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Chroniques du ramadan : la raison

Chroniques du ramadan : la raison

« L’une des facultés à laquelle nous devons faire très très attention est la faculté de raison. Elle est une faculté déterminante, essentielle pour la construction de notre compréhension de la religion, de notre compréhension du monde, de notre engagement dans le monde. Et pourtant, elle peut être aussi, si on n’y prend pas garde, la faculté qui nous mènerait à l’arrogance, qui nous mènerait à la suffisance, qui nous mènerait à cette façon de nous penser et de penser que nous savons et que nous sommes l’ultime espèce qui sait et qui doit, de ce point de vue-là, trouver son destin et qui doit prendre en charge sa vie.

Pourtant, la raison de ce point de vue-là, elle est limitée. Et l’une des premières attitudes rationnelles c’est de comprendre les limites de la raison. Alors la première des choses c’est que tout n’est pas accessible par la raison et le Coran nous invite à reconnaître les limites de la raison quand par exemple dans des débuts de chapitre, il commence par des lettres. Il n’y a pas de doutes dans le livre, mais quel est le sens de ces trois lettres, les limites de la raison ? Comme par exemple on a aussi cette formule « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Et là de ce point de vue-là aussi, ce qui peut être la reconnaissance que le cœur a des secrets, que le cœur peut savoir, « ils ont des cœurs ils ne réfléchissent pas à leur cœur »   « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles mais ce sont les cœurs », cela veut dire que le cœur aussi a accès au savoir. Donc que ce soit affectivement, que ce soit sentimentalement, que ce soit intellectuellement, que ce soit dans l’ordre du monde, la raison doit trouver ce qu’on appelle l’humilité intellectuelle. Résister à l’arrogance intellectuelle, c’est exactement ce qui doit être la détermination de l’homme. Dans par exemple ce qu’on retrouve dans les anges, dans le Coran au début quand il parle à Dieu, il dit « je sais ce que vous ne savez pas », eux ils répondent « louange à toi, nous ne savons que ce que Dieu nous a donné de savoir ». Et chaque savant quand il termine une fatwa il dit « Dieu est le plus savant ».

La résistance à la tentation d’arrogance de la raison, de la pensée, que la raison peut tout savoir et de ce point de vue-là savoir que Dieu sait plus, savoir que je ne sais rien comme disait Socrate et savoir qu’en moi il y a d’autres facultés qui peuvent savoir et que la raison ne peut forcément comprendre ; et dont elle ne peut toujours rendre compte.

Voilà un chemin spirituel également, et en particulier, dans notre vie quotidienne savoir avec raison reconnaître les limites de sa raison. »

Retranscription issue de saphirnews

 

Chroniques du ramadan : la jalousie

Chroniques du ramadan : la jalousie

« Parmi les choses et parmi les sentiments et parmi les réflexions qui peuvent nous habiter, il en est une à laquelle il faut résister aussi de l’intérieur et c’est celle de la jalousie. La jalousie et qui peut mener aussi à la médisance du fait de parler dans le dos des gens. Mais la jalousie c’est le début effectivement d’un cheminement négatif par rapport aux gens d’abord. Ce qu’il faut savoir, ce dont il faut se rappeler c’est que Dieu donne à qui il veut et il reprend de qui il veut et il a élevé dans la société des gens plus que d’autres, il y a des statuts qui sont différents.

On peut de ce point de vue-là regarder les autres à partir de là où nous sommes et les jalouser, il faut plus que cela dans tout ce qui est compréhension de l’ordre du monde, comprendre que Dieu a toujours mis des personnes qui seront au-dessus de nous et il a mis des personnes qui seront en dessous de nous. Et que tout ce regard sur le réel il ne doit pas être porté par la jalousie mais par la compréhension spirituelle que on peut toujours aller dans le mieux vers le plus haut et puis dans le mal, ce remercier Dieu de ne pas être tombé si bas.

Et la jalousie, en l’occurrence, il faut lui résister. Ce sentiment qui est l’envie, qui est de regarder la place de l’autre, non pas parce qu’on aimerait être comme lui ; on peut être jaloux de la foi de quelqu’un en disant « j’aimerais être comme lui » mais la jalousie c’est quelque chose de plus subtil, c’est vouloir enlever ce que l’autre a, c’est pouvoir le priver de ce qu’il a. Et là, cette jalousie devient extrêmement négative.

Le prophète avait dit « attention à la jalousie » et de ce point de vue-là c’était particulièrement important, c’est-à-dire que la jalousie elle brûle, elle détruit, elle mange tous ces actes de bien comme le feu mange le bois qu’il consume, donc ça consume. Donc en l’occurrence, ce travail sur soi, ce travail sur la jalousie, c’est surtout de se regarder, d’observer le monde autour de nous et de ne pas vouloir le mal pour la personne qui a mais entrer dans une compétition positive et non pas vouloir la destruction.

