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Chroniques du ramadan : la raison

Chroniques du ramadan : la raison

« L’une des facultés à laquelle nous devons faire très très attention est la faculté de raison. Elle est une faculté déterminante, essentielle pour la construction de notre compréhension de la religion, de notre compréhension du monde, de notre engagement dans le monde. Et pourtant, elle peut être aussi, si on n’y prend pas garde, la faculté qui nous mènerait à l’arrogance, qui nous mènerait à la suffisance, qui nous mènerait à cette façon de nous penser et de penser que nous savons et que nous sommes l’ultime espèce qui sait et qui doit, de ce point de vue-là, trouver son destin et qui doit prendre en charge sa vie.

Pourtant, la raison de ce point de vue-là, elle est limitée. Et l’une des premières attitudes rationnelles c’est de comprendre les limites de la raison. Alors la première des choses c’est que tout n’est pas accessible par la raison et le Coran nous invite à reconnaître les limites de la raison quand par exemple dans des débuts de chapitre, il commence par des lettres. Il n’y a pas de doutes dans le livre, mais quel est le sens de ces trois lettres, les limites de la raison ? Comme par exemple on a aussi cette formule « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Et là de ce point de vue-là aussi, ce qui peut être la reconnaissance que le cœur a des secrets, que le cœur peut savoir, « ils ont des cœurs ils ne réfléchissent pas à leur cœur »   « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles mais ce sont les cœurs », cela veut dire que le cœur aussi a accès au savoir. Donc que ce soit affectivement, que ce soit sentimentalement, que ce soit intellectuellement, que ce soit dans l’ordre du monde, la raison doit trouver ce qu’on appelle l’humilité intellectuelle. Résister à l’arrogance intellectuelle, c’est exactement ce qui doit être la détermination de l’homme. Dans par exemple ce qu’on retrouve dans les anges, dans le Coran au début quand il parle à Dieu, il dit « je sais ce que vous ne savez pas », eux ils répondent « louange à toi, nous ne savons que ce que Dieu nous a donné de savoir ». Et chaque savant quand il termine une fatwa il dit « Dieu est le plus savant ».

La résistance à la tentation d’arrogance de la raison, de la pensée, que la raison peut tout savoir et de ce point de vue-là savoir que Dieu sait plus, savoir que je ne sais rien comme disait Socrate et savoir qu’en moi il y a d’autres facultés qui peuvent savoir et que la raison ne peut forcément comprendre ; et dont elle ne peut toujours rendre compte.

Voilà un chemin spirituel également, et en particulier, dans notre vie quotidienne savoir avec raison reconnaître les limites de sa raison. »

Retranscription issue de saphirnews

 

Chroniques du ramadan : la jalousie

Chroniques du ramadan : la jalousie

« Parmi les choses et parmi les sentiments et parmi les réflexions qui peuvent nous habiter, il en est une à laquelle il faut résister aussi de l’intérieur et c’est celle de la jalousie. La jalousie et qui peut mener aussi à la médisance du fait de parler dans le dos des gens. Mais la jalousie c’est le début effectivement d’un cheminement négatif par rapport aux gens d’abord. Ce qu’il faut savoir, ce dont il faut se rappeler c’est que Dieu donne à qui il veut et il reprend de qui il veut et il a élevé dans la société des gens plus que d’autres, il y a des statuts qui sont différents.

On peut de ce point de vue-là regarder les autres à partir de là où nous sommes et les jalouser, il faut plus que cela dans tout ce qui est compréhension de l’ordre du monde, comprendre que Dieu a toujours mis des personnes qui seront au-dessus de nous et il a mis des personnes qui seront en dessous de nous. Et que tout ce regard sur le réel il ne doit pas être porté par la jalousie mais par la compréhension spirituelle que on peut toujours aller dans le mieux vers le plus haut et puis dans le mal, ce remercier Dieu de ne pas être tombé si bas.

Et la jalousie, en l’occurrence, il faut lui résister. Ce sentiment qui est l’envie, qui est de regarder la place de l’autre, non pas parce qu’on aimerait être comme lui ; on peut être jaloux de la foi de quelqu’un en disant « j’aimerais être comme lui » mais la jalousie c’est quelque chose de plus subtil, c’est vouloir enlever ce que l’autre a, c’est pouvoir le priver de ce qu’il a. Et là, cette jalousie devient extrêmement négative.

