime, elle doit être intellectuelle, elle doit être physique, elle doit être sociale et elle doit être historique. Donc il n’y a pas de voie sans résistance pour rester dans la voie et il n’y a pas de charia sans djihad dans le sens bien entendu du djihad, ce que nous sommes en train de faire en jeûnant est un djihad, ce que nous sommes en train de faire en réfléchissant est un djihad, ce que nous sommes en train de faire pour nous améliorer est également un djihad.

Voilà ce que nous devons comprendre et comment nous devons comprendre cette notion. N’oubliez-pas et n’oubliez jamais de dire à ceux que vous aimez que vous les aimez.

Vous pourrez retrouver les anciennes chroniques de Tariq Ramadan sur le présent site via les pages suivantes :

http://tariqramadan.fr/accueil/biographie/interventions/rencontres-et-debats/chroniques-du-ramadan/

http://tariqramadan.fr/accueil/biographie/interventions/rencontres-et-debats/chroniques-du-ramadan-fitrah/