La fin du Coran, ce que l’on a, qu’on demande à Dieu du mal de celui qui est jaloux quand il jalouse ; c’est de cela que l’on doit se protéger parce que la jalousie peut faire mal et l’entretien des sentiments négatifs est quelque chose est un sentiment contre lequel on peut, on doit travailler. Ça suppose de se regarder soi dans son cheminement, de ne pas vouloir le mal à autrui et tout ce que l’autre a et que nous n’avons pas, demander à Dieu de nous permettre de progresser pour pouvoir l’obtenir dans l’intelligence, dans la foi et dans la société.

Ne l’oubliez pas, une lutte personnelle, importante, intense et difficile. »

 

Chroniques du ramadan : la lâcheté

Chroniques du ramadan : la lâcheté

« Nous poursuivons nos réflexions sur les résistances et il en est une également qui est presque évidente : c’est la résistance à notre propre lâcheté. La lâcheté c’est effectivement le contraire du courage, le contraire du fait de pouvoir s’exprimer, de pouvoir agir. La lâcheté elle est de différentes natures : on peut avoir une lâcheté intellectuelle, on peut avoir une lâcheté politique, on peut avoir une lâcheté physique, on peut avoir une lâcheté sociale et cette lâcheté-là c’est le fait en l’occurrence de ne pas avoir le courage de dire ce que l’on pense, de ne pas s’exprimer librement et d’avoir peur en l’occurrence dans sa vie personnelle de toutes les conséquences. Les compagnons disaient du prophète que dans toutes les batailles, dans tout ce qui se passait, il était au premier rang. Non seulement il appelait au courage mais il en était le premier exemple de ce courage.

Et puis, ce qui nous vient également de notre engagement vis-à-vis des combats, de ceux à qui on dit que les hommes se sont réunis pour les défaire et puis leur foi augmentait. C’est-à-dire que devant le péril, la foi augmente et offre du courage. De la même façon que nous avons, de ce point de vue-là, l’ultime courage, l’ultime djihad, l’ultime accès à cette résistance, c’est une parole de vérité devant un tyran, c’est aussi une dimension de ce courage. Et donc, ici la formation spirituelle, l’engagement avec Dieu, c’est de s’en remettre à lui, de s’en remettre à sa présence, à son soutien et puis en même temps de regarder les hommes et de lutter contre ces peurs (donc ça c’est l’émotion) et puis d’agir avec courage, d’oser dire les choses, de ne pas attendre le jugement des hommes, de savoir que finalement il vaut mieux une parole de vérité même si tous les hommes nous jugent mal et que ceux qui changent les sociétés ce sont ceux qui ont ce courage de l’engagement.

Alors, le courage de la parole de dire, le courage intellectuel de penser seul parfois même de penser contre les autres, le courage de s’assumer, de ne pas se laisser juger par les autres ou réduire par les autres, même dans la communauté spirituelle, même parmi les musulmans dont certains parfois sont plus des juges que des frères et qui parfois essayent de réduire ou de diminuer leurs frères et leurs sœurs en Islam.

Et donc, ici cette dimension elle est à l’intérieur de soi, elle est dans la communauté, elle est individuelle, elle est politique aussi elle est collective donc la résistance à la lâcheté, c’est un chemin nécessaire dans l’expérience de la spiritualité musulmane.

Et au moment où l’on jeûne, contrairement et face à tout ce que les gens peuvent penser, avoir le courage de s’assumer, assumer sa pratique, assumer son chemin et assumer ses choix, c’est ça que le prophète avait dit : « donnez-moi le soleil dans la main droite et la lune dans la main gauche. Je ne cesserai pas, j’irai jusqu’au bout, c’est mon destin, c’est mon courage et c’est le sens de ma vie.

C’est ce dont nous devrions nous souvenir tous les jours de notre vie également. »

Chroniques du Ramadan : l’ostentation

Chroniques du Ramadan : l’ostentation

L’islamologue nous explique aujourd’hui, toujours dans le contexte du Ramadan, ce qu’est l’ostentation.

 

« Nous devons résister, la vie est résistance. Nous devons résister à ce qui est le naturel en nous et le naturel en nous c’est de dire « je » et de savoir que ce « je » peut être la voie de notre succès parce que nous servons les êtres humains, parce que le meilleur d’entre nous est le plus utile aux êtres humains ou alors uniquement parce que nous nous servons nous, parce que nous somme dans pratiquement l’adoration de soi ou emprisonnés dans le soi. Parmi les conséquences de l’égo, quand il est prédéterminant ou qu’il nous définit, il y a la notion de l’ostentation. Il faut aussi résister à cela, parce que ça dit tout de notre relation à Dieu. Sommes-nous en train de faire les choses pour Dieu et donc seul compte son appréciation ou sommes nous en train de faire les choses pour les hommes, et donc ce qui compte c’est leur jugement. Parce qu’il faut, en se libérant de l’ostentation et de l’égo, on se libère du jugement des autres en fait. On sait que le seul jugement qui compte c’est le jugement de Dieu, ce que pensent les gens ça va pas être très très important mais quand on est dans l’ostentation, quand on pense à ce que les gens vont penser de nous, eh bien tout se perd.