Le prophète avait dit « attention à la jalousie » et de ce point de vue-là c’était particulièrement important, c’est-à-dire que la jalousie elle brûle, elle détruit, elle mange tous ces actes de bien comme le feu mange le bois qu’il consume, donc ça consume. Donc en l’occurrence, ce travail sur soi, ce travail sur la jalousie, c’est surtout de se regarder, d’observer le monde autour de nous et de ne pas vouloir le mal pour la personne qui a mais entrer dans une compétition positive et non pas vouloir la destruction.

La fin du Coran, ce que l’on a, qu’on demande à Dieu du mal de celui qui est jaloux quand il jalouse ; c’est de cela que l’on doit se protéger parce que la jalousie peut faire mal et l’entretien des sentiments négatifs est quelque chose est un sentiment contre lequel on peut, on doit travailler. Ça suppose de se regarder soi dans son cheminement, de ne pas vouloir le mal à autrui et tout ce que l’autre a et que nous n’avons pas, demander à Dieu de nous permettre de progresser pour pouvoir l’obtenir dans l’intelligence, dans la foi et dans la société.

Ne l’oubliez pas, une lutte personnelle, importante, intense et difficile. »

 

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 6)

6ème et dernière partie de la conférence de Tariq Ramadan sur la question de la sexualité en Islam :

« Autre élément également qui nous permet de nous rendre compte jusqu’à où l’expression de la sexualité a effectivement été quelque chose dont les savants musulmans et l’Islam n’avaient pas peur ; c’est aujourd’hui que nous sommes un tout petit peu frileux […] il n’y a pas de sujet tabou quand ce sujet te permet d’être un petit peu plus proche de Dieu. Et la sexualité quand elle est vécue avec dignité, dans l’intimité et dans la réalité de ce qui est permis de ce point de vue-là est un acte d’adoration, il faut que vous l’entendiez comme ça.

Les savants, dans la pratique par exemple de ce qui s’appelle la contraception naturelle où l’homme se retire justement avant que l’acte soit consommé jusqu’à terme, et bien que se passe-t-il ? Des savants ont mis en évidence : « attention, pour que l’homme puisse pratiquer cette contraception naturelle, il faut qu’il ait la permission de son épouse. Pourquoi ? Parce qu’il risque de lui enlever deux droits : le premier droit c’est le droit à sa maternité mais le deuxième c’est le droit à son plaisir. » Je sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela peut vouloir dire la compréhension d’une sexualité qui est assumée jusqu’à son terme où une femme, dans la relation qu’elle a avec son mari détermine clairement un droit au plaisir dans le cadre d’une sexualité assumée dans les limites bien entendu de ce qui nous est permis, c’est-à-dire, le mariage.  »

Source de la conférence (audio)

Tariq Ramadan

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

« En d’autres termes, autant pour le cœur, l’effort que l’homme fait pour pouvoir maintenir cette étincelle et prier et s’approcher de Dieu devient une aumône dans la vie quotidienne[…], autant dans notre intelligence quand nous la travaillons pour nous rapprocher dans la connaissance c’est une aumône, autant le corps quand nous ne le maitrisons pour ne pas faire ce qui nous est interdit, le don devient une aumône. En d’autres termes, l’acte sexuel à l’intérieur des limites de ce qui est permis est un acte de piété, un acte d’adoration. C’est à l’envers de tout acte de culpabilité. Aussi sûr que tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu pries avec tout ton cœur, aussi sûr tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu as une relation avec ta femme sous son regard et sa protection.

C’est un acte de grandeur, qui manifeste que tu as compris son ordre mais que tu veux vivre dans la maîtrise de son ordre et jamais dans la négligence de tes pulsions. Et c’est l’acte de toutes les libertés, l’acte de toutes les expressions qui dit « ce corps est le mien et l’offre exclusivement à l’homme ou à la femme que j’aime et dans la perspective de ce rapprochement avec Dieu. » Qu’il me soit permis de dire aussi une chose très importante par rapport à la sexualité : est ce que cela veut dire que par rapport à la sexualité ce soit uniquement « je dois me maîtriser ».[…] Avec cette maîtrise et cette vie du corps dans le mariage, il y a toute une dimension qui est ouverte et qui ne correspond pas à l’idée que l’on pourrait se faire « je n’ai de relation sexuelle que pour mettre au monde des enfants, pour l’homme, pour la femme ».

