Chroniques du Ramadan : l’égoïsme

Chroniques du Ramadan : l’égoïsme

Analyse de la notion d’égoïsme par Tariq Ramadan dans le cadre de sa chronique quotidienne accordée à Saphirnews en ce mois de Ramadan.

« Nous poursuivons notre route sur le chemin des résistances, celles qui nous permettent de nous libérer, une libération. Parce que la foi est libération. Il y a l’égo, nous en avons parlé, il y a l’ostentation, nous en avons parlé, et puis il y a l’égoïsme. Et donc l’égo est cette détermination de soi dans tout ce que l’on fait et l’égoïsme, donc c’est avec ce que l’on est, et l’égoïsme, c’est avec ce que l’on a. C’est finalement de ne plus savoir, de ce point de vue-là, être généreux.

Or, le Coran, dès le départ, quand il parle de ceux qui croient, il est dit : « ceux qui croient en Dieu et qui accomplissent la prière et qui donnent des dons que nous leur avons octroyés »

Et les dons que nous leur avons octroyés, ce sont en l’occurrence tous types de dons. Les dons matériels comme les dons spirituels ou affectifs ou psychologiques donc il donne, celui qui a la foi. Le Coran, quand il commence la révélation, quand la révélation commence pour le prophète, tout est une question de dons : donner aux pauvres, s’intéresser aux pauvres. La foi nous fait sortir de notre égo et nous fait sortir pour nous libérer de nous-mêmes et donner de ce que l’on a, se libérer de soi et donner de ce que l’on a ; l’être et l’avoir.

Donc ici l’égoïsme il faut s’en libérer, et tout ce que nous avons malheureusement aujourd’hui dans un système capitaliste est lié à l’égoïsme, à toujours acquérir de l’avoir, à donner moins et à acquérir beaucoup. La spiritualité c’est être plus et donner davantage. Donc ici il y a cette dimension qui est tellement importante dans notre engagement. Et puis ce qui est dit « ce qui résisteront à se protéger de leur propre égoïsme, et bien ceux-là seront les êtres du succès, ceux qui auront atteint le succès, c’est-à-dire qu’ils donnent. Et quand vous regardez l’Islam, le deuxième pilier pratique c’est la zakat, c’est-à-dire que c’est un droit que les pauvres ont sur nous mais pour nous rappeler de quoi ? Du don que nous avons, il y a un droit, il y a un devoir de don pour que l’on comprenne ensuite qu’avec cette attitude qui va purifier notre être, donner de son avoir, c’est purifier notre être, c’est réformer notre être.

Donc le fait de donner de son avoir, la zakat a une notion de purification,  ça purifie l’avoir et l’être. Et bien c’est de la même façon quand on donne de son temps pour écouter, quand on donne de son cœur pour aimer, quand on donne de son argent pour soutenir, quand on donne de ce que l’on a pour permettre à d’autres de vivre de meilleures vies, et bien nous purifions, nous réformons notre être.

Il ne faut pas croire ceux qui pensent que l’être et l’avoir n’ont aucune relation ; ils se trompent. Notre façon d’être avec ce que nous avons dit qui nous sommes, et donc en l’occurrence, l’égoïsme est à la dimension de l’avoir ce que l’égo est à la dimension de l’être, c’est-à-dire enfermé, emprisonné, apprendre la générosité.

Le prophète était généreux même quand il n’avait rien parce qu’il était généreux, il donnait de ce qu’il était au-delà de ce qu’il avait et il donnait aussi de ce qu’il avait et en particulier pendant le mois du ramadan qui est un mois où l’on se prive et on donne d’avantage.

Donc se priver pour donner encore d’avantage. C’est une vraie réflexion, être des êtres généreux, comprendre que la foi est générosité et appelle à la résistance contre tous les égoïsmes, contre tous les égoïsmes de toutes sortes pour que nous puissions être des êtres qui donnons, qui donnons encore, de nous-mêmes et de ce que nous avons.

N’oubliez pas, comme un don, de dire à ceux que vous les aimez que vous les aimez »

 

T. Ramadan

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