Chroniques du Ramadan : l’oubli

Chroniques du Ramadan : l’oubli

Nouvelle rencontre avec Tariq Ramadan chez Saphirnews, cette fois-ci sur le thème de l’oubli

« Nous poursuivons nos réflexions sur les résistances. Il en est une, en fait qui est particulièrement importante parce que encore une fois, elle part de notre naturel et elle nous demande cette notion, cette réalité qui fonde notre naturel, d’avoir une maîtrise, un travail qu’il faut faire pour ne pas s’y laisser aller. C’est la notion de la résistance à l’oubli.

En fait, l’oubli est une chose particulièrement importante au point que comment peut-on justifier le fait que Dieu ait envoyé à travers l’Histoire des messagers, et des messagers jusqu’au dernier messager. Pourquoi ? Parce que les hommes savent, au départ, puis oublient. Le début pour nous de toute la création c’est la connaissance de Dieu unique et avec l’oubli, la naissance du politéisme, et le nom du Coran qui est lié à la récitation, « nous avons fait descendre le rappel » donc le rappel c’est de lutter contre l’oubli et la négligence des hommes.

Nous sommes des êtres qui dans l’Histoire, dans notre Histoire, dans toute l’Histoire humaine, cette Histoire, elle est une Histoire que nous oublions parfois. Et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui : regardez ce qu’il se passe à travers le monde, on a l’impression que nous négligeons totalement l’Histoire humaine et nous répétons les mêmes erreurs et donc ça c’est une résistance à l’oubli, et ça c’est une invitation à nous tous d’étudier l’Histoire.

Par exemple sur le plan général, puis ensuite il y a notre oubli dans la vie quotidienne, et là aussi, pourquoi prie-t-on 5 fois par jour ? Pour ne pas oublier, comme ce qui est dit : « et accomplit la prière pour te souvenir de moi ». Parce que c’est une notion du souvenir. Pourquoi jeûne-t-on ? Pour se souvenir. Pourquoi donne-t-on la zakât ? Pour qu’on se souvienne. La première erreur de l’Homme qui va être la lutte en fait, la conséquence de tout le mal, c’est le fait de l’oubli : « oh Dieu, ne nous tiens pas rigueur si nous oublions et que nous commettons une erreur ou un péché ».

En d’autres termes, ce qui va précéder le péché c’est d’oublier que Dieu est là. Et, à ce point-là nous devons résister contre l’oubli, la résistance à l’oubli qui peut devenir oublier Dieu pour finir par s’oublier, ce qu’on trouve également dans un autre verset du Coran : « ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu. Dieu a fait en sorte qu’ils s’oublient eux-mêmes. »

Et donc ce processus de l’oubli, c’est une chose sur laquelle il faut vraiment travailler, l’homme a en lui le fait d’oublier et donc nous devons lutter. Le djihad de la mémoire, la résistance par la mémoire, la mémoire historique qui consiste à savoir ce qui s’est passé pour ne pas répéter. Tout le Coran parle des histoires, de tous les prophètes et tous les messagers pourquoi ? Pour que nous n’oubliions pas, pour que nous ne soyons pas dans l’oubli donc la mémoire des histoires, le livre qui est mémoire et puis ensuite la mémoire dans nos vies pour ne pas oublier Dieu, pour que nous ne oubliions pas, c’est un travail, une façon d’être avec sa conscience, c’est une façon d’être avec son intelligence.

Ne pas oublier, résister à l’oubli. Et ça va ensuite à ne pas oublier de dire à ceux qu’on aime qu’on les aime, ne pas oublier les gens que l’on aime, de ne pas oublier de remercier, de ne pas oublier l’amour, de ne pas oublier l’attention. Voilà ce qui est essentiel comme l’une des résistances les plus spirituelles de notre époque surtout quand aujourd’hui on nous invite à tellement oublier, à tellement nous oublier et en fait, un peu à nous perdre.

N’oubliez pas, n’oubliez jamais de dire à ceux que vous aimez que vous les aimez, n’oubliez pas, c’est une bonne façon de se rappeler.»

Retrouvez les autres interventions de Tariq dans le cadre du Ramadan :
Les résistances
La fitrah
Le djihad

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