En Islam, la notion de la vie du corps est liée à l’idée du plaisir accepté, reconnu et défendu. Défendu au sens de protégé. La notion de plaisir est acceptée en Islam. On sait que le prophète de l’Islam à son époque acceptait de ses compagnons ce qu’ils pratiquaient de façon ouverte, ouverte bien sûr dans la discrétion, mais on savait, le prophète de l’Islam savait qu’effectivement ses compagnons pratiquaient ce qui s’appelait le coït interrompu c’est-à-dire la contraception naturelle.

Et il ne s’y est pas opposé. Il ne s’y est pas opposé voulant mettre en évidence par là que non seulement l’acte sexuel est la rencontre de deux corps qui s’aiment mais l’acceptation de ces deux corps de la manifestation d’un plaisir que l’on accepte parce que Dieu dans ce plaisir quand il est fait dans le cadre du licite nous dit « vous êtes en train de manifester votre amour et votre soumission de mon ordre. Le plaisir dans la relation sexuelle, c’est l’expression, quand il est dans les limites du mariage, que vous êtes en train de chanter la gloire de Dieu qui a mis le plaisir de la rencontre entre deux êtres. »

Le plaisir n’est jamais lié à la culpabilité. Il est lié à l’expression d’une reconnaissance par les hommes d’un don que Dieu nous donne et qui nous donne sur nos corps, par nos corps et dans la vie de nos corps. Ce n’est pas rien de rappeler ceci et de rappeler la dimension de ce plaisir pour l’homme comme pour la femme. Et c’est également sur cette dimension-là qu’effectivement, dans la tradition musulmane, tout ce qui doit protéger le plaisir de l’homme et le plaisir de la femme doit être entretenu.

Il y a eu effectivement des pratiques qui sont des pratiques traditionnelles, qui sont les pratiques de l’excision par exemple et l’excision n’est pas une pratique qui est une pratique islamique. La seule fois qu’on a un hadis dont l’authenticité n’est pas vérifiée ou on a posé la question au prophète « est ce qu’on peut pratiquer ceci ? » Il a répondu avec une nuance pour ne pas attaquer la culture des hommes, il a dit : « si vous le faîtes, passez légèrement sur l’organe génitale de la femme »

Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mis en évidence dans la tradition musulmane c’est bien entendu la possible reconnaissance des cultures mais surtout une chose qui est défendue par tous les savants et qui a permis à certains savants de dire clairement que par rapport à l’excision, l’Islam s’opposait à cette pratique là et en tout cas de façon très très claire à tout ce qui est l’infibullation qui va très loin, beaucoup plus loin, simplement le fait de cette pratique légère de l’excision. L’excision n’est pas une pratique musulmane, elle a été une pratique traditionnelle et clairement, tout ce qui, dans le traitement du corps de l’homme et de la femme pourrait lui enlever du plaisir n’est pas islamique parce que la notion de plaisir est reconnue pour l’homme et pour la femme. »

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

4e partie de la retranscription sur le sujet de la sexualité,  vous pourrez retrouver les retranscriptions précédentes : première partie , seconde partie et troisième partie

« La vie de ton corps, les appels de ton corps, les instincts en ton corps, le désir de l’autre en ton corps sont totalement naturels. Mais celui qui se rapproche de Dieu doit apprendre depuis l’âge de la puberté où il devient responsable à l’âge où quelque chose lui sera permis dans l’acte de vivre et de consommer ce plaisir, l’acte de responsabilité qui passe par la maîtrise. La première chose qui est demandée dans le rapport que l’on a avec sa sexualité, c’est d’avoir la lucidité d’admettre qu’elle est présente et d’avoir l’exigence de la maîtriser, parce que l’on sait qu’elle est présente. Cela m’amène à dire que souvent les musulmans dans leur tradition nient la sexualité en pensant qu’en en parlant pas on la maîtrise, ce qui est une erreur.

C’est parce que l’on parle de ce que l’on vit que l’on maîtrise ce que l’on ne veut pas vivre.

