Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 5)

« En d’autres termes, autant pour le cœur, l’effort que l’homme fait pour pouvoir maintenir cette étincelle et prier et s’approcher de Dieu devient une aumône dans la vie quotidienne[…], autant dans notre intelligence quand nous la travaillons pour nous rapprocher dans la connaissance c’est une aumône, autant le corps quand nous ne le maitrisons pour ne pas faire ce qui nous est interdit, le don devient une aumône. En d’autres termes, l’acte sexuel à l’intérieur des limites de ce qui est permis est un acte de piété, un acte d’adoration. C’est à l’envers de tout acte de culpabilité. Aussi sûr que tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu pries avec tout ton cœur, aussi sûr tu manifestes la grandeur de Dieu quand tu as une relation avec ta femme sous son regard et sa protection.

C’est un acte de grandeur, qui manifeste que tu as compris son ordre mais que tu veux vivre dans la maîtrise de son ordre et jamais dans la négligence de tes pulsions. Et c’est l’acte de toutes les libertés, l’acte de toutes les expressions qui dit « ce corps est le mien et l’offre exclusivement à l’homme ou à la femme que j’aime et dans la perspective de ce rapprochement avec Dieu. » Qu’il me soit permis de dire aussi une chose très importante par rapport à la sexualité : est ce que cela veut dire que par rapport à la sexualité ce soit uniquement « je dois me maîtriser ».[…] Avec cette maîtrise et cette vie du corps dans le mariage, il y a toute une dimension qui est ouverte et qui ne correspond pas à l’idée que l’on pourrait se faire « je n’ai de relation sexuelle que pour mettre au monde des enfants, pour l’homme, pour la femme ».

En Islam, la notion de la vie du corps est liée à l’idée du plaisir accepté, reconnu et défendu. Défendu au sens de protégé. La notion de plaisir est acceptée en Islam. On sait que le prophète de l’Islam à son époque acceptait de ses compagnons ce qu’ils pratiquaient de façon ouverte, ouverte bien sûr dans la discrétion, mais on savait, le prophète de l’Islam savait qu’effectivement ses compagnons pratiquaient ce qui s’appelait le coït interrompu c’est-à-dire la contraception naturelle.

Et il ne s’y est pas opposé. Il ne s’y est pas opposé voulant mettre en évidence par là que non seulement l’acte sexuel est la rencontre de deux corps qui s’aiment mais l’acceptation de ces deux corps de la manifestation d’un plaisir que l’on accepte parce que Dieu dans ce plaisir quand il est fait dans le cadre du licite nous dit « vous êtes en train de manifester votre amour et votre soumission de mon ordre. Le plaisir dans la relation sexuelle, c’est l’expression, quand il est dans les limites du mariage, que vous êtes en train de chanter la gloire de Dieu qui a mis le plaisir de la rencontre entre deux êtres. »

Le plaisir n’est jamais lié à la culpabilité. Il est lié à l’expression d’une reconnaissance par les hommes d’un don que Dieu nous donne et qui nous donne sur nos corps, par nos corps et dans la vie de nos corps. Ce n’est pas rien de rappeler ceci et de rappeler la dimension de ce plaisir pour l’homme comme pour la femme. Et c’est également sur cette dimension-là qu’effectivement, dans la tradition musulmane, tout ce qui doit protéger le plaisir de l’homme et le plaisir de la femme doit être entretenu.

Il y a eu effectivement des pratiques qui sont des pratiques traditionnelles, qui sont les pratiques de l’excision par exemple et l’excision n’est pas une pratique qui est une pratique islamique. La seule fois qu’on a un hadis dont l’authenticité n’est pas vérifiée ou on a posé la question au prophète « est ce qu’on peut pratiquer ceci ? » Il a répondu avec une nuance pour ne pas attaquer la culture des hommes, il a dit : « si vous le faîtes, passez légèrement sur l’organe génitale de la femme »

Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mis en évidence dans la tradition musulmane c’est bien entendu la possible reconnaissance des cultures mais surtout une chose qui est défendue par tous les savants et qui a permis à certains savants de dire clairement que par rapport à l’excision, l’Islam s’opposait à cette pratique là et en tout cas de façon très très claire à tout ce qui est l’infibullation qui va très loin, beaucoup plus loin, simplement le fait de cette pratique légère de l’excision. L’excision n’est pas une pratique musulmane, elle a été une pratique traditionnelle et clairement, tout ce qui, dans le traitement du corps de l’homme et de la femme pourrait lui enlever du plaisir n’est pas islamique parce que la notion de plaisir est reconnue pour l’homme et pour la femme. »

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