Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

Tariq Ramadan : sexualité, sa conception islamique (partie 4)

4e partie de la retranscription sur le sujet de la sexualité,  vous pourrez retrouver les retranscriptions précédentes : première partie , seconde partie et troisième partie

« La vie de ton corps, les appels de ton corps, les instincts en ton corps, le désir de l’autre en ton corps sont totalement naturels. Mais celui qui se rapproche de Dieu doit apprendre depuis l’âge de la puberté où il devient responsable à l’âge où quelque chose lui sera permis dans l’acte de vivre et de consommer ce plaisir, l’acte de responsabilité qui passe par la maîtrise. La première chose qui est demandée dans le rapport que l’on a avec sa sexualité, c’est d’avoir la lucidité d’admettre qu’elle est présente et d’avoir l’exigence de la maîtriser, parce que l’on sait qu’elle est présente. Cela m’amène à dire que souvent les musulmans dans leur tradition nient la sexualité en pensant qu’en en parlant pas on la maîtrise, ce qui est une erreur.

C’est parce que l’on parle de ce que l’on vit que l’on maîtrise ce que l’on ne veut pas vivre.

[…] j’en parle pour savoir ce que c’est mais j’en parle aussi pour savoir ce que je ne veux pas en faire. Et dans cette perspective là le message fondamental de la sexualité, de notre rapport à la sexualité, est un rapport de grande exigence, de la reconnaissance de tous nos instincts et de leur maîtrise, jusqu’à l’âge ou jusqu’au moment où devant Dieu, dans un rapport fondamental qui est lié vraiment à une dimension très très importante en Islam qui est « tu as des droits sur ton corps, ton corps a des droits sur toi, c’est de reconnaître ce qu’il est, mais tu as à maîtriser ce que ton corps représente pour toi pour en faire justement le don absolu et essentiel en mettant le respect de ce que Dieu demande. »

Et très clairement, il y a ici la dimension d’une nouvelle maîtrise dans le cadre et jusqu’au cadre et exclusivement dans le cadre du mariage. Alors je sais que, à l’époque moderne, ces propos vous paraissent venus d’ailleurs et pourtant ils sont bien d’ici. Et ils sont pour tous les êtres de foi, de toute éternité. L’idée que la maîtrise de sa sexualité est une condition de sa spiritualité. Pour que l’accomplissement de cette sexualité se confirme dans la spiritualité, il faut qu’elle se réalise devant Dieu, dans la transparence, dans le don de son corps à un être que l’on aime et vis-à-vis duquel on manifeste son amour dans un rapprochement devant Dieu, et qui sanctionné par un contrat puisqu’en Islam on a un sacrement c’est le contrat du mariage.

Cette réalité est très importante parce que tout le cheminement de l’effort par rapport à Dieu dans une maîtrise est à un moment donné de ne jamais nier ce qui est en nous, de le maîtriser et puis de l’offrir à celui ou à celle que nous aimons devant Dieu. Ceci est tellement sous le couvert de l’innocence qu’un jour des compagnons étaient autour du prophète de l’Islam – que la paix et la bénédiction du Dieu soient sur lui – et il leur a dit une chose étonnante : « regardez jusqu’à quel point l’acte de maîtrise quand il est vécu à l’intérieur des limites devient un acte fondamentalement bon et jamais lié à la culpabilité, jamais. » Il leur explique tout ce qui dans la vie de quelqu’un s’apparente à quoi ? A une aumône. C’est un don que l’on fait pour Dieu. Et il leur dit : «[…]votre relations sexuelle avec votre femme est une aumône. » Les compagnons s’étonnent : « comment ? quand nous vivons la vie de nos instincts c’est-à-dire quand nous faisons cet acte là c’est une aumône ? » « Oui, parce que si vous le faisiez en dehors du cadre du mariage, ce serait un péché, mais à l’intérieur du mariage, c’est comme l’expression d’un don, d’une aumône, d’un acte de reconnaissance ». »

 

 

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