[…] j’en parle pour savoir ce que c’est mais j’en parle aussi pour savoir ce que je ne veux pas en faire. Et dans cette perspective là le message fondamental de la sexualité, de notre rapport à la sexualité, est un rapport de grande exigence, de la reconnaissance de tous nos instincts et de leur maîtrise, jusqu’à l’âge ou jusqu’au moment où devant Dieu, dans un rapport fondamental qui est lié vraiment à une dimension très très importante en Islam qui est « tu as des droits sur ton corps, ton corps a des droits sur toi, c’est de reconnaître ce qu’il est, mais tu as à maîtriser ce que ton corps représente pour toi pour en faire justement le don absolu et essentiel en mettant le respect de ce que Dieu demande. »

Et très clairement, il y a ici la dimension d’une nouvelle maîtrise dans le cadre et jusqu’au cadre et exclusivement dans le cadre du mariage. Alors je sais que, à l’époque moderne, ces propos vous paraissent venus d’ailleurs et pourtant ils sont bien d’ici. Et ils sont pour tous les êtres de foi, de toute éternité. L’idée que la maîtrise de sa sexualité est une condition de sa spiritualité. Pour que l’accomplissement de cette sexualité se confirme dans la spiritualité, il faut qu’elle se réalise devant Dieu, dans la transparence, dans le don de son corps à un être que l’on aime et vis-à-vis duquel on manifeste son amour dans un rapprochement devant Dieu, et qui sanctionné par un contrat puisqu’en Islam on a un sacrement c’est le contrat du mariage.

Cette réalité est très importante parce que tout le cheminement de l’effort par rapport à Dieu dans une maîtrise est à un moment donné de ne jamais nier ce qui est en nous, de le maîtriser et puis de l’offrir à celui ou à celle que nous aimons devant Dieu. Ceci est tellement sous le couvert de l’innocence qu’un jour des compagnons étaient autour du prophète de l’Islam – que la paix et la bénédiction du Dieu soient sur lui – et il leur a dit une chose étonnante : « regardez jusqu’à quel point l’acte de maîtrise quand il est vécu à l’intérieur des limites devient un acte fondamentalement bon et jamais lié à la culpabilité, jamais. » Il leur explique tout ce qui dans la vie de quelqu’un s’apparente à quoi ? A une aumône. C’est un don que l’on fait pour Dieu. Et il leur dit : «[…]votre relations sexuelle avec votre femme est une aumône. » Les compagnons s’étonnent : « comment ? quand nous vivons la vie de nos instincts c’est-à-dire quand nous faisons cet acte là c’est une aumône ? » « Oui, parce que si vous le faisiez en dehors du cadre du mariage, ce serait un péché, mais à l’intérieur du mariage, c’est comme l’expression d’un don, d’une aumône, d’un acte de reconnaissance ». »

 

 

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 3)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 3)

Suite de la retranscription rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité, troisième partie. Vous pourrez retrouver les débuts ici : première partie et seconde partie

« Aussi sur que ta colère est naturelle, si tu me dis parce que je suis naturellement colérique, j’ai le droit de me mettre en colère quand je veux, tu dis déjà que tu as perdu ce que Dieu t’a donné de maîtrise donc la sexualité n’est jamais liée à la culpabilité, elle est liée à la responsabilité et quelle responsabilité ? C’est le troisième élément que je voulais mettre en évidence : la maîtrise de ce naturel pour retrouver la dignité devant Dieu ou en tout cas pour la protéger. En d’autres termes nous sommes tous, depuis le premier moment où nous venons au monde, nous sommes tous dans une totale innocence. Et l’accompagnement de cette innocence se fait dans notre jeunesse jusqu’au moment où nous parvenons à l’âge qui est l’âge de la puberté. C’est étonnant d’ailleurs, parce qu’au même moment où notre corps développe par rapport à l’autre sexe et beaucoup plus clairement les signes d’une possible attirance, attirance qui devient moins équivoque que la seule attirance qu’on peut avoir chez les enfants, quoiqu’en dise la tradition psychanalytique […].