Et vous avez ceci dans le Coran : « malheur à ceux qui prient et qui sont négligeants dans leurs prières et qui sont surtout dans l’ostentation, c’est-à-dire qu’ils sont intéressés à ce qu’on les voit prier, ils vont en plus faire en sorte que leurs prières soient vues alors que la prière elle doit être vue par Dieu parce que c’est le cœur qui prie surtout et pas forcément le corps.

Alors que les hommes voient le corps et ne savent pas ce qu’il y a dans le cœur et donc ici il faut se libérer de ceci parce que vous voyez combien de ce point de vue là, on doit se libérer du jugement.

Le prophète avait dit « est ce que je ne vais pas vous informer de ce qui est pour moi plus dangereux pour vous que l’antéchrist, que la fin du monde […] « associer à Dieu la chose qui est ce secret de l’association ». Et il donne un exemple, il dit « que l’homme se lève pour prier, qu’il embellisse sa prière parce qu’il sait qu’on le regarde. Même dans la prière, même vous voyez que c’est très très fort parce que la prière c’est pour Dieu et même là, on s’intéresse à ce que les gens peuvent penser.

Quand on s’intéresse à ce que les gens peuvent penser, et bien c’est une prison, la prison du jugement donc la résistance à l’égo et à sa conséquence l’ostentation, c’est l’accès) à la liberté de tous les jugements des hommes dont on ne doit pas avoir peur, ce qu’ils disent de nous, dans nos pratiques, dans notre façon de le dire, c’est pas le plus important.

Le plus important, c’est de dépasser tout ça et aussi de savoir « je vais me libérer et revenir à lui, loin de l’ostentation, ça veut dire loin du jugement des hommes, en le servant, en l’aimant et en essayant de résister à tout ce qui pourrait m’empêcher de revenir à cet essentielle dimension de ma vie. »

Source

La notion de l’égo

La notion de l’égo

Tariq Ramadan aborde maintenant avec nous la notion de l’égo, toujours dans le cadre des chroniques auprès de Saphirnews.

« Nous poursuivons notre réflexion sur les résistances. Nous avons parlé de la résistance en tant que telle, du djihad mais de la résistance également à l’oubli. Il est une autre résistance qui est fondamentale sur le plan spirituel, c’est la résistance à notre égo, la résistance à ce qui va nous enfermer parce qu’on dit « je » et que finalement le « je » devient le centre de notre vie.

Ce qui est la figure dans le Coran de ce « je », c’est la figure de Satan qui va lui affirmer ce « je » jusqu’à l’arrogance et au rejet. Quand Dieu lui dit « et qu’est ce qui t’a empêché de te prosterner quand je t’ai demandé de te prosterner ? ». Parce qu’il avait l’ordre de se prosterner devant l’être humain, et qu’est ce qu’il répond ?

« Je suis meilleur que lui, tu m’as créé de feu et tu l’as créé de poussière, tu l’as créé de terre » voulant dire par là « mon statut est supérieur » et cette idée de ce « je » qui s’exprime avec l’arrogance parce qu’il va être de ceux qui sont arrogants, il a refusé et il s’est enorgueilli, il a été de ceux qui reniaient c’est-à-dire qu’il connaissait la vérité et qu’il l’a rejetée.

Et donc en l’occurrence ici, ce « je », il va prendre une place quand au lieu qu’au centre de soi il y a cette lumière qui va vers le très haut, qui nous lie vers ce libéré du « je » et bien le « je » va devenir ce pourquoi nous faisons toute chose.

Ça va être par exemple de suivre ses instincts, de suivre son intelligence, ses ambitions, de suivre l’argent pour être de ce point de vue là reconnu. C’est le « je » qui prend la place du divin et ceci, dans l’égo, c’est la prétention, c’est la vanité, c’est l’orgueil.

Ce sont toutes ces dimensions de l’être dont il faut se libérer. Et comment faut-il le faire ? Et bien, ce qu’il faut faire en l’occurrence, c’est revenir à soi et avec son cœur travailler à se libérer de l’égo, à se rapprocher de Dieu, à maîtriser tout ce qui va donner de la force à l’égo ; ça veut dire nos instincts, ça veut dire nos émotions mal maîtrisées, ça veut dire notre arrogance, parfois ça veut dire notre orgueil mal placé, tout cela, il faut y travailler dans le service des hommes, dans le fait de comprendre que la première prison de laquelle je dois me libérer, c’est mon égo qui prend toute la place et qui étouffe mon être, qui étouffe cette lumière et puis qui peut couvrir tout ce qui peut me libérer.

Mon égo apparemment est ma liberté car je dis « je » spirituellement c’est ma prison, je m’enferme dans le « je » et je ne viens pas à l’être de toutes les créations qui va me permettre de me libérer de moi-même. Donc résistez çà l’égo, comme l’une des conditions également de suivre au mieux la voie qui nous rapproche de l’Unique. »