Enfin, pour notre réalité à nous, aujourd’hui, à partir du moment où effectivement dans notre développement, quelque chose apparaît qui enlève l’équivoque de notre rapport à l’autre sexe, pour l’homme la femme et pour la femme l’homme, Dieu dit « à ce moment là commence ta responsabilité. » C’est à ce moment là très précis que l’Homme devient d’innocent responsable. Au moment où le corps développe en son esprit l’âge de raison mais en son corps une attirance vers l’autre, Dieu dit « voilà, commence ta responsabilité ». Et pour tous les parents, c’est d’apprendre à accompagner le cheminement dans l’innocence pour fonder l’être dans la responsabilité.

La responsabilité de son corps, et qui est de dire effectivement dans cette dimension, de ne jamais nier le naturel mais de le maîtriser, de la maîtriser, c’est la dignité de l’Homme. Et c’est ce que nous dit l’Islam à partir de l’âge de la puberté, un enseignement sur ceci qui est d’une exigence sans concessions. »

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Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 2)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 2)

Suite de la retranscription rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité.

La première des choses qui nous est dite en tant qu’être devant Dieu, c’est d’accepter ce que nous sommes, d’accepter ce qu’il nous a fait. La sexualité en Islam commence par ce premier principe. De la même façon que tu acceptes pour ton cœur l’étincelle de la foi, de la même façon que tu acceptes pour ton intelligence l’expression d’un fonctionnement qui va vers la connaissance, de la même façon tu dois accepter pour ton corps, l’expression d’une manifestation d’un besoin de l’être autre si tu es un homme ou si tu es une femme. Ton corps dit quelque chose que Dieu a mis en lui. Et ça n’est pas rien que de dire immédiatement et fondamentalement que l’expression de la vie du corps n’est jamais liée en Islam avec l’idée d’une culpabilité. Jamais. Jamais l’acte de la sexualité ou la sexualité et la vie du corps dit de moi que je suis coupable de le ressentir. Et c’est peut-être ce qui parfois par rapport à la tradition chrétienne ou d’autres traditions doit être aussi l’objet d’une véritable discussion : qu’est-ce que vous dîtes de la vie de mon corps ? Est-ce que c’est une déficience ? Est-ce que c’est un manque qui est coupable ? Ou est-ce que c’est simplement ce que Dieu a voulu ? Et l’Islam nous dit : « Je vous ai créé en couple et j’ai voulu la qualité de votre corps mais j’ai voulu également sa dépendance. Et vous êtes responsables de l’entretien que vous en ferez. Vous êtes responsable d’une chose que je vous ai donnée. Comme je vous ai donné l’étincelle de la foi, comme je vous ai donné l’intelligence de votre cerveau, je vous ai donné les instincts et les désirs de votre corps.» Rapport à son corps d’une totale responsabilité et d’une absence totale de culpabilité ; une responsabilisé par rapport à ce qu’il nous a donné dans la vie de notre corps.

En mettant en évidence une chose qui est ce qui fut l’expression de ce que le prophète de l’Islam – que la bénédiction de Dieu soit sur lui – un jour. Il a confirmé ce qu’un autre compagnon avait dit en manifestant une formule qui dit : « ton corps a des droits sur toi. C’est-à-dire que vous avez intellectuellement et spirituellement à décrypter votre corps qui a des droits sur vous. » Et il en a en tout cas dans trois dimensions :

Le premier droit qu’il a sur vous c’est de lui donner le repos qui vous permet de rester équilibré. Le deuxième droit qu’il a sur vous, c’est de respecter la limite de ce qu’il peut contenir pour ne pas vous empêcher de penser. C’est également cette dimension de toute une consommation du rapport à la nourriture qui fait que parfois trop manger empêche de penser. La troisième dimension, c’est l’écoute de l’instinct, l’écoute de cet appel que le corps a vis-à-vis de l’autre être. Et ce que nous dit l’Islam de ce point de vue là, ceci est totalement naturel. C’est un don de Dieu. Toute la question est de savoir, qu’est ce que vous faîtes du don ? Et là commence votre responsabilité. De la même façon que je peux utiliser mon intelligence pour construire et pour détruire, de la même façon je peux utiliser l’instinct, la sexualité pour construire et pour détruire. Ma responsabilité c’est ce que je fais de ce don, de cette grâce que Dieu m’a donnée. Et là commence un formidable apprentissage. Et c’est une règle totale et absolue dans l’Islam, que tout ce qui nous fait grandir passe par la réforme à tous les niveaux. Réformer ton intelligence pour mieux comprendre, réformer ta spiritualité pour mieux t’approcher, réformer le rapport que tu attends vis-à-vis de ton corps pour mieux te maîtriser.

Et c’est une chose également, qui est une règle en Islam et qui est une réponse très très claire à tout ce qu’aujourd’hui on entend chez les jeunes : la sexualité est naturelle, il faut la vivre naturellement. Or, l’Islam nous dit clairement, mais je crois que toutes les spiritualités se reconnaissent là dedans, fondamentalement, la sexualité est naturelle mais tout ce qui est naturel n’est pas forcément bon si tu ne sais pas le maîtriser.

 

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Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 1)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 1)

Retranscription de la rencontre avec Tariq Ramadan sur la question de la conception islamique de la sexualité.
« La formulation est la question, c’est une question essentielle pour nous tous et je crois que je suis assez content que dans un cadre universitaire, dans un cadre académique et dans des circonstances qui sont celles-ci, un sujet concernant la sexualité, ce que dit l’Islam sur la sexualité en tant que telle soit mis évidence.

Parce que très souvent nous pensons que tout ce qui a trait à l’espace et à l’expression du transcendant du rapport avec Dieu, du rapport avec sa foi, du rapport avec sa conscience ne concernent que les affaires de l’esprit et que chaque fois que nous avons à discuter des questions qui ont à voir avec notre foi et notre cheminement vers Dieu, nous avons a uniquement discuter et approcher les questions d’une spiritualité active, d’une spiritualité et d’une intimité qui cherchent en permanence à s’approcher de Dieu.

L’Islam de ce point de vue-là,[…], la tradition musulmane dit comme toutes les traditions religieuses qui l’ont précédée, dit de l’Homme quelque chose et dit de l’être humain quelque chose. Ce que dit l’Islam de cette perspective, c’est effectivement ce que les autres traditions disent. Ce qui nous est demandé à chacun et à chacune, c’est un travail de rapprochement avec le divin, de rapprochement avec Dieu. Dans la dimension de ce rapprochement avec Dieu, dans ce que chacun d’entre nous a à faire, le Créateur nous dit effectivement qu’il y a, que nous sommes composés en tant qu’êtres humains, en tant qu’homme, en tant que femme, de différentes composantes, de différents aspects de notre personnalité.

Le rapprochement avec le Créateur n’est pas seulement, dans la tradition musulmane, un rapprochement avec, le Créateur n’est pas uniquement dans la tradition musulmane, le rapprochement de l’esprit qui va vers l’esprit créateur ou l’être créateur. Ce qui est fondamental dans la tradition musulmane, c’est de comprendre quel conception l’Islam dit de l’Homme pour comprendre quelle place a la sexualité dans cette conception.

Fondamentalement, un premier principe doit être compris et tout commence de là, tout est fondé sur ce principe. Le Créateur des Cieux et de la Terre dit de l’Homme dans la tradition musulmane qu’il est un être à qui Dieu a donné un certain nombre de qualités et un certain nombre de besoins.

Et le besoin, c’est en fait, littéralement, l’expression d’un manque. Il est dit dans la tradition musulmane que Dieu à créé l’Homme d’un seul être et qu’il en a fait un couple, et que toutes choses sur la Terre sont par couple, mettant en évidence l’absolue grandeur de l’unique et la réalité du manque de ceux qui ont besoin d’être deux pour aller vers là.

L’expression-même de l’unique c’est l’expression de la totale perfection et de la totale manifestation de l’être au dessus de tous les êtres dont même notre imagination à vouloir le saisir dirait de lui quelque chose qui serait déficient. Rien ne lui ressemble de ce que nous pouvons imaginer puisque notre imagination ne compose qu’à partir de ce que nous connaissons.

Elle ne compose qu’à partir de la déficience du connaître.Dieu est au-delà de tout et dit de nous, « vous êtes pour chaque être sur la Terre composés en couple et tout ce que je vous ai donné de qualités, vous trouverez derrière la qualité l’expression d’un manque pour la compléter. Et c’est votre effort de la compléter. »

C’est vrai du point de vue spirituel. En vous il y a une aspiration vers le Très Haut, mais il vous manque la mémoire permanente de rester en contact avec le Très Haut. Vous avez l’effort à faire pour compléter le manque d’une spiritualité active par l’effort de l’entretenir.

Cette dimension est fondamentale au niveau de l’esprit , et de la même façon, Dieu nous dit sur l’ensemble des qualités qui sont les nôtres : « Intellectuel, tu as le fonctionnement de l’intelligence, tu as la responsabilité de son entretien ; spirituel, tu as l’intelligence, la lumière de la foi et tu dois avoir la spiritualité de l’entretenir et corporel. » Le corps, vis-à-vis de Dieu, de la même nécessité de comprendre où est sa soumission, où est sa grandeur » […]

 

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Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 4)

« Après avoir regardé un peu les causes de toutes ces discriminations, de toutes ces injustices ou toutes ces causes où la femme n’a pas forcément tous ses droits, qu’a-t-on pu voir comme mouvements qui ont essayé de parler de tous ces problèmes des femmes ? Donc on peut voir que les discriminations et les injustices auxquelles vont face les femmes sont pas forcément et pas seulement dans nos communautés musulmanes et on voit ça depuis l’Histoire et depuis très longtemps où les femmes en fait de toutes communautés confondues, de toutes traditions, religions, cultures ont vécu des injustices et se sont battues pour que leurs droits soient reconnus.

On a donc des mouvements qui depuis l’extérieur et depuis l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits de la femme, et je vais commencer par regarder d’abord les mouvements extérieurs :

Donc on a des mouvements qui se sont battus car les problèmes dont font face les femmes ne sont pas seulement islamiques. En Occident par exemple on a pu voir tout ce qui est mouvement féministe. Je sais que souvent on prend le terme féministe et on a une connotation négative du terme mais en fait ce qu’il faut savoir surtout c’est qu’il y a différents types de féminisme. On peut pas parler juste d’un seul féminisme, et en fait, quel est le but du féminisme ? C’est l’Islam et les femmes ensemble qui se battent pour les droits de la femme. On peut voir qu’il y a eu différentes tendances et je vais prendre l’exemple des Black Feminists, des États-Unis. Elles en fait c’est depuis l’intérieur du féminisme, moi je me suis rendue compte que pas forcément toutes les prises de positions et tout ce qui faisait partie du mainstream feminism était vraiment ce qu’elles elles ressentaient et elles trouvaient que les injustices n’étaient pas forcément les mêmes. Les discriminations, les injustices que elles subissaient en tant que femmes noires n’étaient pas les mêmes. Donc elles c’est vraiment depuis l’intérieur du féminisme qu’elles ont critiqué, qu’elles ont eu une position positive du terme et du mouvement. Elles disaient qu’il y avait pas forcément que le fait d’être femme mais aussi les fait qu’elles étaient noires. Donc il y avait différents types de discriminations et il fallait prendre cela en compte. Ce que je veux dire par là c’est qu’on peut se rendre compte qu’il y a différentes tendances du féminisme et il y a des tendances de féminisme qui même depuis l’intérieur et depuis des références plus occidentales qui se sont battues pour les droits de la femme et qui n’étaient pas forcément en accord avec tous les points et toutes les conclusions de ces féminismes mais qui travaillaient à cela depuis l’intérieur.

On a aussi des femmes qui sont religieuses et il est vrai que si on regarde l’Histoire et l’historique du féminisme, il est vrai qu’il y a beaucoup de féministes. On peut prendre des exemples aux États Unis ou de Simone de Beauvoir en France, et c’est vrai qu’elles avaient une vision négative du fait qu’elles disaient qu’on pouvait pas être religieuse et être féministe, qu’il y avait une contradiction du fait qu’on soit pratiquante.

Il y a eu toute une tendance et toute une tendance à l’intérieur du féminisme de femmes pratiquantes et religieuses qui se sont battues en tant que féministes et disaient qu’il n’y avait pas de contradiction entre être religieuse et défendre les droits des femmes.

Je vais aussi vous parler des mouvements qui à l’intérieur de l’Islam se sont battus pour les droits des femmes. On a par exemple le mouvement réformiste qui est dans la lignée d’un des compagnons du prophète et qui a traversé les âges […] et qui prônait un retour aux sources de l’Islam c’est à dire revenir au Coran et de s’éloigner de certaines interprétations qui étaient trop influencées par la culture et l’importance de revenir à une interprétation pure et en phase avec le contexte.

Ces réformistes se basent sur le fait que le message de l’Islam est universel et applicable pour tous les temps et le fait que nous devons aussi prendre en compte notre contexte lorsque nous essayons de comprendre et d’appliquer les textes. Nous avons par exemple Mohamed Abduh qui a travaillé sur différents versets liés à la polygamie et lui en essayant de les comprendre et en les recontextualisant en est arrivé à la conclusion que la polygamie est acceptée seulement dans des circonstances spécifiques. Donc c’est vraiment revenir à la source, revenir au Coran et de l’interpréter dans notre contexte car l’Islam est un message universel et atemporel. […]

Nous avons aussi des mouvements pour les droits des femmes, pour les femmes, à l’intérieur des références islamiques donc par exemple des femmes en Egypte qui ont poussé le réformisme sur la question des femmes. »

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

Conférence Maryam Ramadan : la femme musulmane, défis et engagements (partie 3)

« C’est vraiment une problématique, on a une mauvaise connaissance de notre religion et de nos droits. On nous parle souvent de nos devoirs mais pas forcément de nos droits.

Une autre cause, c’est les jugements et malheureusement, nous qui devrions être une communauté de solidarité, on trouve que dans notre communauté il y a souvent beaucoup de jugement et même entre les femmes. Je pense qu’ici il faut absolument développer une fraternité de sœurs, avoir des groupes de sœurs qui travaillent ensemble, qui se retrouvent dans la fraternité et c’est grâce à cela qu’on pourra avoir des communications et accepter nos différences. C’est vrai que si par exemple maintenant on se retrouve dans des groupes de sœurs avec des voilées, des non-voilées, des femmes qui travaillent, des femmes qui travaillent pas et par exemple le fait de pouvoir être avec des voilées, les non-voilées ont peut-être des stéréotypes sur les femmes voilées qui sont peut-être trop renfermées …peuvent avoir une autre vision. Et pour les femmes voilées, être en contact avec des femmes qui ne sont pas voilées, on peut se rendre compte aussi que c’est pas forcément le foulard qui détermine notre foi, qu’on peut être non-voilée et très active et qu’on peut ne pas l’être aussi. Ces échanges où par exemple des femmes qui travaillent, ne pas se sentir supérieures par ce qu’elles ont, parce qu’elles peuvent travailler, elles sont plus dans le monde du social ou pour les femmes qui ne travaillent pas de jalouser celles qui travaillent etc

Donc c’est vrai que si nous sommes dans des groupes de sœurs, on peut s’entraider, on peut accepter et apprendre à respecter nos différences. Donc une solidarité des sœurs, c’est vraiment ce dont on a besoin et cela nous aidera aussi à puiser nos forces , à pouvoir être beaucoup plus fortes face à des adversités si on sent qu’on a des gens qui nous supportent et qui soutiennent nos idées.

Une autre cause, la 6e cause je pense aussi que c’est le fait que les femmes reproduisent souvent le même système dans lequel elles sont éduquées qui ne sont pas forcément une façon islamique. Je veux dire par là qu’on retrouve souvent dans nos familles une très grande différence dans la façon dont on éduque nos garçons et nos filles. Les tâches ménagères sont plus pour les filles, les garçons ne sont pas traités de la même façon et c’est vrai que le fait de reproduire ce système, ça a un impact ensuite sur le genre de garçon qu’on va élever, le genre de garçon qui va devenir un homme, qui va devenir un mari, qui va devenir un père et en fait on reproduit ce système qui passe de génération en génération. Il est vrai que pouvoir changer un peu cette façon dont les garçons sont éduqués, ça passe par la maman, ça passe par la mère et ça commence depuis tout petit donc si le garçon il voit que son père aide dans la cuisine, que son père est acti, qu’il aide sa mère, qu’il soutient sa mère dans ses décisions etc. c’est vrai que lui-même en tant que mari, il deviendra une personne qui aide beaucoup plus sa femme, un support et en fait qui l’aide dans son cheminement aussi. »

Première partie de la conférence (retranscription)

Deuxième partie

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